Editoriaux - Livres - Société - 14 janvier 2020

Livre : Une fin du monde sans importance (vol. 2), de Xavier Eman

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Voilà un livre salutaire ! Xavier Eman, rédacteur en chef de la revue littéraire non conformiste Livr’arbitres – et dirigée par l’excellent Sébastien Wagner –, y croque notre époque aboulique, ses gens affaissés et sa subculture hanounesque et diaphane. Eman s’y montre écrivain coruscant autant que sociologue acéré. Son préfacier, l’écrivain et chroniqueur littéraire à Valeurs actuelles Olivier Maulin, souligne qu’un bon écrivain doit cumuler deux qualités essentielles : le sens de l’observation et l’oreille musicale.

S’agissant de la première, Eman fait preuve d’un rare talent pour saisir l’instantané, l’immédiateté de cette crasse imbécillité ambiante qui recouvre nos sociétés hypermodernes de son nuage insane et terne. Mais l’œil n’est rien sans le sens de la photographie. Les mots choisis le sont avec subtilité et justesse. À voir ses personnages évoluer, l’on se dit que l’on pourrait soi-même tenir, aussi aisément, en diariste improvisé et censément avisé, le journal quotidien de la médiocrité journalière s’affichant fièrement sur les murs des métros urbains ou sur les écrans forcément saturés de nos iPhones chinois ou de nos téléviseurs sud-coréens. Terrible leurre ! Le grand écrivain est, par définition, inimitable. Et le style de notre homme est assurément nanti d’un inviolable dispositif anti-copie. Il est de ces dons que Dame Nature prodigue avec parcimonie, le plus inégalement du monde.

Composé de saynètes de la vie quotidienne petite-bourgeoise, le livre consigne à l’usage de nos arrière-petits-enfants la chronique de ces zombies conditionnés, macroniens libéraux-libertaires, fashion victims hystériques, adulescents non genrés, esclaves postmodernes névrosés, familles décomposées, diversitaires aux narines délicates, rampants perdus de la République, droitards refoulés, gauchistes dépressifs, loquedus fonctionnarisés, ronchons boursicoteurs, etc. Tout y passe et tous y trépassent, Eman ne fait pas de cadeaux.

Notre époque se prête à ça, que voulez-vous ! « La logique des droits et de l’égalité est devenue littéralement cinglée, le carnaval est partout, la fête des fous bat son plein », observe Maulin, qui en connaît un rayon dans la déconnante – romanesque, celle-là. Ça nous fait marrer bien que, dans cette affaire, les larmes ne soient jamais très loin. Philippe Muray nous avait pourtant prévenus… Les personnages du livre de Xavier Eman sont une succession d’anti-héros, bien caractéristiques d’une ère que les vrais héros ont exhérédée depuis des lustres. Sauf à s’en inventer. Il faut bien dénommer les ronds-points et les médiathèques.

Eman écrit en français et ses histoires sont censées se passer en France. Voire. Car le décor n’est-il pas, avant tout, celui de la République, ses « valeurs », son universalisme égalitariste et antidiscriminatoire, son école, ses rues, ses partis, sa moraline geignarde, son sexe pornocratique sous cellophane, son camp du bien, sa doxa, sa logorrhée asyntaxique, « djeun » et globisch, ses open spaces « vivre-ensemblistes »…

La toile de fond est toujours la même : le festif et l’hyper-festif. Un seul mot d’ordre : kiffer ! La France perd peu à peu son peuple mais la République gagne des citoyens. Tous victimes, cependant. « Victimes aussi, bien sûr, du grand décérébrage par la télévision, victime de cet enculé d’Adil Avouna, le grand lobotomisateur en chef, l’animateur vedette de l’infâme lucarne, le grand vizir du PAF, leur idole, leur modèle ! […] Avec ses blagues scatologiques, son rire de hyène hystérique, son inculture crasse et assumée, sa morgue de vendeur de cravates monté trop rapidement en grade, il incarnait si parfaitement, si paroxystiquement, l’époque que c’est en toute logique son portrait qui devrait figurer dans toutes les mairies et les bâtiments publics de France à la place du Président des restes de la République. »

Bienvenue dans un monde sans importance !

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