Quand l’écologie politique empêche la prévention des feux de forêt
La macronie nous offre là où le feu fait rage le spectacle d’un défilé permanent qui fait concurrence au festival de Cannes. Yaël Braun-Pivet, Laurent Nunez, Emmanuel Macron et quelques autres y ont fait leur petit pèlerinage, au plus près des micros et caméras, bien évidemment.
Occultation et désinformation
Tout ce tintamarre serait juste un peu énervant si les questions que posent légitimement ces incendies ne faisaient pas l’objet de tentatives d’occultation ou de désinformation pure et simple. Qu’on ose s’interroger sur les budgets supprimés pour les achats de matériels et d’avions promis par Emmanuel Macron et le ministre de l’Intérieur crie au scandale.
Mais les meilleurs à ce petit jeu sont sans aucun doute les écologistes. Marine Tondelier considère ainsi qu’il y a « une responsabilité lourde de l’État dans l’impréparation et dans ce qui se passe aujourd’hui », attendant de ce dernier qu’il soit un « État-providence climatique », et ainsi le « garant de la protection des populations face aux risques climatiques ».
En clair, le message est le suivant : les grands incendies (qui ont pourtant toujours existé, et la Gironde n’y a pas échappé) ne s’expliquent que par le « dérèglement climatique » (alors que le climat est par définition tout sauf réglé), oubliant sans doute que 90 % des départs de feu sont d’origine humaine, que 70 % sont liés à une activité économique, et que la première cause des incendies (30 %) est la malveillance, avant même la mise à feu accidentelle (25 %). Au sein même du gouvernement, l’écologiste et démissionnaire-puis-remissionnaire ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, déplore « sur l'ensemble de la faune qui existe dans ces forêts, des pertes extrêmement importantes », en se gardant bien d’expliquer comment cette hécatombe aurait pu être, si ce n’est évitée, tout au moins limitée.
Ces discours de posture, ressassés sans fin par toute la tribu écologiste, oublient surtout qu’elle est la principale responsable d’une absence totale de prévention des incendies, et notamment dans les forêts de Gironde qui ont été ravagées cet été. Et si l’État est responsable d’une chose, c’est bien d’être sourd aux alertes des professionnels de la forêt et de s’adonner ici comme sur tous les sujets à son passe-temps préféré : la mise en place d’une réglementation paralysante, comme le rappelait Yves d’Amécourt récemment dans les colonnes de BV.
Les propriétaires et professionnels en lanceurs d’alerte
En Gironde comme dans de nombreuses autres régions, les professionnels et propriétaires forestiers (75 % de nos forêts sont des propriétés privées), s’accordent pourtant sur une série de mesures de prévention des incendies. Fransylva (Fédération des syndicats de forestiers Privés de France) résume cette politique du bon sens en rappelant que pour « limiter les feux de forêt, il est indispensable de mener des travaux forestiers (retrait de l’excès de bois mort, ouverture de cloisonnement de routes forestières, coupes sanitaires et d’arbres en dépérissement) ». Mais, répondant aux propos de Monique Barbut, Fransylva précise que « pour protéger "l'habitat potentiel" d’une espèce protégée (notion qui comprend autant des raretés réelles que des animaux abondants), ces travaux sont interdits ! Résultat : les feux ravagent plus vite les forêts et avec elles, la biodiversité qu’on espérait protéger par des normes … »
“ ́” … ̀ ́ pic.twitter.com/gfW5TxyS9j
— Fransylva (@FransylvaFrance) July 15, 2026
Un discours que relaie aussi Christophe Chantepy, expert en défense contre l’incendie à l’Office national des forêts, qui, dans Le Figaro, explique que pour « diminuer l’intensité des feux, il faut créer des zones tampon dans les forêts ».
Les mesures auxquelles il est fait référence sont elles-mêmes gravées dans le marbre du Code forestier. Pourtant les pompiers et professionnels interrogés, pendant que les incendies girondins faisaient rage, déploraient qu’un débroussaillement insuffisant et l’absence de zones coupe-feu aient favorisé la progression et la montée en puissance des feux.
Une désobéissance généralisée serait-elle à l’origine de la catastrophe ? Ce serait négliger une absurdité réglementaire qui n’a rien d’un détail. Face au Code forestier, sous l’impulsion des écologistes, un Code de l’environnement s’est enrichi d’un arsenal réglementaire de contre-mesures qui paralyse finalement toute volonté de prévention des incendies.
Le Code de l’environnement paralyse la prévention
Quelques exemples : quand le Code forestier promeut le broyage de la végétation basse, le Code de l’environnement interdit de détruire ou même de perturber les animaux sauvages et d’altérer leur habitat. Quand le premier exige qu’un débroussaillement soit réalisé avant l’été et le démarrage des feux, le second recommande d'éviter les coupes et élagages au printemps pour ne pas perturber la reproduction de certains animaux. Quand le Code forestier exige un espacement des arbres (trois mètres minimum à la cime), leur élagage bas et l'élimination du bois mort (hautement combustible), le Code de l’environnement les encourage au contraire. Et quand le Code forestier précise que l'Obligation Légale de Débroussaillement (OLD) s’applique de plein droit, et dispense donc généralement le propriétaire d'une demande d'autorisation de coupe, le Code de l’environnement promeut une soumission à évaluation, voire autorisation préalable, une modification du milieu naturel, et notamment dans les zones protégées.
Or les témoignages des pompiers et professionnels montrent d’une part que l’État, malgré les alertes, a volontairement laissé s’installer une réglementation paralysante, et de l’autre que le Code de l’environnement est désormais clairement prioritaire sur le Code forestier. Les méga-feux ont donc de l’avenir.
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