En Anjou, un pèlerinage pour demander la pluie

Renouant avec une tradition pluriséculaire, les fidèles ont supplié saint Francaire.
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En cette chaude journée d’été, l’herbe desséchée craque sous les pas des pèlerins qui égrènent leur chapelet. Ce premier jour du mois d’août, une trentaine de paroissiens issus de deux diocèses voisins, celui de Poitiers et celui d’Angers, renoue avec une tradition ancestrale que nous résume l’abbé Jean Gaignard, enfant du village, devenu Père Blanc en Algérie : « Lorsque l’on a besoin d’un temps favorable, on vient prier saint Francaire ! »

Telle est l’expression simple et sincère de la piété populaire, qui s’est peut-être refroidie mais ne s’est pas éteinte, voire tend à renaître, çà et là, dans tous les coins les plus reculés de notre pays. Sècheresse, incendies, fortes chaleurs, Dieu sait si nos agriculteurs aussi bien que les sapeurs-pompiers ont besoin de cette ferveur. Pour preuve s’il en fallait, ce cri désespéré de Cédric Viallemonteil, sur X, éleveur de vaches dans le Cantal : « Priez pour l’élevage français qu’il pleuve rapidement, sinon, beaucoup d’entre nous vont disparaître. Les prairies sont grillées depuis longtemps, il faut acheter du foin, c’est déprimant. »

 

 

« Dans le pays accidenté qui donne naissance à la rivière du Layon s’élève, perché sur une colline, le bourg de Cléré », écrivait un abbé Branchereau, dans un opuscule de 1863 dédié à saint Francaire. C’est dans ce petit village viticole de l’Anjou qu’a habité le père de saint Hilaire de Poitiers, docteur de l’Église. Si l’on sait peu de choses sur la vie de Francaire, la tradition nous apprend qu’il « était grand moins encore en noblesse qu’en sainteté de vie ». À quelques pas, seulement, du lieu de l’ancien château du seigneur Francaire coule une fontaine « miraculeuse, dont la source est intarissable même dans les plus grandes sècheresses. On l’appelle la fontaine de saint Francaire, poursuit l’abbé Branchereau, dans son ouvrage. C’est là, dit encore la tradition, le lieu que le saint affectionnait particulièrement et où il venait chaque jour faire à Dieu sa prière. » Et c’est ainsi que depuis des siècles, « c’est un usage dans les paroisses voisines de Cléré, lorsqu’une sècheresse prolongée menace de perdre les biens de la terre et de rendre stérile le travail du laboureur, de venir processionnellement, en chantant des psaumes et des litanies, à la fontaine de notre saint lui demander la pluie qui féconde les campagnes ».

« On redécouvre nos racines »

Voilà pourquoi depuis l’église de Cléré-sur Layon, où se trouve le reliquaire de saint Francaire, la petite colonne de fidèles s’est élancée jusqu’à la petite chapelle érigée trois kilomètres plus loin, sur le lieu de la fontaine. Les pèlerins, la foi chevillée au corps, implorent le Ciel sous la conduite du père camerounais Joseph Beboula, missionnaire du Sacré-Cœur d’Issoudun. Sous un soleil de plomb, marchant derrière la bannière de saint Francaire, Édith sourit, elle nous confie avoir pris son ciré pour la pluie ! Non loin d’elle, Sheila est venue de La Gaubretière, en Vendée. Malgré des épines calcanéennes qui la font souffrir des pieds, elle croit que « rien n’est impossible à Dieu. Cela va marcher, j’offre mes douleurs pour la pluie, pour nos paysans. »

 

 

À l’issue de la messe, où une cinquantaine de fidèles avaient rejoint les pèlerins du matin, l’abbé Christian Métais, prêtre du diocèse de Poitiers, se réjouit : « Ici, il y avait des pèlerinages très régulièrement. Aujourd’hui, c’est un peu plus rare, mais l’on commence à redécouvrir cette dimension d’imploration, avec beaucoup plus de bienveillance. » À ses côtés, l’abbé Jean Gaignard renchérit : « On redécouvre nos racines, nous avons besoin d’ancrage. »

Puisse cette tradition populaire de nos campagnes porter des fruits et, surtout, maintenir notre pays dans l’espérance d’une renaissance.

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Iris Bridier
Journaliste

Vos commentaires

7 commentaires

  1. C’est touchant et utile et bénéfique « L’homme est lié aux éléments du monde physique. Mais en retour, il peut agir sur ceux ci, et beaucoup plus fortement qu’on ne le croit. Les indiens d’Amérique du Nord avaient bien des spécialistes qui faisaient pleuvoir à la demande ! de nombreux témoignages attestent le pouvoir de certains initiés, chamanes de Sibérie, marabouts africains et même nos sorciers gaulois qui faisaient la pluie et le beau temps » Dorothée de Bizemont (Les prophéties d’Edgar Cayce)

    • Je ne suis pas particulièrement croyant mais une de mes filles est atteinte du syndrome d’Usher, lorsqu’elle avait 2 ans, nous sommes allé voir une « guérisseuse » qui a imposé ses mains, puis a demandé de faire une neuvaine à la vierge Marie, ce que nous avons fait. La maladie est comme stoppée, comme la rétinite pigmentaire. Notre fille est aussi malentendante, elle se lave les yeux et les oreilles avec de l’eau de Notre-Dame-des-Ardents, sa surdité régresse….

  2. Bonjour Iris Bridier, dans un opuscule de Gregg Braden,  »Les SECRETS de l’art perdu de la prière  », un Amérindien se rend sur un site sacré pour que la pluie revienne. Sa démarche, contrairement à celle de l’église vaticane, ne consiste pas en prière de lamentations et autres supplications, mais en une implication personnelle responsable en parfaite connection avec les Esprits de la Terre Mère. A méditer… Belle journée à vous.

  3. Enfin ! Il était PLUS que temps (dans un autre sens).
    Cette démarche est à la fois l’expression de la vertu de religion, si pratiquée dans l’Antiquité romaine, même païenne, et de la vertu de foi chez les chrétiens de toujours.
    Pourvu que les 42 confréries limousines demandent aux évêques de Limoges, Tulle et Angoulême d’organiser de telles processions.
    Merci à BV d’avoir fait ce rappel.

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