Loi sur « le droit à mourir » : les médecins n’auront pas à violer leur serment

Surprise à l’Assemblée : un amendement du RN adopté mardi écarte les médecins de l’administration de la substance létale.
Coucouoeuf, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons
Coucouoeuf, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons

Mardi soir reprenait, à l’Assemblée, l’examen de la loi visant à créer un « droit d’aide à mourir ». Tous les amendements présentés ont été rejetés, sauf un. Le seul, l’unique : celui qui exclut les médecins du processus d’administration de la substance létale. Cela signifie que les médecins n’auront pas à trahir leur serment d’Hippocrate, celui qu’ils ont prononcé avant de commencer à exercer.

Jurant d’être « fidèle, en toutes circonstances, aux lois de l’honneur et de la probité », tout jeune médecin prononce ces paroles : « Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions […] Je ne tromperai jamais leur confiance et n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences […] Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. » C’est pourtant ce que cette proposition de loi, poussée par Emmanuel Macron, le gouvernement et la présidente de l'Assemblée, leur demande de faire.

L'effet de surprise

Mardi soir, donc, lors de l’examen des articles 2 et 3, tous les amendements ont été rejetés, sauf celui déposé par la députée RN de Vaucluse, Marie-France Lorho. Celui-ci, qui « vise à s’assurer que les médecins ne violent pas le serment d'Hippocrate » – ce qui paraît l’élémentaire bon sens –, était pourtant frappé du double avis défavorable du rapporteur Philippe Vigier (MoDem) et du gouvernement. On comprend, dès lors, l’étonnement devant ce vote pour le moins inattendu.

Selon le décompte des votes, à main levée, l’amendement de Marie-France Lorho a recueilli 124 voix pour, 102 contre et 2 abstentions. La soustraction est simple : il manquait 349 députés pour examiner un texte qui engage si profondément notre avenir.

L’auteur de l’amendement, Mme Lorho, nous confie : « On les a pris par surprise. On l’a compris quand on a vu l’agitation et le tollé chez les partisans de l’euthanasie. Cela paraît trop beau pour durer, si bien qu’on peut craindre, hélas, que cet amendement ne soit remis au vote, soit le 26 juin, soit au retour du Sénat avec le vote définitif par l’Assemblée, le 15 juillet. »

À la question de savoir si les votes pour l’euthanasie sont très marqués politiquement – caricaturalement la gauche « pour », la droite « contre » –, la députée nous répond que « lorsque les scrutins sont publics, comme mardi où le vote était à main levée, on voit bien que la gauche est très majoritairement pour l’aide à mourir. À droite, c’est plus partagé. » Elle tient d’ailleurs à préciser que « Marine Le Pen nous a rappelé que chacun est bien sûr libre de son vote, mais on voit qu’au fur et à mesure de l’examen en profondeur de ce texte, de plus en plus de voix se rallient contre ce projet. Les députés prennent conscience qu’il manque des verrous et qu’il faut absolument poser des garde-fous. »

Il n’y a pas de consensus

La réalité, affirme Marie-France Lorho, c’est qu’« il n’y a pas de consensus ». On a bien compris, dit-elle, qu’Emmanuel Macron tient absolument à inscrire cette loi dans son palmarès avant de quitter l’Élysée, mais c’est « une loi sociale et non pas sociétale », comme il l’entend. Le bon sens, là encore, dictait de « procéder par référendum car les gens, dans l’ensemble, sont mal informés et ne se sentent pas concernés, ce qui est une grave erreur ». Hélas, on connaît le peu de goût de ce gouvernement pour le référendum.

Si les médecins saluent le vote de l’amendement qui les sort d’un avenir proprement schizophrénique, beaucoup souhaiteraient que « tous les soignants » soient exclus du geste létal, comme le demande, sur X, Claire Fourcade (médecin en soins palliatifs et responsable du pôle plaidoyer de la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs [SFAP]). Elle souligne, d’ailleurs, « les aléas des votes qui ont conduit à ce résultat pour le moins surprenant mais qui montre la fragilité et la volatilité de ce texte ».

Plusieurs députés ont agi dans ce sens, sans succès. Ainsi Charles Sitzenstuhl, député du Bas-Rhin (Ensemble pour la République), qui a rappelé : « Nous avons été plusieurs à déposer des amendements pour écarter aussi les infirmiers de l'administration de la dose létale, ils ont été déclarés irrecevables, pourquoi ? » Marie-France Lorho confirme : « On ne sait pas pourquoi les amendements sont rejetés. Le rapporteur ne donne pas d’explications. » C’est bien ce qui lui fait craindre que celui voté mardi pour mettre les médecins hors jeu ne revienne devant l’Assemblée.

