En cette dernière semaine de juillet, le très controversé projet de loi Bioéthique revient en seconde lecture à l’Assemblée nationale. Au micro de Boulevard Voltaire, la députée Agnès Thill dénonce la nouvelle mouture de ce texte qui va bien au-delà de ce qui avait été proposé en première lecture.

 

Pourquoi souhaitez-vous dénoncer l’accélération du projet de loi bioéthique ?

Beaucoup de choses sont passées, beaucoup plus que ce qu’il y avait en première lecture. Ce qui est passé frise l’inadmissible. Le recours à des établissements lucratifs en est un exemple. Les établissements privés par définition cherchent à faire du profit. Et faire du profit avec des gamètes revient à la marchandisation de l’être humain. On peut également citer l’absence de collégialité. Ou encore la ROPA, lorsque dans un couple de femmes homosexuelles, une femme porte l’enfant issu des gamètes de sa compagne. C’est une forme de GPA, un prêt d’utérus. Alors qu’aucune n’a de problèmes de stérilité, l’utérus de l’une est prêté pour porter l’enfant de l’autre, alors qu’elle pourrait très bien le porter elle-même. Il y a également les chimères, un mélange de cellules-souches animales et humaines. C’est tout de même incroyable ! Même des associations de défense des animaux s’offusquent de cela… En revanche, il n’y a aucune association de défense des êtes humains qui s’en offusquent. C’est tout de même fantastique. On en est à défendre davantage les animaux que les êtres humains. Il y a encore le tri, car il s’agit bien de cela, d’enfants trisomiques. Le DPIA est passé.
Cette majorité LREM est allée beaucoup plus loin qu’en première lecture. Ils n’ont aucune limite. Tout est autorisé. Tout est permis. La PMA post-mortem n’est pas passée, mais ce ne fut qu’à deux voix près. Cela reviendrait quand même à naître d’un mort. Idem pour les personnes transgenres. Je crains qu’en séance néanmoins tout passe voire pire. Fin juillet, les opposants ne pourront peut-être pas se mobiliser et ils pourront passer tout ce qu’ils veulent.
Le gouvernement et Emmanuel Macron pourront bien dire qu’ils ne voulaient pas tout cela et rejeter la faute sur les députés. Or, en programmant ce projet de loi fin juillet, ils savent très bien ce qu’ils font ! Ils ouvrent la porte à ceux qui militent et qui seront là, alors les autres ne sont pas là. Ce qui se passe est à mon sens une des hontes de ce quinquennat.

Vous citez la méthode ROPA, le don d’ovocytes entre femmes. Pensez-vous que ce sera un jalon pour la légalisation de la GPA ?

C’est clairement le premier pas de la GPA. La GPA consiste, pour une femme, à porter un enfant dont aucun gamète n’est issu d’elle, ni les gamètes féminins ni les gamètes masculins. Elle prête, en attendant que l’utérus artificiel arrive, son utérus.
Ils parlent de GPA éthique. Qu’est-ce que cela veut dire ? La seule différence entre la GPA éthique et la GPA tout court, c’est qu’il n’y a pas d’argent. Ils disent que c’est altruiste, par amour.
C’est exactement ce qui se passe dans le cas que vous mentionnez. Par amour, l’une prête son utérus à l’autre, elle porte l’enfant de l’autre. C’est un prêt d’utérus, ni plus ni moins. On dira certainement que c’est pour l’autre et non pas pour un étranger. C’est donc la porte ouverte à cette fameuse GPA éthique dont ils parlent tout le temps.
Nathalie Loiseau s’était positionnée avant février, avant son élection aux Européennes, pour la GPA éthique. Gabriel Attal aussi, pour la GPA éthique. Ils disent que c’est une GPA altruiste, par amour pour l’autre.
Du moment où une femme peut le faire par amour pour sa conjointe, la mère peut le faire, la sœur peut le faire par amour pour son fils ou son frère. Pas de contrat, pas de finances, on est en plein dans cette GPA éthique. Et alors, c’est fini. Ensuite, on pourra dire que la GPA existe et qu’il n’y a plus qu’à la légaliser.

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