Rue de Lappe à Bastille : les deux visages de la nuit parisienne
Il est un peu plus de 20 heures, ce jeudi 17 septembre, sur la place de la Bastille, dont les terrasses s'emplissent à mesure que les Parisiens vident les bureaux. À deux pas de là, la très festive rue de Lappe connaît encore la tranquillité des artères qui ne s'animent que plus tard dans la nuit. Ni les bistrots authentiques, où sont attablés quelques couples soixantenaires, ni les cantines asiatiques familiales ne laissent présager de la cohue qui l'envahira dans quelques heures, comme chaque soir. Mais, comme le calme avant la tempête, les lumières éblouissantes des néons géants au-dessus des clubs encore fermés par d'épais rideaux de fer et les affiches colorées promettant la fête « jusqu'à l'aube » laissent place, malgré le silence encore relatif qui règne sur la chaussée, à ce sentiment étrange qu'ici, la nuit, il peut se passer des choses.
Violée après avoir été suivie depuis la rue de Lappe
Exactement une semaine plus tôt, il est plus de 4 heures du matin quand une jeune femme emprunte la rue de Lappe pour rentrer chez elle, après avoir passé la soirée avec des collègues dans un bar environnant. Pour rejoindre le IVe arrondissement, où son compagnon l'attend, elle n'a qu'à traverser cette voie piétonne. Là, un homme l'aborde, insistant au point que la jeune femme « se réfugie » dans un bar, selon les informations révélées par Le Figaro. Mais, souhaitant rentrer chez elle, elle poursuit son chemin, tout au long duquel l'homme continuera de la suivre jusque dans son hall d'immeuble, où il la viole avant de s'enfuir.
Le calme avant la tempête
« Aujourd'hui, la rue de Lappe remonte la pente, mais c'est vrai qu'elle a beaucoup changé. » Dans cet axe situé au cœur du XIe arrondissement, les barmans et les videurs des boîtes de nuit, qui ont tous entendu parler du fait divers, ne savent pas trop s'il faut s'en étonner ou non. L'un d'eux, chez qui s'agglutine timidement une bande de très jeunes étudiants en soirée d'intégration, reconnaît que la rue de Lappe n'a pas volé sa réputation. « À cette heure-là, ça va encore », tempère celui dont le bar ferme suffisamment tôt pour ne pas être témoin des débordements nocturnes.
À côté, des clients d'une grosse boîte de nuit, adeptes de ses cours de salsa, relativisent aussi. « Jusqu'à 22h30-minuit, c'est très sympa », nous assure l'un d'eux, qui ne reste jamais plus longtemps parce que « l'ambiance d'après », ce n'est pas son « truc ».
Cette « ambiance d'après », c'est celle du clubbing jusqu'à 6 heures du matin, pour lequel se préparent rabatteurs et videurs postés à l'entrée de chaque établissement de nuit. Tôt dans la soirée, les premiers tentent de convaincre les clients hésitants de franchir la porte et abordent les jeunes femmes à la recherche d'une piste de danse. Puis lorsque les esprits s'échauffent et que l'alcool a fait son œuvre, les seconds prennent le relais pour tenir les plus éméchés à distance.
Quelques allers-retours le long de la rue de Lappe permettent de se rendre compte qu'en début de soirée, l'atmosphère y est en effet plutôt détendue. Un verre au comptoir d'un bar laisse le temps à la rue de s'emplir un peu, dans un brouhaha qui s'amplifie entre le français et d'innombrables langues étrangères. Les fêtards, des touristes qui découvrent Paris et cherchent à profiter de la capitale jusqu'au bout de la nuit, des jeunes groupes de filles habillées pour la fête, dont la fraîcheur tombée avec le soleil n'a pas fait renoncer aux mini-jupes, ou encore des étudiants que le BDE [bureau des étudiants, NDLR] a réunis pour la rentrée dans un bar où l'ardoise affiche une bière à 6 euros.
À ce sujet — Quatre plaintes pour viol à Paris chaque jour : qui pour parler de ces « violences-faites-aux-femmes » ?
La soirée débute dans un esprit bon enfant et l'on pourrait croire qu'elle se terminera dans la même atmosphère. Alors, comment se fait-il qu'une jeune femme y ait été suivie par un violeur, une semaine plus tôt ?
