Editoriaux - Musique - 30 octobre 2019

Miracle de la Toussaint : Eric Clapton et Mick Jagger, ces drôles de paroissiens !

Il était une fois une jolie petite église, sise aux environs de Londres : la Chelsea Old Church. On voit la scène comme si on y était… De jolies maisons faites de briques et toutes peintes de blanc. Des pubs dans lesquels, si les odeurs de fumée de cigarettes ne sont plus qu’un lointain et bon souvenir, les effluves de bitter – la bière locale, servie à température ambiante et avec le strict minimum syndical de bulles – sont toujours au rendez-vous. Bref, ça sent bon l’Angleterre et la joviale couperose allant généralement avec.

En pleine tourmente brexitienne, il y a, malgré tout, des choses qui ne changent pas de l’autre côté de la Manche, malgré les ravages sociaux et sociétaux à mettre au crédit – ou débit ? – de ces jumeaux infernaux que furent Margaret Thatcher et Tony Blair. « La société n’existe pas, il n’existe que des individus », assurait la première, en une de ces crises de libéralisme aigu dont elle était coutumière ; l’autre ayant parachevé le travail de démolition, façon gay-friendly, soutien à l’inepte groupe Oasis, bellicisme occidental en Irak et coolitude de façade.

Il était donc une fois cette église, dont les orgues étaient naguère la fierté. Seulement voilà, ces dernières sont à peu près aussi délabrées que les relations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni ; c’est dire l’ampleur de la débâcle. Pour leur redonner leur lustre d’antan, il faut débourser 650.000 livres, somme qui ne pousse pas exactement sous le sabot d’un cheval, fût-il de bonne race îlienne.

Quatre années durant, c’est la quête perpétuelle. Sou après sou, shilling après penny, livre après guinée : bref, ce ne fut pas du cake, et encore moins du pudding. Ainsi faut-il savoir qu’avant son entrée contrariée en Europe et l’actuelle et tumultueuse sortie d’icelle, ces sauvages à vernis civilisé se faisaient une gloire de ne pas tout à fait compter leurs thunes comme tout le monde.

Un shilling valait une demi-livre, laquelle équivalait à un tiers de penny divisible par un bout de guinée ; ou un vistamboire approchant. Depuis Winston Churchill et Mr. Bean, les Anglais ont souvent eu l’art de mettre un brin de poésie dans leur politique.

Il était une fois, encore et toujours, deux infâmes mécréants qui finirent par entendre le divin et musical appel : Mick Jagger et Eric Clapton ; pas vraiment des rois mages tamponnés par les autorités vaticanes, objectera-t-on. Le premier est le chanteur du groupe de Charlie Watts, plus connu sous le nom de Rolling Stones. Le second, surnommé « Dieu » dans sa prime jeunesse par des fans esbaudis par son jeu de guitare qu’on pouvait, alors et effectivement, qualifier de « divin », tiendrait plus de l’enfant prodigue que de celui de chœur.

Il n’empêche que ces deux zigomars ont immédiatement sorti leurs chéquiers respectifs. Pensaient-ils que les orgues en péril étaient de la marque Hammond B3, celui dont le son velouté à nul autre pareil a emmené certaines chansons païennes jusque dans les cieux ? Possible. Il est vrai que sans le fichu orgue en question, Billy Preston n’aurait jamais pu emmener « That’s the Way God Planned It » au sommet du Top 50 planétaire. Et ne parlons pas d’une Aretha Franklin ou d’un Ray Charles qui, grâce à ce même meuble de bastringue, ont pu tutoyer les anges…

Il était une fois, pour finir, des orgues multicentenaires enfin en bon état de marche. Il ne reste plus qu’à leur insuffler un peu de soul, un peu d’âme, un peu de tout, de rien, de tout ce qui fait la vie : la vraie vie.

À en croire les responsables de la vénérable Chelsea Old Church, la prochaine étape consisterait à réunir ces deux drôles de paroissiens en concert en cette enceinte consacrée. Le pire est qu’ils sont bien capables de répondre « chiche », même si leurs hymnes respectifs – « Sympathy For the Devil » et « Cocaïne » – ne correspondent pas forcément à l’idée que l’on est droit de se faire des cantiques les plus pieux.

Mais c’est cela aussi, le miracle de la Toussaint.

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