Editoriaux - International - Médias - 22 avril 2019

Attentat au Sri Lanka : dans la presse française, décrire la réalité est toujours aussi compliqué…

Un meurtre peu convenable : c’est par ce roman policier que l’écrivain britannique Simon Shaw a commencé sa carrière en 1988.

Pourquoi pense-t-on inexorablement à ce titre en parcourant la presse française après ce dimanche de Pâques aux allures de Vendredi saint pour les Sri-Lankais ?

Dans ces attentats (près de 300 morts, plus de 500 blessés), convenons-en, rien ne convient : les victimes (des catholiques), les suspects (une organisation islamiste, selon le gouvernement), le lieu : des hôtels et puis surtout des églises.

Et comme les médias propres sur eux et de bon aloi sont peuplés de gens convenables, ils font en sorte de ne rien proférer d’inconvenant. On procède donc par périphrase pudique, comme dans l’Angleterre victorienne on parlait, en chuchotant, de « situation intéressante » pour évoquer une grossesse.

« Au moins 42 morts dans des explosions au Sri-Lanka », a ainsi commencé à annoncer, dimanche matin, l’Agence France-Presse sur son compte Twitter, faisant sortir de ses gonds le père Christian Vénard, habituellement, pourtant, très mesuré : « Dites @afpfr, le jour de Pâques, ça vous arracherait la gueule d’indiquer dès le titre qu’il s’agit d’églises et de catholiques qui ont été visés ? » Une sainte colères 2.0 qui a rencontré un très vaste écho : son cri du cœur a été retweeté près de 1.500 fois, et « aimé » plus de 2.500.

France Info, elle, lâche le mot… mais pour aussitôt, par un salto audacieux, retourner la situation comme une chaussette : « Attentats contre les chrétiens au Sri Lanka : les principales victimes étaient plutôt musulmanes, ces dernières années. »

Europe 1 cultive le flou artistique : « On retombe sur quelque chose qui a l’air d’être communautariste » (sic). Amis de l’imprécision, du vague et de la circonlocution, bonjour, Europe 1 a décidé aujourd’hui de vous gâter !

Bien sûr, le titre n’est pas tout, mais il est censé donner en quelques mots la quintessence du sujet. Quel organe de presse aurait osé titrer, en toute honnêteté, le jour de l’attentat de Christchurch, « Plusieurs dizaines de morts dans une fusillade en Nouvelle Zélande » sans plus de précision ? Qui se serait risqué à prétendre que cette phrase suffisait pour rendre compte de la réalité ?

Monseigneur Aupetit l’a dit à propos de Notre-Dame, on peut le répéter au sujet du Sri-Lanka. Le mot « catholique » n’est pas un gros mot. Ce qui est insultant pour les morts, écœurant pour les vivants et, de façon générale, grossier pour les gens que l’on prétend informer, c’est au contraire, en ces circonstances, de l’occulter.

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