Faut-il autoriser le cannabis ? Bernard Debré, urologue et ancien ministre, répond au micro de Boulevard Voltaire.

Une fois n’est pas coutume, le débat sur la législation du cannabis arrive à l’Assemblée… Qu’en pensez-vous ?

On peut autoriser le cannabis. Mais on sait très bien que ce serait assez paradoxal, vu tous les efforts que l’on fait pour empêcher les gens de fumer du tabac ou de boire de l’alcool. Il faut essayer de trouver une solution.
J’avais proposé la contraventionnalisation du cannabis depuis un certain temps. Pour être plus clair, on donne une contravention à celui qui est pris en train de fumer du cannabis. La contravention est à payer tout de suite ou dans les jours qui viennent. C’est une solution plus applicable.
Bien sûr, il faut lutter contre le trafic du cannabis. C’est un trafic extrêmement lucratif et totalement immoral, car des gens font de l’argent sur une drogue.
Mais il faut maintenant dépasser ce seul problème du cannabis, et cela pour deux raisons.
D’abord, le cannabis est « purifié ». On a, maintenant, le spice. Cette nouvelle drogue est extrêmement dangereuse. Ses effets sont beaucoup plus rapides que les effets du cannabis.
Ensuite, il n’y a pas que le cannabis, il y a aussi toutes les drogues de synthèse qui ne valent rien, et qui font des ravages absolument épouvantables.
Je réclame donc depuis longtemps un enseignement. Les jeunes et les moins jeunes, d’ailleurs, pourraient ainsi être informés des effets et des dangers que ces drogues entraînent.

Le cannabis peut-il vraiment avoir des vertus thérapeutiques, comme le disent ses défenseurs ?

Si l’essence du cannabis, le THC, était et pouvait vraiment être un médicament, pourquoi pas ! Demandons aux laboratoires de fabriquer des antalgiques. Il y en a qui ne sont pas très bons, mais qui sont surtout beaucoup moins forts que les autres dérivés de l’opium.

Peut-on craindre que la légalisation du cannabis thérapeutique entraîne sa légalisation à des fins plus… récréatives ?

Il semblerait, effectivement, qu’un certain nombre de personnes demandent du THC en guise de thérapie, car c’est une drogue facile à prendre et avec un côté festif.
Je ne veux pas leur jeter la pierre. Je propose simplement que l’on demande aux scientifiques et aux laboratoires de faire des études. Elles n’ont pas été suffisantes jusqu’à présent. Il faut savoir si cela apporte plus que les drogues que l’on a déjà. Sinon, je ne vois pas l’intérêt !
D’ailleurs, quelques drogues issues du cannabis existent déjà, mais elles ne se vendent pas. Elles ne sont pas très efficaces. Les neurologues, les médecins généralistes et les spécialistes n’en donnent pas dans les pays où elles sont autorisées.
Attention, on est déjà dans un combat passé. Ce sont, aujourd’hui, les drogues de synthèse qui sont extrêmement dangereuses et elles sont en train de se répandre.

N’est-il pas déjà trop tard ?

J’ai démontré à l’Assemblée nationale, en achetant et en me faisant livrer du cannabis et d’autres drogues beaucoup plus dures, que tout le monde pouvait s’en procurer n’importe où.
On est en train de lutter de façon extrêmement forte contre l’utilisation du tabac, même si ce n’est pas encore suffisant à mon sens. On chipote sur le prix du paquet de cigarettes à huit euros. Oui, il faut le mettre à dix euros tout de suite. Pourquoi attendons-nous ?
Pour l’alcool, c’est pareil, d’ailleurs.
D’un côté, on développe la lutte contre le tabac et, de l’autre, on nous dit qu’on va légaliser le cannabis. C’est absurde ! Il y a aussi des effets secondaires graves avec le cannabis, surtout chez les jeunes en matière de maturation cérébrale.
Cela me semblerait absolument absurde de légaliser le cannabis, alors que l’on continuerait à taper sur le tabac de plus en plus fort.

D’après les partisans de sa légalisation, cela représenterait une grande manne financière pour l’État !

On est en train de nous dire qu’on va légaliser une drogue parce que ça va rapporter de l’argent à l’État, qui va ainsi se mettre à vendre de la drogue…
L’État vend déjà le tabac. Je ne suis ni focalisé ni obsédé par le tabac, mais en tant que médecin, lorsqu’on voit les ravages du tabac, on est quand même angoissé de voir les jeunes fumer de plus en plus.

Vous soulignez souvent l’absence de prévention en amont. Cela suffirait-il à régler le problème ?

Nous, les médecins, aurions la conscience plus tranquille si on nous autorisait à faire une information dans les établissements scolaires et à la télévision.
Vous avez déjà vu de vraies émissions ou de vrais spots contre le tabac ? Non ! Il faut que les gens soient informés.
La contraventionnalisation du cannabis est une bonne chose, car nous sommes tous dans l’hypocrisie la plus absolue. Des peines invraisemblables étaient certes possibles, mais n’étaient jamais appliquées, jamais !

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