Le 12 décembre, alors que les trains en circulation étaient bondés, des vidéos ont montré des personnels de guidant les femmes vers un wagon du RER B, qui leur était apparemment réservé. Il n’en fallait pas plus pour réveiller le débat sur la mixité. Le Parisien a interrogé Édith Maruéjouls, géographe du genre et sociologue, fondatrice de l’ARObE (Atelier Recherche OBservatoire Égalité ), qui mène des travaux sur l’égalité réelle dans l’espace public, la cour d’école, les loisirs… Un propos mesuré, quand on le lit dans son intégralité.

Il est certains discours hyper-féministes ou communautaristes qui théorisent une séparation radicale des hommes et des femmes. La sociologue, s’abstenant de tout simplisme, explique pourquoi, dans notre société, des femmes ont tendance à rechercher la non-mixité, notamment dans les clubs de sport ou les . Harcelées ou victimes de violences, elles réclament des zones spécifiques pour se protéger. Mais elle reconnaît que ce ne peut-être qu’une solution provisoire : « On ne va tout de même pas arriver à des wagons exclusivement féminins ! Ce serait un renoncement pour tout le monde », commente-t-elle.

Du reste, la SNCF assure qu’il n’y avait aucune discrimination : ce wagon était également destiné aux enfants, aux personnes âgées ou souffrant d’un handicap. Une mesure de bon sens, éloignée de toute intention idéologique. Pas question, pour cette chercheuse, de séparer les femmes des hommes par principe. Il faut seulement – mais c’est déjà beaucoup – un effort d’éducation pour que chacun accepte de partager l’espace public. « On ne pourra pas tout judiciariser. Nous devons toutes et tous stopper ces comportements pour insuffler davantage de mixité », recommande-t-elle.

On peut apprécier cette prise de position, loin de tout manichéisme, qui prône des relations sereines entre les deux sexes. On peut regretter, cependant, qu’elle ne signale pas plus précisément des acteurs volontaires de cette ségrégation. Ces dernières années, on a pu organiser des réunions réservées aux femmes noires, comme si c’était normal. Il ne s’agissait pas de anti-Blanc, bien sûr. Ceux qui utilisent cette formule sont forcément dans une situation de dominants : la non-mixité revendiquée est un espace de liberté pour échanger et préparer son émancipation !

Peut-on parler d’émancipation dans certains quartiers de banlieue, où des filles de confession musulmane subissent quotidiennement, sur les réseaux sociaux ou dans la vie courante, des insultes, des menaces, des intimidations quand elles refusent de porter le ? L’une d’entre elles témoignait dans Marianne, en octobre 2019 : « Quand vous êtes une femme, que vous vivez dans les quartiers et que huit femmes sur dix portent [le voile], je peux vous dire que la liberté de choix est toute relative. »

Raison de plus pour que les autorités publiques n’encouragent pas, par leur inaction ou leur complaisance, ces entraves délibérées à la liberté de la femme ou ces manifestations de sexisme inversé. La lutte contre les stéréotypes ne se satisfait pas d’une idéologisation ni d’une caricature de cette question sociétale. Il me souvient d’une femme d’un certain âge, devant laquelle je m’étais effacé pour la laisser entrer dans un grand magasin. Mal m’en prit ! C’est tout juste si elle ne m’insulta pas. Tant les esprits sont formatés aux normes de la bien-pensance.

Le débat sur la mixité ou la non-mixité mérite mieux que des slogans préconçus ou des réflexes pavloviens. Pour en parler librement, il faut commencer par se libérer de ses préjugés.

27 décembre 2019

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