À Rome, lundi et mardi, se sont retrouvés des Américains, des Britanniques, des Italiens, des Polonais des Hongrois mais aussi des Croates pour un grand congrès des conservateurs . Marion Maréchal y a prononcé un discours.

Elle se confie au micro de Boulevard Voltaire.

Vous vous êtes rendue à Rome au congrès des conservateurs européens. Pourquoi y êtes-vous allée ?

J’ai été invitée par le président de la fondation Edmund-Burke. Je trouvais que le concept qu’ils développaient était intéressant. C’est un nouveau courant idéologique qui se veut proche de Trump et qui se veut être une sorte de déclaration d’indépendance du conservatisme vis-à-vis du néoconservatisme, de l’ultralibéralisme et du progressisme. Je me sens assez en phase avec ces positions.
Par ailleurs, cette convention s’est faite sous l’égide du « conservatisme national ». Je trouve cette idée intéressante, car elle permet de considérer que, derrière cette démarche de vouloir conserver et transmettre, il y a des particularismes nationaux. Chaque peuple traduit différemment cette aspiration à conserver. On peut avoir des choses à se dire entre conservateurs au sens large, tout en gardant l’ADN de nos nationalités et de nos particularismes nationaux.

Ce congrès est un peu l’antithèse de l’Union européenne ?

Exactement. D’ailleurs, l’un des sujets principaux développés était à la fois la critique de l’Union européenne et l’alternative à l’Union européenne. Penser de nouvelles coalitions gouvernementales et de nouvelles alliances européennes pour prendre une autre voie que celle qui est aujourd’hui le résultat d’une sorte d’immobilisme ou d’incompatibilité du couple franco-allemand. Je pense que tout le monde est assez sensible à ce sujet-là. Il est intéressant de voir que des gens issus, comme moi, de la droite nationale française arrivent à discuter avec des Croates, des Anglais, des Hongrois et des Polonais. Ces nationalités n’avaient jusqu’alors pas spécialement de contact avec le courant de pensée auquel je participe en France.

Discuter avec tout le monde n’était pas forcément le concept partagé par tous puisque Matteo Salvini ne s’est pas rendu à cette convention, à laquelle il était pourtant attendu. A priori, la présence des membres du PPE serait en cause. Cela vous surprend-il ?

Je ne pourrais pas vous dire exactement ce qu’il en est, mais je sais que Matteo Salvini était prévu. Sa présence était confirmée et, finalement, il n’est pas venu. Je ne connais pas les raisons. Il avait toute sa place au milieu de ces groupements. Les Italiens étaient représentés à travers Fratelli d’Italia, et notamment sa présidente Giorgia Meloni. Ce parti fait entre 10 et 11 % en Italie et il est en progression. C’était regrettable. Néanmoins, des membres de la Ligue étaient présents. Il ne faut pas non plus qu’il y ait d’hostilité majeure.

Vous étiez présente en tant que directrice de l’ISSEP et en tant qu’ancienne députée. On a du mal à vous situer sur le terrain politique. Des journalistes se demandent quelle est votre trajectoire. Vous êtes directrice de l’ISSEP à Lyon et vous avez arrêté la politique, mais en même temps, vous vous rendez à ce genre de congrès, alors même que vous êtes éloignée de la politique…

En France, on adore mettre les gens dans des cases. Je perturbe énormément les journalistes parce que je ne suis pas dans la case « politique électorale » et je ne suis pas, non plus, dans la case « société civile silencieuse ». C’est toujours le même sujet et il n’y a pas d’ambiguïté. J’ai dit et redit que je n’avais pas d’ambition présidentielle en 2022.
Simplement, en tant que directrice d’une école de sciences politiques, cela ne m’apparaît pas absurde. D’ailleurs, d’autres directeurs d’écoles de sciences politiques posent un regard, une analyse, voire des propositions sur un certain nombre de sujets qui touchent la politique. Je ne me suis jamais interdit d’intervenir dans le débat politique, que ce soit en France ou à l’étranger.
Par ailleurs, je suis personnellement attachée à cette idée de coalition et d’alliance. À défaut d’y arriver en France, je trouve que lorsqu’il y a de bonnes occasions de pouvoir le faire au niveau international, il faut les saisir.

Ce week-end, le Brexit a été acté. Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Frédéric Poisson et d’autres ont fêté ce Brexit… Avez-vous fêté la sortie des Britanniques de l’Union européenne ?

Je ne l’ai pas utilisé comme une occasion pour faire la fête et boire un verre, mais j’aurais pu. Je respecte totalement la volonté du peuple anglais et je comprends son aspiration à vouloir retrouver son indépendance. L’énervement qu’ils ont eu par rapport au traitement qu’ils ont subi est légitime. La situation de la France est un peu différente. Dans l’espace Schengen, nous sommes dans l’euro. Par conséquent, on ne peut pas poser le même diagnostic ou les mêmes solutions que les Anglais. J’espère que la France gardera le lien politique, économique et diplomatique avec les Anglais. Ils sont une économie importante en Europe et ils sont un contrepoids important par rapport à une certaine politique allemande qui ne défend pas les mêmes intérêts que les nôtres.

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