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Ce livre est de ceux dont on tire les films. Tous les ingrédients sont là, rien à ajouter au scénario, la réalité étant parfois pire que la fiction : un brave homme dont on a sauvagement assassiné la sœur, juive orthodoxe, au cri de Allah Akbar, et qui frappe à toutes les portes afin que soit dénoncé – pour ce qu’il est – ce crime antisémite. Sans succès. Des voisins qui ont peur, des journalistes mutiques, des politiques couards que l’on soupçonne – pour des calculs stratégiques inavouables ? – d’enterrer Sarah Halimi une deuxième fois. Enfin, une jeune journaliste à Actualité juive, prête à soulever les montagnes – et, plus lourd que les montagnes, l’omerta qui règne sur le nouvel en France -, émue par l’humble confiance que ce frère place en elle, et surtout par le supplice de cette vieille femme, discrète et dévouée, qui aurait pu être sa grand-mère, morte d’être juive.

Noémie Halioua (c’est son nom) remue ciel et terre, mène l’enquête, revient sur les lieux du crime, frappe aux portes, rencontre les témoins, consulte toutes les pièces du dossier, les rapports d’expert, et reconstitue pas à pas les derniers moments de Sarah Halimi, si visiblement juive, trop visiblement juive pour être en sécurité dans ce quartier populaire de Belleville où le vivre ensemble est désormais un oxymore. Quelle bouffée de délire antisémite a poussé Kobili Traoré, arrivé dans l’immeuble – en même temps que toute sa malienne – dix ans après Sarah Halimi, à enjamber un balcon pour venir s’acharner, avec une violence insoutenable sur une femme seule et âgée, avant de la faire passer par-dessus le balcon ? C’est un pauvre corps ensanglanté en chemise de nuit que l’on ramassera dans la cour.

Et Noémie Halouia, selon l’expression d’Albert Londres, porte sans se lasser la plume dans la plaie :

Mais quel était donc cet intérêt supérieur essentiel qui pouvait justifier de passer sous silence un tel crime, sinon les présidentielles imminentes ? Car si, jadis, un crime antisémite, à quelques jours d’un vote, pouvait nuire au Front national, on redoute aujourd’hui l’inverse… c’est au nom d’Allah qu’en France, on tue des juifs, comme le rappelle ces jours-ci l’ de la tuerie de Toulouse perpétrée par Mohammed Merah.

Mais pourquoi l’assassin a-t-il été envoyé, sitôt après son crime, non pas en prison, mais en hôpital psychiatrique, où il restera durant trois mois, traité comme un malade et non comme un criminel, avec cette manie « apparue avec la montée de l’islamisme, [consistant] à prendre les terroristes pour des malades mentaux » : « S’est-on demandé si Eichmann était sain d’esprit lorsqu’il a servi le IIIe Reich ? A-t-on convoqué un escadron d’experts pour déterminer si Lee Harvey Oswald était en possession de ses moyens lorsqu’il a tiré sur Kennedy ? »

Mais qui se préoccupe de savoir pourquoi tant de Juifs font le choix de partir, en Israël, à l’instar des deux filles de Sarah Halimi quelques mois après le drame, ou, « Alyah interne », cette fois, pour un autre quartier jugé plus sûr, « épousant ainsi la destinée des classes populaires décrites dans La France périphérique ».

L’affaire est bien plus qu’une injustice qu’il fallait réparer, elle « est un symptôme de la montée de l’islamisme […] et plus largement de décomposition française ». Sarah Halimi « est une victime de l’ en France. De même que le père Hamel a été égorgé par christianophobie ou que la fusillade de Charlie Hebdo visait la liberté d’expression. » Ce livre n’est, hélas, pas un dossier qui se clôt – avec la reconnaissance du caractère antisémite – mais un chapitre sombre de notre Histoire qui se poursuit, que nul n’a le droit d’ignorer et dont nul ne peut prédire l’issue.

14 mars 2018

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