Editoriaux - Santé - 12 juin 2019

Malaise aux urgences : à qui la faute ?

Les médias rapportent que les urgences des hôpitaux sont bien malades, des personnels partant même en arrêt maladie, mais le diagnostic est obscur.

Les urgences sont la vitrine de l’hôpital, mais la maladie est diffuse.

Du fait du déficit chronique de la Sécurité sociale, il y a une volonté de réduire les dépenses qui passe par une limitation de la rémunération de l’hôpital, bien qu’il doive répondre à une demande croissante de soins.

La solution choisie a été d’augmenter la cadence de travail des soignants avec plus de lits à gérer pour un même nombre de personnel et plus de rotations des patients dans les lits. Si le service ne se développe pas, il est menacé de fermeture au profit d’un autre plus rentable. Les gestionnaires des hôpitaux périphériques, de leur bureau, se comportent en « killers » qui baissent les effectifs au maximum pour faire des économies. Ils peuvent espérer ainsi une promotion. Ils laissent derrière eux des soignants en déroute, sans le savoir peut-être, car ils planent alors déjà dans de plus hautes sphères administratives.

De même qu’on tend à transformer les fermes en firmes, on transforme l’hôpital en usine à soins où les gestionnaires commandent des travailleurs qui doivent suivre, en se hâtant, des protocoles établis, avec risque de déshumaniser soignants et patients. Le décalage entre salaire et pénibilité du travail devient parfois abyssal. Des postes médicaux ne trouvent, de ce fait, pas preneur. Le service d’hospitalisation de courte durée de mon hôpital, à 20 km de Paris, a dû fermer, ce qui augmente le stress des urgences.

La France est un pays riche qui envisage la prise à sa charge financière de davantage de migrants ou l’assistanat des homosexuels pour procréer, mais qui ne trouve pas d’argent pour payer correctement des travailleurs de nuit faisant des heures supplémentaires.

Plus de fonds pour les urgences serait un traitement symptomatique, sans effet durable, sauf à monter les doses, s’il ne s’accompagne d’un traitement de fond. Une transfusion est nécessaire, mais il faut surtout arrêter l’hémorragie. En l’occurrence, cela passe par une responsabilisation des médecins de ville et surtout des patients. Mais il faudrait alors changer du discours électoraliste : « en même temps » des soins de qualité et gratuits.

Heureusement pour le gouvernement et les administrateurs, « il n’y a pas de problème qu’une absence de solution ne peut résoudre ». Ils sont face à des personnels qui cessent leur travail, mais dont les collègues se mobilisent pour assurer la continuité des soins.

On imagine, à la SNCF, des conducteurs grévistes remplacés par des cheminots faisant des heures supplémentaires pour assurer le trafic : il suffit d’attendre le pourrissement. L’annonce du nouveau déficit de la Sécurité sociale vient à point nommé pour ne pas augmenter les salaires.

La santé, qui n’a pas de prix, mériterait une grande mobilisation populaire et politique. Mais la priorité semble plutôt le pouvoir d’achat et les élections municipales.

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