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Il y a des livres de politiques dont on se passerait bien. Les livres programmatiques que personne ne lit, hormis une poignée de journalistes politiques qui vont y chercher une éventuelle contradiction avec les mots écrits et les paroles prononcées. Il y a des livres politiques qui sont écrits pour donner une apparence de sincérité. L’auteur se dévoile et manœuvre pour mettre en scène son authenticité et la cohérence de ses idées et de son parcours personnel. Mais cela sonne souvent faux. Parce que ces livres, généralement écrits par des n… littéraires, sont terriblement impersonnels et sans style propre à l’auteur.

Agnès Thill échappe à tout cela, pour le meilleur et pour le pire, certes. Ce livre, sans autre ambition que de rendre témoignage de l’expérience de l’auteur, son parcours et son mandat, tape avec une justesse incroyable. Tout d’abord parce qu’Agnès Thill est une femme authentique et une politique sincère, quoique novice.

Ce qui fait ce livre authentique, sincère, mais surtout, il rend justice à une qualité que possède Agnès Thill et qui fait cruellement défaut à la majorité de la classe politique, une qualité dont l’absence sape la représentation populaire et accélère la fracture de ce pays : l’incarnation. Thill est une femme incarnée, une politique entière. Elle ne triche pas avec ses opinions et sa conscience. Quitte à montrer une grande naïveté, parfois, qui fera sans doute hausser les épaules de certains journalistes dont l’observation du jeu politique est un métier où l’on condamne sans pitié ceux qui n’en connaissent pas les règles.

Députée de l’Oise, cette institutrice et directrice d’école fut membre de LREM mais exclue du parti et du groupe en raison de son opposition à la PMA. Seulement ? Une exclusion qui intervient surtout après des semaines de harcèlement d’une violence inouïe venu de son camp mais aussi d’une poignée d’internautes à coloration arc-en-ciel qui, de la menace de mort à la caricature, se sont déchaînés, avec violence et malignité. Qui connaît Agnès Thill et a pris le temps de regarder ne peut que s’indigner de cette violence à l’encontre d’un petit bout de femme qui a donné sa vie entière aux autres par son métier, ses engagements associatifs et politiques.

Thill a, peut-être sans en avoir conscience, prouvé par son expérience tous les défauts de la Macronie et, mieux, toutes les destructions opérées par la société post-68 et que le milieu ouvrier a pris en pleine figure.

Issue d’une famille d’ouvriers cathos de gauche, elle a vu les fermetures d’usine, l’éclatement de la société française. « La mixité dans les écoles, la pilule, la libération sexuelle, tout a été bousculé, renversé, notre monde s’est vite affiché périmé. Beaucoup d’entre nous sommes parties prenantes de ces générations déchirées entre ces deux mondes. »

Ce livre est à lire parce qu’il témoigne, avec les mots personnels de l’auteur, d’une transition dont nous payons aujourd’hui les conséquences. Thill incarne cette France éternellement trompée par ses politiques, cette France qui a pris de plein fouet la révolution bourgeoise des élites et qui a été laissée sur le bord de la route par ceux qui marchent vers la mondialisation heureuse. Cette France des invisibles qui se reconnaît à l’inesthétique gilet jaune qui permet d’être vu par ceux qui avancent trop vite. Cette France qui a cru, une ultime fois, au mensonge du projet de Macron mais qui jure ses grands dieux qu’on ne l’y prendra plus… Cette France qu’incarne Thill dont la confiance a été brisée, qui par la PMA, qui par la pression fiscale, qui par la submersion migratoire. « Il fallait dire qu’on aimait Sartre, sinon on était cloches. Alors, pour appartenir au groupe, sottement, sans jamais l’avoir lu, on prétendait aimer Sartre, tout en sentant bien que quelque chose ne collait pas […] On fait comme tous les autres, on suit, “libérés”, sans Dieu ni maître ! On vit une étrange vie écervelée sans conscience, sans contrainte, je ne sais même pas si je peux dire heureuse, mais sans conscience assurément. »

Ce livre est à lire parce qu’il incarne ce que d’autres, plus brillants intellectuellement sans doute, ont théorisé.

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