Une rue de la soif qui brasse une population diverse
Pour un barman fraîchement arrivé, mais qui connaît la rue de Lappe pour l'avoir fréquentée dans sa jeunesse, c'est « comme toutes les rues de la soif », où l'alcool fait baisser la garde des uns et désinhibe les autres. Les bagarres y sont d'ailleurs courantes, nous confie un videur de boîte de nuit. Le passage de la police, « toutes les 30 à 40 minutes », n'empêche pas les débordements, qui peuvent même parfois se dérouler sous les yeux de cette dernière sans qu'elle n'intervienne, assure-t-il.
Mais lorsqu'il s'agit d'expliquer ce qui a changé dans la rue, les réponses sont plus hésitantes. « C'est bête, mais à Bastille, il y a des correspondances pour tous les RER qui viennent de banlieue », se risque, au bout d'un certain temps, un jeune barman. « Donc, forcément, il y a les populations qui vont avec… »
Dehors, il est 23 h 30 et la rue a déjà changé. Pour s'extraire, il faut se faufiler entre les masses rassemblées devant les bars, où l'alcool et la conversation coulent à flots, et manquer d'enjamber un sans-domicile qui vient de s'installer sur le trottoir avec ses sacs. Aux Danois et aux Américains qui continuent la tournée des bars se mêlent les étudiants français. De jeunes hommes plus isolés sont venus par groupes de deux ou trois et semblent chercher une occupation en attendant minuit, l'heure d'ouverture des boîtes de nuit, qui ne fermeront qu'une fois l'aube venue.
Sur le chemin, un dernier rabatteur vante la sécurité de son établissement, « pas comme les autres là-bas », s'agace-t-il, dans un fort accent étranger, en pointant les clubs qui rassemblent le plus de foule. Il faut dire, ajoute-t-il, que les jeunes s’alcoolisent trop et que les filles portent des mini-jupes… Pas de quoi s’étonner des drames, laisse-t-il entendre.
Pour rejoindre la station de métro, après avoir entendu deux jeunes hommes lancer « c'est le tiers-monde, là-bas », il faudra passer par la rue de la Roquette. En septembre 2024, une jeune femme avait été droguée dans cet axe perpendiculaire à la rue de Lappe, avant d'être emmenée inconsciente en Uber jusqu'en Seine-Saint-Denis par des inconnus qui l'avaient ensuite violée avant de la renvoyer chez elle.







































28 commentaires
Tout d’abord, la police devrait agir différemment, avec pour consigne d’intervenir avec fermeté face aux troubles à l’ordre public. Ensuite, j’estime qu’il serait opportun de rétablir l’ancienne figure du gardien de nuit.
La nouvelle France ?
Il n’y a pas de mots pour qualifier ce genre d’agissements qui sont récurrents partout en France. Je voudrais pouvoir apporter mon soutien à la victime.
Cependant, je suis étonné que rentrer chez soi à 4 heures du matin après avoir été suivie et obligée de se réfugier dans un café n’ait pas suscité chez la victime ou dans son entourage un réel danger. Ce qui veux dire que encore un certain de citoyens et citoyennes sont dans le déni de ce qui se passe quotidiennement dans notre pays, et ne se sentent pas concerné. Mais ce cancer de la délinquance progresse partout. Et le pire, cela devient presque banal. Nos médias aux ordres préfèrent s’en prendre à P. Bruel que je ne défend pas mais je constate que la meute ne se manifestait pas autant pour DSK, ni pour quelques autres citoyens bien connus dans le monde des « bobos » mais ils sont orienté à gauche.
Là où arrive le tiers monde, ça devient le tiers monde.
si les journalistes connaissaient l’histoire de Paris, ils sauraient que la rue de lappe à toujours été investie par les voyous, de tout temps ! La jeune femme qui vit dans ce quartier aurait dû appeler son mec lorsqu’elle était réfugié dans un bar pour qu ‘il vienne à sa rencontre, mais les mec d’aujourd’hui ne s’étouffent pas dans leur courage !
Quelque soit la rue où la tenue vestimentaire un viol mérite la perpétuité au moins .
Vive la sécurité MACRON
Ce n’est pas que la rue de Lappe….La France est devenue championne d’Europe de la criminalité et les gouvernements successifs « surtout les 2 derniers » laissent faire
Comment voulez vous qu’un délinquant comprenne si vous ne lui donnez qu’une pichenette….au lieu d’une condamnation ferme
Mais il parait que ce ne sont que des faits divers et qu’il n’y a pas de criminalité en France….