Dans l’idéal de la Ve République, le président de la République devait être un homme au-dessus des partis, directement au contact du peuple car élu par lui et soutenu par lui lors des phases de démocratie directe, des référendums voulus par le chef de l’État. Sa mission relevait du long terme et du grand large, ce qui créait un double effet de proximité, de souhaité et d’éloignement, d’altitude impossible à atteindre sans le charisme de l’Histoire qui faisait du une personnalité exceptionnelle.

La pesanteur des réalités et des intérêts politiciens a progressivement déformé nos institutions. La démocratie directe a disparu : les référendums rares et décidés d’en haut tendaient en effet à répondre à une question qui n’était pas posée – soutenez-vous le Président ? La démocratie directe tournant au plébiscite négatif a donc été abandonnée et, avec elle, c’est la démocratie elle-même qui en prenait un coup. Désormais, l’oligarchie politicienne issue des partis utiliserait les institutions de la Ve République pour que des personnages, qui n’avaient plus rien d’exceptionnel, puissent gouverner de loin avec l’obligation de compenser cet éloignement et ce pouvoir personnel par une incapacité d’affronter les groupes de pression, et notamment les syndicats, ainsi que par une démagogie débridée. Notre République était redevenue celle des partis et de l’immobilisme que Jacques Chirac a personnifiée.

Donnant à cette dérive son aboutissement logique, l’instauration du quinquennat voulait installer en France une alternance entre deux forces politiques essentielles comme cela existe dans de nombreuses démocraties libérales, notamment anglo-saxonnes. Le champion de l’une d’elles étant élu, il était logique que l’Assemblée nationale lui fût favorable et offrît une majorité de sièges aux élus de son parti. Dans les faits, cette évolution faisait passer la France d’un régime parlementaire doté d’un Président puissant à un régime présidentiel dénué de tout équilibre. Ne subsistaient que le poids du parti présidentiel et celui des élus enracinés dans leurs fiefs et capables d’influencer le Président.

L’accession de M. Macron à la présidence est à la fois une imposture et une conclusion de la dérive de nos institutions. Un coup d’État médiatico-judiciaire a permis à un groupe de socialistes de conserver le pouvoir après le désastre du mandat de François Hollande. Il s’agit de la gauche strauss-kahnienne, qui associe le sociétal, un « réalisme » économique qui va jusqu’à la connivence avec les milieux d’affaires, et la poursuite des tares socialistes que sont la dépense publique, les déficits, l’endettement, et l’obésité de l’État. On peut se demander ce qui a poussé des hommes « de droite » à se joindre à cette équipée. L’ambition, le carriérisme, sans doute, mais plus profondément l’appartenance à une caste qui est d’autant moins limitée à la France qu’elle oublie systématiquement le caractère prioritaire de l’intérêt national qui était l’axe même du gaullisme.

Avec Macron, on arrive sans doute à la fin de la Ve République. Elle avait commencé avec un homme qui arrivait pour la seconde fois en sauveur. Elle finit avec un banquier d’affaires éphémère, le produit d’un cercle, celui des Minc, des Attali, des Jouyet, voué au et à la technocratie. Le fondateur de la Ve République incarnait la volonté de redonner à la France sa grandeur, malgré un contexte qui était celui de la liquidation des empires coloniaux, et il occupait effectivement une place importante sur la scène internationale. Le Président actuel, peu pris au sérieux par ses homologues, passe son temps à excuser la France pour des crimes imaginaires alors qu’il lui serait si facile de susciter la fierté des Français à partir de leur Histoire. De Gaulle se voulait au-dessus des partis mais, avec réalisme, parlait de l’armée de ceux qui le soutenaient.

Macron a créé son parti comme on lance une firme, un parti qui, loin de réunir les Français des deux rives, n’est que le conglomérat des appétits et des illusions, l’instrument d’un homme qui divise au lieu de rassembler, un homme qui a fait de la et non de l’espoir le moyen de gouverner, peur de la mort, peur de la maladie, peur de la sanction, peur du désordre. La peur peut unir un troupeau mais ne peut conduire une nation. Il est frappant de constater que deux ouvrages consacrés au macronisme, celui de Frédéric Rouvillois, Liquidation, et celui d’Olivier Marleix, Les Liquidateurs, emploient pratiquement le même terme. Oui, Macron est un liquidateur. Le soutenir est suicidaire.

1 août 2021

Partager
BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.

5 20 votes
Votre avis ?
115 Commentaire(s)
le plus populaire
le plus récent le plus ancien
Commentaires en ligne
Voir tous les commentaires