Editoriaux - 22 avril 2019

Marine à la chasse au facho

En ce bel après-midi de printemps, l’auteur marchait dans Paris, songeur : d’où vient la pulsion antifa de certains jeunes bobos ? Comment ne voient-ils pas qu’ils sont, de gré ou de force, d’idéaux agents provocateurs pour Soros-Davos ; ici même, pour Macron-Castaner – ce que la finance capitaliste a de plus répugnant ?

Or – coquin de sort -, son pied heurta alors un cahier rouge sur le sol, sans doute tombé d’un sac. Sur la couverture, d’une écriture appliquée, on lisait « Journal de Marine T., enquêtrice… » puis « à Mediaport », dans ce goût-là. Un possible signe du destin, pensa l’auteur.

Avisant un jardin public, il s’assit entre deux personnes-moldo-valaques-en-situation-de-défonce et trois personnes-victimes-du-racisme-et-de-l’exclusion, vidant un sac à main dérobé (l’auteur parle le novlangue Niel-Drahi) et lut ceci :

« Nom : Turchi. Prénom : Marine. Profession : antifa-journaliste. Noble tâche ! Car les fachos sont toujours plus nombreux et méchants. Sans eux, l’heureuse mondialisation de Davos-Soros s’épanouirait. Mais ils gâchent tout ! En prime, ils sont racistes et omniphobes : homophobes, transphobes, islamophobes, grossophobes, etc. Donc, je les combats sans merci. C’est même mon réel métier : garde-barrière du cordon sanitaire. Car si un méchant infiltre les gentils, il pourrit tout – ils sont contagieux, en plus ! C’est Bernard-Henri Lévy qui le dit – comme je frémis quand il évoque « les heures les plus sombres de notre histoire »…

« Ma copine Malika a des doutes, pourtant – et je dois l’écouter car c’est une personne racisée. Elle me dit : ton truc, c’est la chasse au Dahut. Compliqué, ça. J’ai vu sur Google que les Dahuts sont des monstres nocturnes que l’évolution a doté de pattes gauches plus courtes que les droites, pour pouvoir courir à flanc de montagne. (Note : l’évolution ? Darwin ? Vérifier – pas que ça soit encore un truc raciste.) »

« Donc, malgré les sarcasmes de Malika, je traque le facho. Là, j’ai eu une idée terrible. Le tueur des mosquées de Nouvelle-Zélande, Breivik, etc., je les relie à des groupuscules français et, de là, à des intellos de droite : la voilà, la méga-conspiration ! Y a plus qu’à déclencher l’orchestre-indignation-réseaux-sociaux et hop ! Tous à la trappe.
Bien sûr, moralement, c’est risqué. Oh ! On connaît la musique : Franco avait un dobermann, Robert Ménard a un labrador… suivez mon regard. Le risque, c’est ça : quand on écrit pour un journal trotskiste, user des méthodes du procureur Vychinski, celui des procès de Moscou, c’est dur. Car – mon patron me l’a dit – c’est là que les trotskistes furent liquidés par Staline.

Et puis zut, je me lance. C’est pour la Cause, alors…

– Ça y est, j’ai trouvé trois fachos du Midi, comploteurs-Internet ! Ces génies-conspirateurs écrivaient TOUT sur leur site ! Et l’un des pires racistes y signait ses délires XR ! Super. Enfin, je tiens le Raufer. Bien sûr, j’aurais pu vérifier : et si ces initiales étaient celles de Xénophon Rognon ? Ou de Xerxès Rotule ? Basta, l’occasion est trop belle – et mon article, bien vicelard : j’y balance un ami de Raufer, pour qu’ils se fâchent et la boîte où il est prof, pour qu’ils le virent.

– L’article est paru. Attendons le séisme.

– Une semaine déjà. Trop forts, ces fachos. Pas une reprise nulle part. Silence consterné. Un an d’enquête pour rien. À quoi bon que Marine, elle se décarcasse ! Mais haut les cœurs ! La pasionaria a lutté jusqu’au bout, moi, pareil ! »

[Ainsi s’achève le journal de Marine T.]

L’auteur quitta alors le jardin – avec son portefeuille, pas gagné d’avance – et se reprit à songer. Il conçut d’abord que Marine T. n’était pas une pasionaria géniale ; filons la métaphore féminine : Conchita Wurst plus que la Callas. Il garda cependant son estime au courageux Mediapart, où parurent de belles enquêtes sur les corruptions libyennes et autres arnaques à la taxe carbone. Bon courage à eux ! Mais qu’ils fassent bien prendre ses petites gouttes à Marine.

NB : hou-hou, Marine, ceci est un pastiche. Ne paniquez pas – c’est juste pour rire – si ce mot a un sens pour vous.

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