Editoriaux - International - 23 avril 2019

Nouveau diktat américain : punir les pays qui achèteraient du pétrole iranien…

Après Cuba (Donald Trump : écraser Cuba pour mieux racketter l’Europe…), l’Iran : Donald Trump poursuit son forcing – sa fuite en avant ? – diplomatique. En effet, fort du concept « d’extraterritorialité du droit américain » permettant de sanctionner financièrement les entreprises étrangères contrevenant aux consignes de la Maison-Blanche, celles qui, après le 2 mai prochain, continueront d’acheter du pétrole à Téhéran risquent de se trouver dans le collimateur de Washington.

Parmi les principaux pays se fournissant en Iran : l’Italie, la Grèce, le Japon, la Corée du Sud, Taïwan. Mais surtout l’Inde, la Turquie et la Chine. Si Séoul, l’allié fidèle, proteste timidement, se contentant d’assurer qu’il fera « tout son possible » pour quémander une « exemption » américaine, Ankara, par la voix du ministre des Affaires étrangères turc, Mevlüt Çavuşoğlu, fait preuve de moins de retenue : « Nous n’accepterons pas de sanctions unilatérales et de contraintes sur la manière dont nous gérons nos relations avec nos voisins. » À Pékin, le son de cloche est globalement le même, la Chine considérant que « sa coopération ouverte, transparente, raisonnable et légitime avec l’Iran devait être respectée »/em>. Quant à Téhéran, la réponse est cinglante : « Ces sanctions en question sont illégales dans leur principe même. »

La justification de cette véritable violation du droit international ? Elle est donnée par Mike Pompeo, patron de la diplomatie américaine : « Le but de l’opération reste simple. Priver le régime des fonds qu’il utilise pour déstabiliser le Proche-Orient depuis quarante ans et pousser l’Iran à se comporter comme un pays normal. »

Voilà qui appelle au moins quelques remarques. Qui a déclenché deux guerres en Irak ? Qui a appuyé les troubles en Libye et en Syrie, lesquels ont conduit aux guerres civiles qu’on sait ? Qui a financé l’État islamique ? L’Iran ? Pas exactement. En revanche, les USA et l’Arabie saoudite sûrement un peu plus : les uns pour déclarer les guerres et l’autre pour financer le terrorisme islamiste. Deux « pays normaux », dira-t-on, pour reprendre la vulgate états-unienne…

D’ailleurs, même Le Figaro, pas le plus antiaméricain des quotidiens, note : « L’Iran est signataire du traité de non-prolifération (TNP) qui dispose qu’un État non doté de l’arme nucléaire a le droit d’accéder au nucléaire civil. Dans le cas de l’Iran, l’accord de 2015 prévoit des limitations de ce droit. L’Iran avait accepté cette couleuvre en considérant qu’il deviendrait ensuite un État comme un autre, une idée que Trump refuse catégoriquement. » Nous y voilà.

Hormis Tel Aviv, le principal « allié » des USA dans sa croisade anti-iranienne demeure Riyad. Dans son remarquable essai, L’ami américain, Éric Branca, ancien rédacteur en chef de Valeurs actuelles, rappelle ces propos d’un général de Gaulle s’étonnant que les Américains aient toujours préféré s’appuyer, en matière d’alliances, sur du « mou » plutôt que sur du « dur ». Bref, des partenaires fragiles plutôt que solides, parce que tenus pour aisément mieux manipulables. D’où les dictateurs d’opérette en Amérique latine, les Marcos aux Philippines, les chahs en Iran… et les roitelets en Arabie saoudite.

Étrange politique que celle-ci, qui débouche immanquablement sur des catastrophes ; de leur point de vue, s’entend. Washington se plaint, désormais, de la dureté d’un Vladimir Poutine ? Mais s’il ne s’était pas appuyé sur le ventre mou de Boris Elstine, la Russie ne peuplerait pas aujourd’hui les cauchemars de son administration. Cela vaut, évidemment, pour l’Iran : en vassalisant cette vieille nation, en misant tout sur leur obligé, le chah, les Américains n’ont fait que redonner vigueur au nationalisme perse ; car sans Reza Pahlavi, jamais il n’y aurait eu de Rouhollah Khomeini.

Le dernier président américain qui l’avait compris, s’appuyant plus sur le général de Gaulle que sur le marais atlantiste français, c’était Richard Nixon. On sait comment il a fini.

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