Nouvelle profanation d’une église, en Charente-Maritime : le lundi 10 août, l’église Saint-Pierre de Montendre a été visée. Le curé a retrouvé la grande croix centrale détruite, le tabernacle a été arraché et jeté hors de l’église et les hosties volées.

Au micro de Boulevard Voltaire, réaction de Mgr Georges Colomb, évêque de La Rochelle et Saintes.

 

Des personnes ont pénétré dans l’église de Montendre par une porte latérale. L’église se trouve au centre de la petite ville, ce n’est pas du tout un coin isolé. Ils ont fracturé la porte latérale et la croix qui était au centre de l’église a été retrouvée en mille morceaux. Le tabernacle qui était dans le mur scellé a été enlevé et porté en dehors de l’église. Le ciboire qui contenait les Saintes Espèces a été vidé des hosties consacrées et laissé sur place. Il ne s’agit pas d’un acte de voleur, mais d’une profanation délibérée. S’ils avaient été des voleurs, ils auraient emporté des objets, par exemple le ciboire. Ils ont laissé les objets, mais le Saint-Sacrement avait complètement disparu.

Pour quel usage auraient-ils emporté les Saintes Espèces?

Je n’en sais absolument rien. Est-ce pour des messes noires ? Est-ce le désir de provoquer la communauté chrétienne ? Cela relève de la médecine ou de la justice. En tout cas, c’est inexplicable.

D’habitude, lorsqu’il y a une enquête, il y a le secret de l’instruction. En tant qu’évêque, était-ce votre devoir de faire savoir publiquement par un communiqué, votre indignation comme vous l’avez fait ?

Ce n’est pas la première fois que cela arrive dans mon diocèse. C’est arrivé notamment à Tonnay-Charente. C’était un peu la même histoire. Il faut informer l’opinion publique et les chrétiens du diocèse. Il faut que nous puissions prier pour réparer tout cela et prier pour ces malheureux qui ne savent pas ce qu’ils font. Ce n’est pas parce que l’évêque fait une déclaration que cela va gêner l’enquête de police. Je ne suis pas policier, chacun son métier.

Laisser penser que ce genre d’acte est fréquent, est-ce le cas ?

Non, il ne faut pas exagérer. Je n’ai pas dis cela. Je vous ai dit que ce genre d’acte s’était déjà produit dans mon diocèse et ailleurs en France. Si vous regardez certains sites, vous trouverez des informations chiffrées sur le vandalisme dans les églises de France. Il y a bien sûr une recrudescence. Lorsque j’étais jeune prêtre, je n’ai jamais entendu parler de cela. Je ne dit pas que c’est fréquent, mais dans mon diocèse, ce n’est pas la première fois. Je ne vois pas pourquoi des enfants prendraient le Saint-Sacrement pour le profaner. Si c’était des polissons, ils feraient autre chose. Ils mettraient peut-être du mercurochrome dans le bénitier ou des choses comme cela.
On peut penser que ce sont vraiment des actes de profanation. C’est délibéré. En ce sens-là, c’est une insulte faite à la communauté chrétienne et au Seigneur lui-même.

Selon vous, y a t-il vraiment eu volonté de porter atteinte au cœur de cette église ?

On ne peut pas faire mieux. S’en prendre au Saint-Sacrement c’est s’en prendre au Christ lui-même.
Briser la croix est déjà très grave, mais profaner le Saint-Sacrement c’est la présence réelle. Pour nous catholiques, c’est extrêmement important.

Avez-vous l’impression que de plus en plus d’actes antichrétiens se manifestent ?

Je ne sais pas s’il y en a de plus en plus. En revanche, depuis que je suis évêque, j’entends beaucoup parler de cela dans mon diocèse et ailleurs. Il y a une dizaine d’années, je n’entendais pas parler de la même manière. Je n’y prêtais peut-être pas attention parce que je n’étais pas évêque. Il me semble qu’il y a beaucoup plus d’actes de ce genre aujourd’hui qu’il y en avait il y aune dizaine d’années. Vous avez sans doute les moyens de le vérifier avec les statistiques de la police.

Selon vous, de quel facteur proviendrait cette augmentation plus générale des actes antichrétien ?

Je n’en n’ai aucune idée. Je ne me permettrais pas de montrer du doigt qui que ce soit tant que l’enquête ne nous aura pas montré le coupable.
Nos gendarmes et policiers sont débordés de travail. Il ne faut pas les blâmer. Comme vous le savez, eux-mêmes sont souvent victimes d’agressions. C’est une situation très grave. Chacun son travail. Je ne suis pas ministre de l’Intérieur. C’est extrêmement préoccupant !
Les chrétiens de mon diocèse en ont vraiment ras-le-bol !

Cela rejoint-il le ras-le-bol que nous avons pu avoir après l’incendie de Nantes et de Notre Dame-de-Paris ?

Ces actes ne sont pas de même nature. Nous n’avons jamais eu aucun écho de la police ou de la justice que Notre Dame-de-Paris aurait fait l’objet de profanation. Il s’agit vraiment d’un incendie provoqué de manière accidentelle. On peut le penser. Comme vous le savez aussi bien que moi, la cathédrale de Nantes est un acte criminel. Là aussi, on ne peut pas parler de profanation. Pour nous catholiques, la profanation est réelle lorsqu’elle touche le corps du Christ. C’est une nature tout à fait particulière qui montre que ces gens-là ont un minimum de connaissance de la foi catholique.

De façon concrète, comment les catholiques affectataires des lieux de culte doivent faire pour se prémunir de ce genre d’attaque ?

On ne peut pas mettre des gendarmes dans toutes les églises. Il faudrait être davantage présent au moment des visites. Les églises sont des lieux de prières, il faudrait peut-être les fréquenter davantage. Il faudrait aussi que les communautés chrétiennes s’organisent pour qu’il y ait un minimum de présence à défaut de gens qui viennent-là pour les heures de prières régulières ne serait-ce que pour l’accueil des personnes et pour voir un peu ce qu’il se passe.
Nous avons moins de prêtres qu’autrefois. Certaines paroisses ont énormément de clochers et les prêtres ne peuvent pas passer leur temps à surveiller tout ce qui se passe dans les églises.
Quant aux fidèles qui sont engagés dans les équipes pastorales, ils ont déjà beaucoup d’occupations. C’est une vraie question qui nous est posée. Il y a une solution qui consiste à fermer les églises. Il n’y aurait pas de problème. Nos églises sont la maison de Dieu et du peuple chrétien. Si nous fermons les églises, on ne répond plus à notre vocation qui est de mettre des lieux de prières à la disposition du peuple chrétien. Il n’y a pas de solution idéale et je n’en vois pas.
Les autorités militaires et les officiers m’avaient dit lors d’événements précédents «  mettez des bonnes serrures au tabernacle et éventuellement des portes blindées ». Ils sont très soucieux de cela et nous sommes très aidés. Je n’ai pas du tout à me plaindre. Ils font leur travail à fond et nous donnent des bons conseils.