Sur son compte Twitter, qui avait déjà été suspendu en 2019 pour une offense humoristique à Greta, la députée écrit que le terroriste islamiste égorgeur de Nice est « encore un migrant », ce qui est la simple vérité, puisque, succédant à son collègue tchétchène décapiteur, il arrivait de Tunisie, via l’Italie et l’île de Lampedusa.

Migrant ? Vous avez dit migrant ? Immédiatement, son compte est à nouveau suspendu, sans doute en application anticipée de la loi Avia ! En France, on défend la liberté d’expression mais pas l’expression de la vérité. On est libre de dire ce qu’il faut dire, d’exprimer ce qu’il est permis d’exprimer, c’est-à-dire le faux, le creux, le lâche, le tordu, le bébête, le conforme, le pas de vague et le soumis. Mais dire la pure et simple vérité est une incitation à la haine, au racisme, à la xénophobie, à l’antique colonialisme et à la circulation des virus…

On se croirait chez Ubu roi.

Et la valse n’en finit pas. À chaque attentat islamiste, depuis cinq ans, nous assistons à la même farce à trois temps.

Premier temps, celui de l’annonce puis de l’intervention du Président et de son Premier ministre et du ministre de l’Intérieur pour rappeler, d’un ton martial, leur égale fermeté : ils ne passeront pas, nous serons inflexibles, nous défendrons la liberté d’expression, nous ne nous laisserons pas diviser, ils n’auront pas notre haine…

Deuxième temps, celui du recueillement : bougies, fleurs, écriteaux « Je suis Charlie, je suis Bataclan, enseignant, je suis Paris, je suis tout ce qu’on voudra » sont déposés sur les lieux de l’attentat ; on ressort les tubes de Padamalgam ; les reportages télévisés formatés, les débats de spécialistes autorisés se multiplient…

Troisième temps, celui de l’hommage national ou régional ; discours grandiloquents, variations sur l’art de parler pour ne rien dire, et surtout de ne rien faire !

C’est ce qu’on appelle le comique de répétition.

Et cela m’a donné une idée : pourquoi ne ferait-on pas – on gagnerait du temps – un préenregistrement des interventions du Président, du Premier ministre et du ministre de l’Intérieur lors des attentats ? Car si cela continue, ils n’auront bientôt plus le temps de faire autre chose que des déclarations de fermeté et des hommages nationaux !

Un temps qu’ils pourraient consacrer à prendre des mesures efficaces, au lieu de faire illusion avec des annonces sans lendemain.

Ce préenregistrement, réalisé devant un décor de fleurs et de bougies, dans un studio de cinéma, serait immédiatement retransmis, dès lors qu’un attentat a eu lieu, par toutes les radios et les chaînes de télévision. Il pourrait même être dupliqué à l’intention des enseignants des lycées et collèges pour les interventions pédagogiques qui suivraient.

Dans ce préenregistrement, constitué d’un canevas suffisamment élastique pour s’adapter à toutes les sortes d’égorgement, d’écrasement, de pulvérisation et de décapitation civilisatrice, les trois hommes pourraient apparaître côte à côte, clamant chacun à leur tour leur détermination et leur fermeté. Ils souligneraient, notamment, la barbarie de cet acte et appelleraient nos concitoyens à s’unir face à l’épreuve. Ils termineraient en disant qu’à la fin, l’amour triomphera de la haine, que la civilisation vaincra la barbarie et que le bien l’emportera sur le mal.

Ils consacreraient enfin ce comique de répétition cher à Molière ou Jarry et ce vide théâtrocratique et permanent qui caractérisent, aujourd’hui, la farce présidentielle. Et surtout, surtout, on ne parlera pas des migrants.

4 novembre 2020

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