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« Charlatan », « complotiste d'extrême droite » ou grand scientifique injustement brocardé ? Difficile, voire impossible, pour les non-spécialistes, de se faire une idée juste du personnage de Didier Raoult. Autant courtisé que détesté des médias, le très clivant professeur aux plus de 900.000 abonnés sur les réseaux sociaux, élu deuxième personnalité préférée en pleine crise Covid (sondage Odoxa, mars 2020) par des Français qui lui accordaient alors davantage leur confiance qu'au ministre de la Santé Olivier Véran, a, un temps, cristallisé le ressentiment d'une population abandonnée des élites parisiennes et réussi la prouesse inédite, pour un scientifique, d'être devenu un « marqueur politique ». Les files interminables de patients devant l'IHU de Marseille et les manifestations bruyantes de taxis marseillais venus saluer « leur sauveur » dans une France confinée témoignaient alors d'une ferveur populaire hors normes pour celui qui devait soigner le Covid avec son traitement miracle à base d'hydroxychloroquine.

Un être « hors normes »

La fièvre étant retombée et une fameuse étude du Lancet déniant toute efficacité au remède, les plaintes se sont mises à pleuvoir sur le célèbre microbiologiste, infectiologue, professeur de médecine et ancien directeur de l'IHU de Marseille, mis à l'écart d'une partie de la communauté scientifique. Au mois d'avril, il publiait son livre, simplement titré Autobiographie, «au mépris de la science et des faits », titrait L'Express, qui tirait à vue. Dans ce contexte, cette Autobiographie est l'occasion d'entendre, comme dans tout procès équitable, ce que dit l'accusé pour sa défense.

Le mis en cause ne lésine pas lorsqu'il se décrit comme un être « hors normes » (QI et capacités au-dessus de la normale, dit-il). Didier Raoult n'a pas toujours été le paria que l'on connaît. Élevé au grade d'officier de la Légion d'honneur sous la présidence de Nicolas Sarkozy, fait chevalier de la Légion d'honneur sous Jacques Chirac, il cumule les diplômes et les fonctions honorifiques. Président de la faculté de médecine d'Aix-Marseille II, il participe à la rédaction du programme de restructuration des universités dans les années 2000 et rédige, à la demande de Jean-François Mattei, alors ministre de la Santé du gouvernement Raffarin, un « rapport sur le bio-terrorisme et les maladies infectieuses à la suite des attentats du 11 septembre ».  Une déconvenue pour Didier Raoult : « Les rapports produits par les personnalités compétentes que sollicitent les ministères ne sont que rarement lus [...]. Les solutions qu'ils préconisent ne pèsent pas grand-chose face aux emportements médiatiques fondés sur l'air du temps. » Il déplore : « Plus on montre sa bobine à la télé, plus on entend votre voix à la radio, plus ce que vous dites aura de la valeur aux yeux des politiques... »

Visite présidentielle, en avril 2020

Il est alors aussi chroniqueur régulier au journal Le Point et au Figaro pour « livrer [ses] réflexions au grand public ». Appelé, dès les premiers jours de l'épidémie, par les autorités à intégrer le Conseil scientifique Covid-19, il en démissionne, quelques jours après, pour désaccord et réclame le dépistage systématique - ce qu'il n'obtient pas. Les critiques s'amoncellent alors sur « la méthode Raoult », mais Emmanuel Macron en personne et sa femme Brigitte le visitent dans son IHU, en avril 2020. D'autres personnalités politiques comme Xavier Bertrand ou Ségolène Royal prennent fait et cause pour lui.

La publication de l'étude faisant état de la dangerosité de l'hydroxychloroquine dans la revue scientifique The Lancet, un mois après, change la donne. Les chefs d'accusation pleuvent. La presse et une partie de la communauté scientifique lui reprochent de minimiser la crise et le nombre de décès, sa démission du Conseil scientifique, son manque de clairvoyance sur l'extinction de l'épidémie (qu'il estime probable), ses critique de la gestion de la crise et son manque de foi en l'efficacité du confinement et des vaccins. Une dernière accusation qu'il réfute dans son autobiographie.

Mécanique médiatique

Il ne s'agit nullement, ici, de faire le procès de l'hydroxychloroquine. Laissons faire les spécialistes Il n'empêche... Ce serait dommage de passer à côté de cet ouvrage : sa critique de ce système favorisant les intérêts financiers des laboratoires pharmaceutiques, sa dénonciation de l'effondrement de la recherche scientifique en France, pays qui « n'est plus capable de décider par lui-même », car « désormais, il suffit que les Américains décident et que les Anglais suivent pour que le reste du monde occidental adhère », sa description de la mécanique médiatique maniant « des stratégies destinées à [vous] déstabiliser pour vous faire dire LA phrase qui tournera ensuite le plus souvent sortie de son contexte, et qui parfois vont même jusqu'à vous faire dire l'inverse de ce que vous avez réellement dit » et leur confiscation de la parole en cette période troublée du Covid (« Il n'a plus été possible d'émettre un avis divergent ») ne devraient laisser personne indifférent.

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15 septembre 2023 à 12:30

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28 commentaires

  1. Le Professeur Raoult était le seul pendant les 2 années de Covid à tenir un discours logique sur sa chaine IHU Méditerranée à propos de la situation sanitaire, et à se battre pour faire admettre que rien ne pouvait remplacer les soins d’un médecin pour guérir les cas graves. Il aurait dû insister sur le fait qu’il n’avait pas découvert les vertus de l’hydroxychloroquine, constatées par les Chinois dans les zones où la malaria sévit, ou de l’ivermectine qui a sensiblement réduit la pandémie chez les 200 millions d’habitants de l’Uttar Pradesh.

  2. « une fameuse étude du Lancet déniant toute efficacité au remède, » Qui s’est rapidement révélée comme un faux grossier, au point d’être reniée par les pontes de la revue.

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