Le seul consensus entre les députés, sur cette question si intime et souvent douloureuse, c’est la nécessité de « créer des unités de soins palliatifs pour tous », nous dit Marie-France Lorho, car c’est là que s’exerce, avec toute l’humanité possible et jusqu’aux derniers instants, « le respect absolu de la vie humaine » inscrit au serment d’Hippocrate.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 26/06/2026 à 12:10.
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Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

73 commentaires

  1. Effectivement, ce n’est pas le travail du médecin mais d’un bourreau rénuméré pour donner la mort de façon légale. Auparavant réservé aux condamnés à la peine de mort, mais la fonction peut réapparaître à l’occasion de cette loi.

  2. Ma conviction intime est que TOUTE mise à mort est criminel Que l’on pense comme moi ou le contraire doit relever de l’intime et surtout jamais d’une législation que chacun devra subir . La mort est un fait et un état qui n’a pas de marche arrière . aucun débat sur la peine de mort ne doit avoir lieux! par contre pour les nostalgiques à titre et usage personnels vous avez à votre disposition; le révolver , la corde , le puits , etc…
    Et même pour Micron je souhaite qu’il choisisse la fin de sa sinistre vie

  3. Peut-être que la visite du Pape en septembre permet qu’un tel amendement ne soit pas « retoqué » ou quelque chose comme ça. Qui donc, procèdera à… ( je ne peux l’écrire ). Pas les infirmières ! pas plus que les médecins ! qui alors ? des volontaires…

  4. Si je deviens sénile, au point de ne même plus reconnaitre mes proches, que va-t-on faire? Me mettre en soins palliatifs pour que je puisse continuer à yoyoter pendant des mois , voir des années? Je ne veux pas aller en EHPAD. Je veux choisir de mourir chez moi, entouré des personnes que j’aime.

      • Je l’ai lu et c’est à destination de ceux qui refuse l’euthanasie par choix personnel que j’ai écrit cela.

    • à Fildefer911
      Si vous aviez bien lu, vous auriez pu constater comme la proposition de loi ne donne pas de garanties suffisantes sur la manière dont le patient exprime son souhait de mourir, comment il est imposé à TOUS les établissements de soins de mettre en place un dispositif « d’aide à mourir », y compris dans ceux qui ont pour éthique de refuser l’euthanasie, comment a été mis en place un dispositif de répression pénale à l’encontre de tout professionnel de santé que l’on suspectera de s’opposer à l’euthanasie, autrement dit, la répression d’un délit d’opinion.
      Cela, je crois que vous ne l’avez pas lu.

    • Les soins palliatifs pour 3 membres de ma famille en 4 ans ont duré moins d’un mois a chaque fois..
      Ils sont partis entoures de nous dans la douceur sans souffrance..Apres j’ai un neveu qui s’est pendu dans son garage..toit seul désespéré. Une fin formidable!..

  5. Décidément Macron aime la mort et ce dans toutes ses formes: encourager la guerre donc des morts, inscrire le droit à l’avortement donc des morts et l’euthanasie qui inéluctablement va mener à une mise à mort de ceux qui ne sont pas conformes à la norme. Il ne faut pas accepter cette loi! qu’aucun médecin, qu’aucun soignant n’accepte de donner la mort!

  6. Mais quelle hypocrisie ! Les médecins – ou plutôt, l’Ordre des Médecins – s’en lavent les mains, laissant à des subalternes le soin d’agir.
    Autant il me paraît indispensable de prévoir une clause de conscience et un droit absolu de refuser de participer, directement ou indirectement, et à quelque niveau que ce soit (médecins, pharmaciens, personnel médical, famille même…) à une euthanasie, autant s’en laver ainsi les mains en refilant la patate chaude aux subalternes, c’est ignoble.

    • M. Macron n’est pas le seul à avoir inscrit l’IVG dans la constitution : le RN a voté pour cette inscription.
      Il est important de le préciser. Et on pourra ajouter : dans la plus grande indifférence de l’opinion publique.

      • Pour ce qui doit être inscrit dans la Constitution, il eut fallut le vote du peuple par référendum ( en l’occurrence, il s’agissait d’une demande LFI ). La politique oblige à certaines figures qui feraient apparemment consensus ; mais ce n’est pas si certain que cela. Si le RN a voté pour , ce serait est pour pas trop s’exposer ( … ) et donc faire consensus afin de ne pas perdre de voix… Si un vote du peuple avait lieu, il y aurait des surprises…

      • à Roswall : et bien, il faut croire que le RN a été complaisant pour ne pas exiger que ce référendum et a préféré que le vote en Congrès de cette proposition de loi constitutionnelle soit organiser pour éviter cette consultation populaire.
        De toute façon, la réforme constitutionnelle de 2008 a tout fait pour que l’on empêche de facto l’organisation de référendum sur tous les thèmes qui touchent à la vie en société.
        Le RN n’a aucune excuse sur ce point.

