Editoriaux - Politique - 7 juin 2019

Macron transforme sa défaite aux européennes en victoire

Comment une défaite peut être transformée en victoire ? Cet exploit vient d’être réalisé dans notre pays.

Beaucoup de Français sont persuadés que les élections européennes ont conforté le Président et sa clique. Les chiffres disent le contraire : sur les 50 % de votants, lors des élections européennes, 22,42 % (et donc 10,73 % des inscrits) ont voté pour la liste présidentielle. Or, celle-ci a bénéficié d’un soutien massif des grands médias qui ont d’abord accepté que la parole et la présence présidentielles illimitées viennent déséquilibrer la campagne, le poids des mots et la taille des photos à son profit, sans la moindre remarque du CSA. Ils ont ensuite participé à la transformation d’une élection proportionnelle à un tour en duel entre deux listes, comme s’il s’agissait du deuxième tour d’une élection uninominale. Ils ont, enfin, accrédité l’idée que le score de la liste Loiseau était honorable, malgré sa deuxième place. On n’a pas insisté sur le fait que les 5.079.015 voix obtenues représentaient une perte de 3,6 millions par rapport au premier tour de la présidentielle, de 2,4 millions à celui des législatives, alors que le taux d’abstention y était plus élevé qu’aux européennes de cette année.

Ô Macron, où est ta victoire ? Elle réside dans la défaite du troisième parti, Les Républicains. Macron a réussi à faire croire qu’il était « libéral » alors qu’il ne l’est que pour les très riches, et social-démocrate dans l’ensemble, adepte de la dépense publique et des prélèvements obligatoires qui ne baissent pas, « progressiste » sur le plan « sociétal », c’est-à-dire favorable à toutes les décadences du monde occidental. Mais il a bénéficié de plusieurs alliés involontaires, les « gilets jaunes », qui ont fait d’autant plus peur à celle des métropolitains, qu’ils ont envahi les beaux quartiers et ont pimentés de quelques « Black Blocs » venus d’on ne sait où, cassé les commerces et même les monuments.

La sympathique manifestation des retraités, maltraités et patriotes, autour des ronds-points, s’est transformée en défilés de plus en plus restreints de sympathisants de La France insoumise, autre soutien inconscient du gouvernement par ses excès, inévitablement conclus par des « tensions » avec la police. Il n’en fallait pas davantage pour que la « droite » sociologique, celle des bureaux de vote des quartiers cossus, des régions touristiques, et peu sensible encore à l’immigration et à l’effondrement industriel, choisisse le camp de « l’ordre » et des priorités économiques. Jamais une élection n’a autant correspondu à un vote de classes. Elle a opposé ceux qui ne souffrent pas de la mondialisation et en profitent parfois à tous ceux qui en pâtissent.

Quant au second but poursuivi, rééditer le second tour de 2017, tout semble y tendre désormais. Le Rassemblement national a gagné, mais comment peut-il espérer réunir une majorité des électeurs ? Si Les Républicains se refusent à toute entente avec lui, si les rats continuent à quitter le navire, voire à passer sur la galère macronienne pour sauver piteusement leurs mairies, le risque est grand de voir une majorité, qui a servi de chaloupe de sauvetage à nombre de socialistes, réussir son ancrage dans les villes et au Sénat. La droite modérée qui n’a que peu reculé en Europe aura sombré corps et biens en France ! Quant à la droite souverainiste et conservatrice, héritière du gaullisme, qui pouvait faire la jonction, comme Dupont-Aignan l’avait faite à la présidentielle, elle a coulé.

Ce constat désespérant est-il définitif ? Non : les dossiers noirs du pouvoir actuel sont accablants. Toutes les oppositions doivent se réunir pour se concentrer sur eux au lieu de se disperser.

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