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Sous-titré Un temps de renouveau pour l’, le dernier opus de Guillaume Travers publié aux Éditions de La Nouvelle Librairie, dans la collection « Longue mémoire de l’Institut Iliade » qu’il supervise, mérite tous nos éloges. L’auteur, docteur en économie, spécialiste des marchés financiers et des politiques monétaires, enseignant dans une grande école de commerce, collaborateur de la revue Éléments, s’était déjà fait remarquer par son ouvrage, Pourquoi tant d’inégalités, « cinglante réfutation » (dixit François Bousquet, son éditeur) des thèses « inégalitaristes » de Thomas Piketty, très en vogue chez les mondialistes libéraux-libertaires de la rive gauche.

En quelque sorte, il n’est pas exagéré de dire qu’Économie médiévale et société féodale en constitue logiquement la suite et l’approfondissement. Tandis que, dans son premier essai, il démontaitl la doxa « pikettienne » en expliquant que les inégalités étaient principalement la conséquence d’un accroissement hors de proportion du domaine marchand fondé sur des échanges essentiellement quantifiables en argent, il s’attache, dans le second, à démontrer que les sociétés d’ordres du Moyen Âge, fondées sur des relations organiques et communautaires, introduisaient davantage de différences qualitatives entre les hommes, fort éloignées des modernes inégalités quantitatives de nos déprimantes sociétés d’indifférenciation.

Dans une époque baignant dans les eaux croupies du progrès, le propos encourt le risque de n’être ni audible ni compris. Le Moyen Âge est une période honnie à proportion de ce qu’elle a été ensevelie sous des tombereaux de contre-vérités et de mensonges divers par la vulgate républicaine. Le procès n’est, hélas, pas nouveau. Il est apparu en même temps que le capitalisme et, comme l’observe très justement Guillaume Travers, « il est significatif que la légende noire du Moyen Âge (“Lumières” modernes contre obscurité moyenâgeuse) soit remise en cause précisément dès le XIXe siècle, quand les conséquences sociales du capitalisme apparaissent au grand jour. »

À l’instar de l’historien Jacques Le Goff et à rebours des conventions qui le font terminer en 1453 (chute de l’Empire romain d’Orient) ou en 1492 (« découverte » de l’Amérique par Christophe Colomb), l’auteur en tient pour un « long Moyen Âge » dont les structures fondamentales (société essentiellement rurale, communautés organiques, dépendance interpersonnelle, etc.) « perdurent jusqu’à la Révolution française et à la révolution industrielle ». Dès lors, foin d’un prétendu « capitalisme médiéval », c’est la modernité de l’individu abstrait appendu aux droits de l’homme qui fit le lit du libéralisme, quand l’extension perpétuelle du monde marchand assura le triomphe du capitalisme.

Le féodalisme a éclos sur les ruines encore fumantes des structures antique dont l’écroulement entraînera un repli sur la terre (là où la romanité se voulait méditerranéenne et urbaine), « base de tout le système féodal ». Il se caractérise par des liens d’homme à homme liés par serments (les fameux hommages « féodo-vassaliques », si remarquablement décrits par l’historien du droit François Louis Ganshof dans son grand classique paru en 1944, Qu’est-ce que la féodalité ?) et une très forte territorialisation (notre « localisme » actuel). L’économie, fondée sur le système du don et du contre-don, vise à l’autonomie des subsistances et non à l’accumulation des biens. « Enchevêtrement de droits et de devoirs mutuels », la société féodale, réticente à l’idée de profit (sous l’influence de l’Église), est ordonnée fonctionnellement (et non divisée en classes) et hiérarchiquement selon le schéma triparti mis en exergue par Georges Dumézil. De type foncièrement holiste, l’économie médiévale, entée sur la satisfaction du bien commun, enracine l’homme dans ses communautés diverses que sont les métiers (corporations), son village, son église.

Un livre d’histoire clair et passionnant, aussi peu nostalgique que riche d’enseignements…

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