      • Qui trouve normal de voter un texte aussi grave uniquement pour  » garder des voix »..ca laisse sceptique sur ce sui peut se passer apres…le RN  » gouvernera » dirige par par la gauche pour garder le pouvoir ? C’est tres exactement ce que nous vivons depuis 50 ans …

  7. Macron restera, en cas d’adoption de la loi sur l’euthanasie telle qu’il la souhaite, comme le « Matador » de la cinquième république. De plus avoir panthéonisé Badinter qui luttait contre la peine de mort appliquée aux assassins et désirer dans le même temps mettre fin à la vie de ceux qui gênent, car il ne faut pas se leurrer il y aura bien à terme un glissement vers l’euthanasie purement financière , pose beaucoup de questions sur la mentalité de ce personnage

  8. Macron n’aura rien respecté . Faut il considérer que son nom signifie trahison? Il se fou de l’avis des français il veut seulement leur imposer le sien , le seul qui vaille a ses yeux . Quel prétentieux! Un vrai despote .

  9. Merci RN. Maintenant c’est les autres qu’il faut affranchir. Ce qu’il y a de terrifiant c’est que ces dernières années on a vu des infirmières ou aide soignantes (?) poursuivies en justice pour avoir fait ce que la Loi pourrait autoriser aujourd’hui…

  10. Mensonge et enfumage ! les médeçins n’ont JAMAIS été obligés de pratiquer un acte contraire à leurs
    options philosophiques ou croyances. Sans oublier que c’est plutôt un acte de charité !
    Ceci dit, j’aimerais bien que ces scrupules atteignent un jour nos militaires ! Mais là, silence radio …

      • Chaque médecin reste libre d’évoquer la clause de conscience. Ne dites pas vous même n’importe quoi.

      • JPG : L’interruption de grossesse peut avoir deux motifs : le confort personnel
        et là le médecin peut refuser, ou mise en danger de la vie de la mère ou de
        l’enfant et là, le médecin doit faire son travail.

      • à Fildefer
        Puisque vous prétendez avoir lu le texte, vous constaterez que la proposition de loi ne donne pas de garanties suffisantes aux professionnels de la santé pour faire respecter leur clause de conscience. Donc, s’il vous plaît, relisez plus attentivement.

    • « c est plutôt un acte de charité » ?Euthanasier par pitié donc afin qu ils meurent dans la dignité !
      Ensuite, ne confondez pas tout. Les militaires n ont rien à voir là dedans. Ils exécutent la politique de nos gouvernements pour lequel les citoyens ont votés. J en ai vu rentrer complètement traumatisés parcequ ils avaient vécu et obligés de faire. Ne jugez pas ce que vous ne connaissez visiblement pas.

      • d’accord avec Aby. Le problème, c’est karlof n’a pas la proposition de loi actuellement au terme du débat parlementaire.

      • Je vous renvoie votre conseil : ne jugez pas ce que vous ne connaissez pas !
        Je suis très âgé et j’ai participé à la guerre d’Indochine, donc j’en connais (j’espère)
        un peu plus que vous sur la question … Depuis, je me suis toujours donné de droit
        de juger le militarisme d’Etat et de dire ce que j’en pense… Et celui qui me fera taire
        n’est pas encore né !

      • rectificatif de mon message du 25 juin à 14 heures 44.
        « c’est QUE Karlof n’a pas LU la proposition de loi actuellement au terme du débat parlementaire.
        Mes excuses.
        En tout cas, le fait d’être très âgé (je suis âgé aussi) ne dispense pas de lire un texte qui, en outre n’est pas très long.

    • Karlof
      Je n ai pas fait l Indochine comme vous mais J ai tout de même fait un certain nombre d années à l armée. En m engageant J ai effectivement signé pour servir mon pays. Dites nous quels scrupules devraient avoir les militaires svp.

      • Aby on pourrait discuter longtemps sur ce sujet ! Confidence pour confidence,
        moi j’ai signé (très jeune) sans savoir ce qui m’attendait … Ceci dit, les militaires
        engagés n’ont pas le droit d’avoir des scrupules, c’est contraire à leur statut ! C’est
        tout le problème de l’Etat qui détient droit de vie et de mort sur les citoyens sans
        avoir à leur demander leur avis. La démocratie est un leurre de ce point de vue.

    • Karlof
      Vous avez raison de dire que l on pourrait débattre des heures. Je suis d accord également que l on faisait signer des jeunes sans qu ils sachent exactement où ils allaient. Ça c est nos politiques. Je vais également vous avouer qu autant je me suis engagée par vocation et J ai la prétention de dire que J ai rempli mon contrat jusqu au jour où je suis partie car le système ne me convenait plus , qu aujourd’hui je ne m engagerait pas au vu de ce que la France est devenue. Voyez, je suis très honnête avec vous.

      • Aby : Vous n’avez rien à vous reprocher, tout comme moi ! On a toujours intérêt
        à être honnête en disant ce qu’on pense et ce qu’on croit.

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