Editoriaux - Education - Société - 20 juin 2019

Sujets d’examen et bioéthique : de quoi se poser des questions…

C’est la saison des examens et les sujets sont parfois surprenants, témoin cette épreuve de science pour candidats bacheliers où il était demandé pourquoi une femme aurait des testicules. Il a défrayé la chronique sur les réseaux sociaux. En notre époque où la théorie du genre était promue puis niée par un ministre siégeant rue de Grenelle, s’en offusquer vous catalogue sans doute comme un « LGBTphobe » patenté sans autre forme de procès. Peut-être même que s’interroger sur l’opportunité de donner un sujet sur l’intersexuation ferait de vous un suspect passible d’un opprobre bien mérité !

Boulevard Voltaire est heureux d’apporter gracieusement sa pierre à l’édifice de l’Éducation nationale en proposant quelques sujets dans l’air du temps aux têtes blondes, brunes ou rousses appelées à plancher et à démontrer leurs incommensurables capacités de réflexion si bien développées par une école au top !

Commençons par un sujet de psychologie : « La douleur du non-enfantement ». La fécondité ressentie d’une vie ne passe pas pour tout le monde par l’engendrement, mais pour de nombreuses personnes, c’est le cas : ils bâtissent des familles. Certains voudraient et ne peuvent pas, soit du fait de stérilités pathologiques ou d’incompatibilité de couple ou encore d’âge avancé ou, enfin, du fait de choix de vie.

« Le désir doit-il être source de droit ? » C’est un beau sujet, et qui pourrait tout aussi bien être donné dans une épreuve de philosophie que dans une épreuve juridique. Mettons le dans le droit, sans persifler sur le désir compulsif de légiférer qui relève parfois de la pathologie depuis le « un fait divers, une loi » instauré par le Président Nicolas Sarkozy. « Le commerce des gamètes et l’abandon de l’indisponibilité du corps humain » pourrait être un autre sujet pour les juristes.

« Le désir et le bien commun » pourrait devenir un excellent sujet de philosophie, sachant qu’il est des désirs individuels et des désirs partagés par de larges collectivités, et que l’écueil sera de percevoir via un prisme relativiste la notion de bien commun.

« Le mal-être de l’absence du père », beau sujet de psychologie clinique. Un autre dans la même veine, mais de pure psychologie spéculative : « Contenu du dossier remis à 18 ans et épanouissement des adultes nés de dons de gamètes ».

Deux sujets d’économie, en passant : « Le futur marché des gamètes : protectionnisme ou libre-échangisme ? » et « Levée de l’anonymat et rémunération de la collecte de gamètes : le prix d’équilibre du marché ».

Un sujet d’histoire : « L’eugénisme des Lebensborn à la procréation médicalement assistée (PMA) avec don de gamètes de tiers », qui flirte un tantinet avec des choses bien glauques à exhumer du passé.

« L’utilisation de techniques médicales dans des actes non thérapeutiques : optimisation ou dénaturation ? », que voilà un beau sujet d’éthique médicale !

Un sujet pratique de fiscalité : « Droits de douanes et TVA sur l’importation d’enfants suite à une gestation pour autrui réalisée à l’étranger ». Oui, à Bercy, tout est réduit à l’état d’assiette de taxe.

« L’évolution du rapport sinistre/prime en cas de prise en charge de la PMA par l’assurance maladie » serait un bon sujet de finances.

Brisons là, mais ce n’est pas exhaustif.

En fait, c’est encore et toujours ma frustration de ne pas avoir vu, lors des États généraux de la bioéthique 2018, les tenants du camp du progrès s’emparer de ces questions et y apporter leurs analyses, leurs perceptions, leurs idées, leurs arguments. Je ne peux que regretter ce gâchis d’une occasion de débat manquée, mais une copie blanche (hormis le mantra « égalité » pour les questions liées à la procréation), ça mérite zéro. Leur silence laisse-t-il supposer une absence totale d’argument ? Les parlementaires seront-ils de moins mauvais élèves ?

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