« Il vit, dort et mange pour le mouvement » : Julien Sanchez, le stakhanoviste patriote

« Il ne renie pas le passé, il sait d’où l’on vient, il a connu les années difficiles. » Au RN, le directeur de campagne de Marine Le Pen fait l'unanimité.
Capture d'écran YT Yoann Gillet
Capture d'écran YT Yoann Gillet

« On a l'archétype du moine-soldat. » Au Rassemblement national, tous reconnaissent en Julien Sanchez, un homme « rigoureux », « travailleur » et « humble ». À 42 ans, celui qui a été élu député au Parlement européen en 2024, a été nommé directeur de campagne du RN pour l’élection présidentielle de 2027. Une figure historique du parti qui a traversé toutes les strates, du jeune militant qu’il était à 16 ans, lorsqu’il s’engage et adhère en 2000 au Front national que dirige Jean-Marie Le Pen, jusqu’au mandat de maire de maire de Beaucaire qu’il occupe dix ans avant de rejoindre les bancs du Parlement européen.

« C’est le type qui vit pour le mouvement, qui dort pour le mouvement, qui mange - quand il mange - pour le mouvement, confie un parlementaire mariniste à Boulevard Voltaire, c’est l’homme totalement dévoué ». « C’est un vrai bosseur, capable de diriger des équipes », confie cet autre cadre du parti. L’homme de la situation en somme.

L’expérience de celui qui aura la charge de coordonner la machine de guerre qui doit permettre à la candidate du Rassemblement national d’accéder à l’Élysée, provient des responsabilités successives qu’il a endossées et qui ont forgé, avec les années, une expérience solide. Porte-parole du parti de 2017 à 2022, après avoir été conseiller régional du Languedoc-Roussillon, Julien Sanchez devient maire en 2014, à l’occasion d’une quadrangulaire. « L’essayer, c’est l’adopter. » Le travail porte ses fruits et l’édile est réélu six ans plus tard dès le premier tour avec près de 60 % des voix.  « La fonction de maire m’a habitué à beaucoup écouter les points de vue différents et à être pragmatique. » Auprès de BV, Julien Sanchez tire les leçons d’un mandat, mené « sans œillères », « 24 heures sur 24, sept jours sur sept ». Une façon de définir le poste clé qu’il occupe désormais.

« Il n’est pas arrivée par la grande porte »

La nomination de l’eurodéputé au poste stratégique de directeur de campagne, plusieurs semaines avant la date fatidique du 7 juillet, était un message envoyé aux militants et aux détracteurs du parti à la flamme : quel que soit le candidat du RN qui portera l’oriflamme du mouvement à la présidentielle, il n’y a qu’un seul camp, qu’un seul parti. Julien Sanchez y voit une preuve de ce « lien de confiance » qui l'unit à Marine Le Pen et Jordan Bardella. Avec la première, il a travaillé au conseil régional d’Île-de France puis géré une partie de ses relations presse à partir de 2012. Sous la présidence du second, il siège au Parlement européen.

L’ancien maire de Beaucaire s’est construit progressivement, au sein du parti. « Il n’est pas arrivée par la grande porte », commente un cadre. Une destinée comparable à celle du président du RN, susceptible de rapprocher les deux hommes. Après la gestion saluée de la campagne des municipales de 2026 que Julien Sanchez a dirigée (« on ne lâchait pas les candidats dans la nature », plaide ce dernier), c’est donc assez naturellement que le choix des dirigeants du RN s’est porté sur un homme qui, pour l’heure, fait l’unanimité autour de lui.

Un cadre historique

« Le dimanche dans les repas de famille, c’était des débats passionnés ». Issu d’une famille hétéroclite dont le père, communiste, était syndicaliste à la CGT quand les grands-parents pieds-noirs, portaient dans leur cœur l’Algérie française, Julien Sanchez affirme s’être « positionné très vite sur le FN à l’époque ». Celui qui hésite entre une carrière de journaliste et la politique a choisi son cheval de bataille. Du colleur d’affiches à député européen. Un travail de parlementaire reconnu : « C’est autant un techno qu’un homme qui a du sens politique », analyse un cadre du parti ; «il va au fond des dossiers, il prend les choses au sérieux » souligne-t-on en interne. « En commission budget, c'est un des meilleurs », constate un eurodéputé RN. Julien Sanchez sait aussi réconcilier l’ancien et le nouveau quand, sur Radio Courtoisie le 20 juillet, il dresse un portait élogieux de Jean-Marie Le Pen. « C’était un homme exceptionnel », raconte Julien Sanchez au micro de Pierre-Alexandre Bouclay.  « On retient toujours des choses négatives, quand il y avait aussi beaucoup de choses positives. » « Il ne renie pas le passé, se satisfait un parlementaire RN auprès de BV, il sait d’où l’on vient, il a connu les années difficiles. » Cette traversée du désert, loin des 30 % que les sondages prédisent aujourd’hui, où « on portait le chameau sur nos épaules », comme le disait, avec son inégalable sens de la formule, Jean-Marie Le Pen. « Tous ceux qui appartenaient au FN me connaissent, souligne Julien Sanchez. Malgré mon âge, je suis un des plus anciens du parti. » « C'est quelqu'un de la maison », résume un cadre. Une carte maîtresse donc pour Marine Le Pen, qui pourra compter sur un bras droit aguerri, capable avec ses 26 ans de boutique, d’unifier les cadres et militants historiques avec les ralliés de la dernière heure.

Homme de terrain

« C’est un combattant, il sait ce qu'est une campagne électorale, se réjouit Gilles Pennelle, qui côtoie Julien Sanchez au Parlement européen, c’est un homme de convictions, capable de faire des sacrifices sur sa vie privée, reconnu pour sa maîtrise des dossiers. » Si le sérieux et le côté stakhanoviste du nouveau directeur de campagne font dire à certains en interne : « humainement, ce n’est pas le plus folichon de la bande », le parlementaire breton, témoigne a contrario des qualités développées par Julien Sanchez : « un homme de terrain, très estimé et très proche des militants ; c’est un excellent compagnon, il a beaucoup d’humour quand on le connaît bien. »

Désormais attelé à la tâche, celui qui confie s’accorder une petite semaine de repos cet été, est sur tous les fronts pour qu’à la rentrée de septembre la campagne de Marine Le Pen puisse être mise en orbite. Organisations des meetings, des déplacements (Marine Le Pen visitera chaque région dans une campagne qualifiée par avance de « sportive »), budget de la campagne, recrutement des salariés, élaboration du projet, participations aux réunions de travail. Première grosse étape de la montagne à gravir, dont le sommet élyséen est à la fois si proche et si loin, le congrès du RN du 24 octobre à Orléans et le grand meeting de lancement de campagne qui se déroulera le lendemain. « Un grand moment populaire où on sentira toute l’énergie des militants et des cadres », assure Julien Sanchez. Sur la grande carte d’état-major, l’aigle survole le champ de bataille. Prêt à fondre sur sa proie.

Picture of Yves-Marie Sévillia
Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

2 commentaires

Laisser un commentaire

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Eliot Deval encense le travail de BV !
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois