Editoriaux - International - 25 octobre 2019

Mayotte et la Crimée, deux poids deux mesures

Quel rapport entre la et , 101e département français où notre Président s’est rendu dernièrement en promettant d’y faire tout plein de bonnes choses ?

C’est au XIXe siècle, sous Louis-Philippe, que la France achète au sultan local les deux îles principales, Grande-Terre et Petite-Terre, qui constituent Mayotte. Elles sont culturellement musulmanes et, géographiquement, appartiennent à l’archipel des Comores, haut lieu, jadis, des pirates barbaresques et constitué principalement de quatre îles : Grande Comore, Anjouan, Mohéli et Mayotte.

En 1848, Mayotte est rattachée à la République française qui prend le pouvoir sur tout l’archipel. Il devient colonie de « Mayotte et dépendances ». Au début des années soixante, une revendication indépendantiste émerge. Sur Mayotte, une partie de la population, les Créoles, d’origine française, s’y oppose, souhaitant demeurer française. Le 22 décembre 1974, la France organise, sur l’ensemble de l’archipel des Comores, un référendum pour en décider. Il se révèle favorable et le président Ahmed Abdallah déclare, le 6 juillet 1975, l’indépendance immédiate des Comores, dont Mayotte. Mais la France, au grand dam du gouvernement comorien, ne l’entend pas ainsi et dissocie Mayotte, qui a voté contre l’indépendance, du sort des trois autres îles, qui l’ont souhaitée. Pourtant, dans une déclaration du 26 août 1974, le gouvernement français soutenait que la consultation pour l’indépendance serait globale. Principe rappelé par l’ONU, le 12 novembre 1975, réaffirmant « la nécessité de respecter l’unité et l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores ». Et si la France reconnaît bien l’État des Comores en décembre 1975, elle organise néanmoins, le 8 février 1976, un référendum spécifique pour les habitants de Mayotte, lesquels se déclarent massivement pour le maintien dans la République française. En 2009, Mayotte devient le 101e département.

Reste que l’Union des Comores revendique toujours sa souveraineté sur Mayotte. L’Union africaine, qui dénonce les manipulations référendaires, accuse la France de ne pas avoir tenu parole, considère Mayotte comme un territoire occupé par une puissance étrangère et refuse cette séparation qui attente à l’intégrité territoriale de l’archipel. Position, d’ailleurs, soutenue par l’ONU.

Replongeons-nous maintenant dans la Crimée.

En 1991, après la chute de l’URSS, la Crimée obtient le statut de République autonome au sein de l’Ukraine indépendante ; capitale : Kiev. Mais la Crimée souhaite rester dans le giron russe, contre l’avis des autres populations de la péninsule, plutôt pro-européennes. La crise éclate en 2013 à Kiev, avec l’Euromaïdan, ces manifestations pro-européennes causées par la décision du gouvernement ukrainien de ne pas signer un accord d’association avec l’Union européenne. Les émeutes aboutissent à la destitution du président ukrainien Viktor Ianoukovytch, à son remplacement par le pro-européen Oleksandr Tourtchynov et à la colère consécutive de la , qui considère comme illégitime ce nouveau gouvernement ukrainien. Le 11 mars 2014, le Parlement de Crimée déclare l’indépendance de la république de Crimée et demande sa réintégration à la . Le gouvernement ukrainien accuse la d’invasion. Le 18 mars 2014, à la suite d’un référendum tenu le 16 mars, Moscou décide que la République de Crimée et la ville de Sébastopol sont désormais réintégrées à la fédération de .

L’Ukraine ne reconnaît pas ce référendum et maintient ses revendications territoriales sur l’ensemble de la péninsule de Crimée. L’Union européenne, dont naturellement la France, jamais en reste lorsqu’il s’agit de donner des leçons aux autres, s’oppose à la Russie, l’accusant de violer le droit international et la souveraineté de l’Ukraine, ce qui offre une nouvelle fois aux États-Unis et à l’OTAN un prétexte pour persuader l’ qu’il faut se surarmer contre la menace russe.

Mayotte, Crimée : deux cas où, à l’issue d’un référendum, une minorité est désireuse de rester rattachée à ses racines, Mayotte à la France, la Crimée à la Russie. Deux situations identiques, mais deux traitements différents. Mais tant pis pour le droit international : les Comoriens, eux, n’avaient qu’à être dans l’axe du bien. Observons, au passage, que le même raisonnement peut s’appliquer à la Serbie et au Kosovo. Courteline le rappelait : « Si on permettait aux autres ce que l’on se permet à soi-même, la vie serait intenable. »

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