Editoriaux - Education - 20 juin 2019

L’indiscipline des élèves, une fatalité française ?

Un récent rapport de l’OCDE révèle que les professeurs français seraient les moins aptes à « tenir » leurs classes.

Un collégien perdrait ainsi, dans l’année, sept jours et demi de travail à cause de ces problèmes d’indiscipline.

Cette étude n’est pas vraiment une surprise. Un rapport PISA, fondé sur une enquête menée auprès de collégiens durant des épreuves d’évaluations internationales, avait, en 2015, constaté qu’ils étaient les plus indisciplinés du monde.

Les analyses de l’OCDE insistent sur le manque de formation des enseignants débutants, qui ne sauraient pas « gérer » leurs classes. Les reportages parus dans les médias insistent souvent sur des exemples situés dans la banlieue, au sein de populations issues de ce que l’on appelle la « diversité ».

Il faut rappeler que l’OCDE est un organisme libéral qui a promu, en 2001, un protocole visant à réformer l’École et à la faire basculer, de pourvoyeuse de savoirs qu’elle était, dans un système où les élèves seraient le centre de la visée pédagogique et, conséquemment, un cadre d’« épanouissement », comme on dit dans le jargon idéologique actuel, un lieu de « vivre ensemble ». On sait ce qu’un tel projet, diligemment appliqué par tous les gouvernements, de droite et de gauche, qui se sont succédé a pu donner, ne serait-ce que du point de vue du niveau d’instruction, qui s’est effondré, tant en français qu’en mathématiques, les évaluations internationales en faisant foi (comme du reste dans l’enseignement « occidental », européen et américain). On peut donc, et c’est un réflexe qu’une longue expérience nourrit, soupçonner l’OCDE de quelque dessein perfide. Qu’ont donc en tête les ronds-de-cuir pédagocrates, en publiant cette enquête ? Il serait bien étonnant qu’on promût un sursaut salutaire autre que les sempiternelles recettes bienveillantes. Le terme « gestion », du reste, laisse à penser.

Quoi qu’il en soit, ce débat ne gagne rien à généraliser des cas dissemblables. Quoi de commun entre des établissements de banlieue, où les dysfonctionnements peuvent dépasser la gravité des « incivilités », et des collèges ruraux ou des petites villes de la France profonde (où, néanmoins, les élèves s’avèrent de plus en plus « intenables ») ? Et, du reste, que reste-t-il à proposer, après tant de plans « anti-violence » annoncés à grand fracas depuis vingt ans ?

Il semble, cependant, qu’il faille insister sur certaines caractéristiques liées à la France, et à sa civilisation. D’abord, il ne faut pas croire que l’École était si disciplinée que cela, jadis. L’âme française est anarchique, voire anarchiste, ce qui ne l’empêche pas d’être, en même temps, bonapartiste. D’autre part, tout professeur, surtout quand il l’est d’humanités, sait qu’il doit faire face au remugle d’une société qui refuse violemment la haute culture, fruit de notre passé glorieux. Inutile de développer ce point, mais il est certain que l’on se heurte à un refus de plus en plus ouvert, d’autant plus que toutes les mesures bienveillantes, depuis des lustres, visent à désarmer les équipes pédagogiques de tous moyens coercitifs et, l’absence de sélection véritable aidant, on ne voit pas pourquoi les élèves se violenteraient jusqu’à recevoir des « disciplines », qui ne sont pas uniquement des instruments de punition mais des matières transmetteuses de savoirs.

Le vrai problème est peut-être l’abandon d’une École où la rigueur intellectuelle et culturelle était privilégiée et l’imposition d’un collège qui ne gagne rien à être « unique ».

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