Editoriaux - Livres - Théâtre - 28 mai 2018

Marlène Schiappa classée presque réactionnaire par L’Obs

Cliquez pour acheter

Marlène Schiappa écrit des livres comme d’autres font du tricot. C’est son passe-temps, sa manière de tuer le temps en voyage, dans une salle d’attente, au coin du feu… Phrase à l’endroit, phrase à l’envers, petit à petit, l’ouvrage avance. Résultat de ses derniers travaux, un petit livre dans lequel elle expose sa correspondance avec ses deux filles. Si souvent éloignées de vous, s’intitule ce nouveau pull-over de la littérature. Une sorte de journal intime plus du tout intime dont même L’Obs avoue avoir été mis “bien mal à l’aise”… Diable ! Eux aussi ? À la lecture d’un passage tel que celui-ci : “Quand le shampoing coule sur mes épaules, mon ventre, mes jambes, j’en ai partout, je me lave les mains avec ce liquide blanc, je patauge dedans”, il semble assez probable que ses propres filles aient renoncé à parcourir la suite. À moins d’offrir le livre pour tout achat d’un flacon de Tahiti douche, la clientèle intéressée par le genre n’apparaît pas clairement. La malheureuse journaliste de L’Obs chargée de rendre compte de cette pièce montée littéraire relève les épaisses couches de pommade passées ici et là au couple Macron sans aucun lien avec une quelconque correspondance familiale. À ce stade du récit, les filles Schiappa faisaient des cocottes en papier avec le papier à lettres (notice de montage non fournie par l’éditeur).

En revanche, sur l’idéologie gay-friendly féministe, L’Obs se ravise et estime que l’écrive-laine n’en fait pas assez. L’expression “éternel féminin” pour qualifier Brigitte Macron déplaît fortement. La qualité de la pommade laisse à désirer. Il y a des grumeaux. Des morceaux de machismes entiers. Quant à l’éducation non genrée desdites filles, “on repassera”, écrit la chroniqueuse. Et voilà Marlène Schiappa tombée dans la marmite réactionnaire. Coup de théâtre de l’article ! Elle ose évoquer la blondeur et la minceur de son aînée. Rien ne va plus. Qui a “des jambes longues et fines”. Horreur. L’alarme incendie de la rédaction de L’Obs résonne. Marlène dépasse les bornes. Le sommet du sacrilège est atteint lorsque l’auteure tricoteuse sous-entend qu’une femme peut succomber à un homme… Des journalistes se pendent au plafond. C’en est trop. Et ces amis « souvent gays » cités par la secrétaire d’État ne sont-ils pas la révélation d’une homophobie rentrée ? Comme le raciste qui se targue d’avoir un ami noir… Mais où allons-nous ?

À la surprise générale, la critique de L’Obs réussit la performance de surenchérir au néant du livre. D’ajouter de l’irréel à l’irréel. Si souvent éloignées de vous en apparaîtrait presque sympathique. Tout bien réfléchi, un flacon de Tahiti douche peut toujours rendre service… Et nous voilà attendant avec impatience le prochain ouvrage signé Schiappa. La publication de ses listes de courses nous comblerait de bonheur. Et avec quelle sévérité la journaliste de L’Obs s’insurgerait contre l’achat de courgettes jugées trop phalliques, de bananes machistes et de café Grand’Mère soumise à l’oppression masculine. L’un étant le sel de l’autre, nous ne pourrons nous passer de l’ensemble réuni en un seul coffret-cadeau.

À lire aussi

François Hollande pourrait devenir le Chantal Goya de la politique

Le Goncourt de l'acrobatie est assuré. …