Editoriaux - Politique - 23 avril 2019

Loiseau rare

Incontestablement, Nathalie Loiseau est la révélation politique de l’année 2019. Après sa déclaration de candidature spontanée aux élections européennes qui sonnait faux, voici que nous est révélé son vrai passé.

Bon, on se calme, un passé qui n’a certes rien de répréhensible : la jeune Nathalie Ducoulombier a appartenu, il y a trente-cinq ans, à un mouvement étudiant, l’Union des étudiants de droite (UED). On a vu crime contre l’humanité plus grave. Combien de temps ? « Un certain temps », comme pour faire refroidir le fût du canon, pour reprendre l’expression de Fernand Raynaud. On ne sait pas vraiment. À l’évidence, ça n’a pas duré autant que les impôts. Osons une hypothèse romantique, puisque Mme Loiseau nous dit maintenant qu’elle aurait fait cela par amitié : le temps d’une amourette, peut-être ! Et l’on sait que l’amour rend aveugle, c’est pourquoi Mme Loiseau n’aurait pas vu que cette liste était d’extrême droite. Mais ce n’est qu’une hypothèse.

Amusant, quand même, les lignes de défense de l’ancien ministre des Affaires européennes. Premier temps : c’est pas moi. C’est un faux. Deuxième temps, genre Jeanne Moreau : « J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien ». Troisième temps : c’était « une vraie connerie ». C’est elle qui le dit. La « connerie » n’étant certainement pas cet engagement ancien et probablement fugace mais sa manière bien maladroite de se défendre.

Révélation politique, disions-nous. Car cette affaire oblige Mme Loiseau à révéler ses profondes convictions et ses sentiments. Que nous dit la candidate dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, ce mardi ? « J’entends certains me prêter une proximité avec l’extrême droite. C’est révoltant. C’est le contraire de la raison pour laquelle je me suis engagé en politique, dans la campagne d’Emmanuel Macron pour la présidentielle. La raison pour laquelle je l’ai rejoint au gouvernement et la raison pour laquelle, aujourd’hui, je porte une liste dont l’objectif est de combattre l’extrême droite. » Donc, le seul moteur de l’engagement politique de Mme Loiseau est la lutte contre l’extrême droite. C’est un peu court. Ce n’est pas de porter un projet pour la France et les Français. Toutes les têtes de liste de cette campagne électorale, de droite comme de gauche, mettent en avant un projet « pour ». Mme Loiseau, elle, c’est un projet « contre ». C’est assez rare, en politique, il faut bien l’avouer.

Révélation politique, aussi, car Mme Loiseau n’hésite pas à nous dire quel est le carburant de son moteur : la détestation. « Je déteste tout ce que représente l’extrême droite dans notre pays et en Europe ». Synonymes de détester : abhorrer, exécrer, vomir, maudire, haïr… On est loin de la fameuse bienveillance de la campagne de 2017. Fait-on de grandes et belles choses « contre » et par détestation ? C’est assez rare dans l’Histoire, comme Mme Loiseau.

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