Culture - Discours - Editoriaux - Histoire - Politique - 12 avril 2018

Macron, Jupiter, Narcisse et, maintenant, Tartuffe !

La lecture attentive du discours du président de la République à la Conférence des évêques de France devrait susciter un malaise chez tous ceux qui s’y appliqueraient. Ce sentiment n’aurait rien à voir avec la colère exagérée feinte par les laïcards patentés. […] Soyons justes : le niveau du discours d’Emmanuel Macron laisse ces petits esprits sur le bord de la route.

Mais c’est justement sa perfection rhétorique qui devrait soulever nos inquiétudes. On pourrait d’abord se demander si le Président n’est pas un philosophe frustré qui confond parfois la mission, qui est la sienne, de conduire le pays dans une voie qu’il détermine, avec le plaisir très narcissique de disserter publiquement en exhibant avec ostentation sa culture. […]

C’est une deuxième source de doute, voire de soupçon, que ce talent d’une équipe de communication qui cisèle toujours les allocutions présidentielles en fonction des auditeurs, quitte à se contredire par rapport aux précédentes ou aux suivantes, devant d’autres parterres. Aux “Bernardins”, le Président a parlé “catho” comme il a parlé anglais à Davos. La notion de “dialogue en vérité” semble tirée d’une encyclique, la “vocation de l’Église” en parallèle au “devoir de l’État” pourrait figurer dans une exhortation apostolique. La condamnation du relativisme, voire du nihilisme, c’était du Benoît XVI. Le contenu n’était pas simplement un appel à l’engagement des catholiques dans l’action politique actuelle, c’était aussi, en passant, une révision de l’Histoire qu’on n’espérait plus. Il y avait un côté “français et catholique toujours” dans le rappel du rôle positif du catholicisme dans l’Histoire de France, de Jeanne d’Arc jusqu’à la résistance et à la protection des Juifs durant la guerre, qui nous changeait de la trilogie “croisades, inquisition, pétainisme” à laquelle nous nous pensions condamnés. […]

D’ailleurs, les autres “communautés” n’étaient pas vraiment oubliées. Au début, le “parcours maçonnique” du colonel Beltrame est cité comme l’une des trois motivations possibles de son geste. Et à la fin, le dialogue avec l’islam est évoqué. Surtout, d’un bout à l’autre de son intervention, M. Macron a ouvert en grand les fumigènes. Curieux, quand même, qu’un Président qui doit guider un pays soit si attaché à l’incertitude ! […] Ainsi donc, le Président nourrit avec les évêques un sentiment “confus”, puis parle des “réalités contradictoires et complexes”, vante la liberté du paradoxe et propose de fonder les relations entre l’Église et l’État sur le partage des incertitudes. Pour quelqu’un qui dit craindre le relativisme, un tel goût pour le brouillard est inquiétant.

Heureusement, quelques arêtes émergent des nappes épaisses. L’Église est invitée, ainsi, à affronter la tension entre son idéal et le réel, à se poser des questions plutôt que de détenir des réponses. Son allusion aux familles au pluriel, qu’il précise ensuite pour souligner que la charité de l’Église ne fait pas la distinction, est en revanche assez claire : l’Église est bien obligée de s’adapter. Le Conseil économique, social et environnemental vient de cimenter une nouvelle pierre sur le chemin que l’Église ne peut emprunter, mais qu’elle acceptera comme le reste, parce que cela fait partie de la réalité “en marche” : l’autorisation de la sédation létale, qui est à l’euthanasie ce que l’IVG est à l’avortement. Qu’on ne dise pas que le CESE est éloigné de la pensée élyséenne !

Le Président a aussi parlé des chrétiens d’Orient. C’est sans doute à ce moment que Tartuffe a fait le plus fort. […] Comment ne pas percevoir la duplicité d’un homme qui caresse les catholiques si naïfs pour continuer son OPA sur l’électorat de droite et qui se dit prêt à prolonger la guerre en Syrie en attaquant un gouvernement, que les chrétiens soutiennent, pour complaire à son généreux client saoudien ? La complexité est estimable, sauf lorsqu’elle n’est que le refuge de l’hypocrisie !

À lire aussi

Retraites : pour en sortir, le référendum

Une fois de plus, c’est la défiance et non la confiance qui règne en France... …