L’inexpérience, la suffisance et la duplicité : causes du malaise ?

On savait depuis longtemps que le mouvement des gilets jaunes était tout sauf homogène. Il ne l’était ni dans sa composante sociologique, ni dans sa constitution générationnelle, ni dans la nature de ses revendications, ni dans ses méthodes de manifestation.

Pourtant, sa légitimité n’a jamais, probablement, fait le moindre doute, sinon chez certains, nantis au-delà de l’imaginable, et ceux qui, contre toute évidente nécessité, privilégient le calme et la paix sociale, fût-ce au prix de la stagnation, voire de la régression de leurs conditions de vie.

Longtemps, l’opinion publique a cautionné et soutenu la forme et le fond des requêtes adressées par les manifestants. Le besoin d’équité et de justice était (il l’est toujours, sans aucun doute) partagé par la majorité des Français.

Ce que nous avions ressenti, dès la fin novembre, est que tout n’était pas que « jaune », dans cette action. Semaine après semaine, du noir, la couleur des Black Blocs, est venue obscurcir ses contours et son ambiance. Semaine après semaine, la détermination et le savoir-faire des casseurs infiltrés se sont opposés avec succès à la surprenante cécité des forces de l’ordre que nous avions vues, en d’autres circonstances, bien plus efficaces.

De semaine en semaine, la dégradation de l’affrontement s’est amplifiée, accompagnée des dégradations hideuses et inacceptables, jusqu’au samedi 20 avril où l’innommable s’est produit qui entérine, sans doute, l’acte ultime de ce mouvement unique et inégalé dans l’histoire des luttes sociales françaises. « Suicidez-vous », a crié une partie de la foule, « suicidez-vous »… Comme une exhortation haineuse et insupportable que rejettent certains leaders jaunes après que le mal eut été fait.

Quoi qu’il arrive aujourd’hui, comment pourrait-il y avoir un acte XXIV qui ne soit entaché d’illégitimité ? La Constitution garantit le droit à manifester mais une société qui désigne sa police comme l’ennemi à abattre se fourvoie dans les méandres du désordre qui conduit à son propre suicide.

Cela étant dit avec la détermination que beaucoup partagent, il n’est pas possible de se soustraire à l’identification des responsabilités profondes dans cette exorbitante affaire. Ceux qui ont prononcé ces mots abominables devront être identifiés et punis, c’est une évidence.

Mais au-delà, il est déterminant de comprendre comment on en est arrivé là. On le sait, la situation économico-sociale des Français n’est pas seulement due aux erreurs du présent quinquennat. La dégradation continuelle de la situation est imputable à tous nos dirigeants, depuis quarante ans, qui ont en permanence fait de mauvais choix et se sont cachés de leur incurie derrière leur petit doigt.

De Hollande à Macron, rien n’avait changé dans la gestion du pays et rien de spectaculaire n’avait montré d’amélioration notable. En revanche, le Président était jeune, le plus jeune de tous ses prédécesseurs. Malheureusement, il n’a choisi de la jeunesse que les pires défauts pour agir. La vanité et l’insouciance ont été ses armes et ses insolences répétées ont poussé les citoyens à l’exaspération.

Une fois le processus enclenché, c’est le manque d’expérience voire l’incompétence qui ont été les causes principales de l’escalade. Macron est jeune, le maigre corps des cadres confirmés parti, il ne reste autour de lui que de trop jeunes élus peu préparés à la lutte politique et à la maîtrise d’enjeux qui les dépassent tous.

Enfin, on ne peut éviter de soupçonner le pouvoir d’avoir délibérément laissé les choses se dégrader sans intervenir. Les casseurs sont parfaitement identifiés et il eût été faciles de les neutraliser en amont. Au lieu de cela, la police a été déployée face à eux sans aucun plan établi et elle n’a jamais été en mesure de s’opposer réellement aux vrais casseurs.

La cause de tout cela est l’addition de l’inexpérience, l’arrogance et de la duplicité d’un Président seul et trop sûr de lui.

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