Editoriaux - Polémiques - Politique - Religion - 28 juin 2019

L’exclusion d’Agnès Thill révèle le sectarisme du parti majoritaire

On se souvient du discours d’Emmanuel Macron, le 9 avril 2018, au collège des Bernardins, faisant l’éloge de « cette liberté de parole qui interpelle les consciences et laisse libre ». De son côté, le parti du Président ne prône-t-il pas le débat et le pluralisme d’opinion ? Mais, dans les faits, il faut marcher à la baguette. Voyez la députée Agnès Thill, qui a osé contredire la ligne officielle en contestant l’extension de la PMA : on l’a exclue. Tant il est vrai que, pour ces prétendus progressistes, la liberté d’opinion n’existe que quand on ne l’exerce pas.

Agnès Thill aurait dû garder sa langue dans sa poche. Pour ses propos polémiques contre la PMA pour toutes, elle est accusée de porter préjudice « à la cohésion du mouvement ». Dehors ! La pauvre députée n’a pas apprécié d’être ainsi traitée de façon stalinienne. Elle met en garde les catholiques : « Comment croire désormais », écrit-elle dans un tweet, « le beau discours des Bernardins ? »

Pourtant, cette intolérance se manifeste tous les jours. Hier encore, alors qu’on apprenait que le MEDEF avait invité Marion Maréchal à son université d’été pour participer à une table ronde sur la montée des populismes, des apôtres de la bien-pensance, à commencer par Laurence Parisot, l’ex-patronne de l’organisation, ont crié au scandale. Plusieurs députés LREM ont également exprimé leur indignation et menacé de boycotter cette manifestation. À chacun de juger si la crainte que l’ex-députée du Front national ne les ridiculise par sa finesse intellectuelle et sa hauteur de vue n’y est pas pour quelque chose. Geoffroy Roux de Bézieux a dû s’incliner et renoncer à cette invitation.

La pauvre Agnès Thill jurera, sans doute, comme le corbeau de La Fontaine, qu’on ne l’y prendra plus. Elle a cependant tort de penser que beaucoup de catholiques lui apporteront leur soutien. Selon les sondages, de plus en plus de catholiques, notamment dans les classes aisées, se rallient à Macron. Aux élections européennes, beaucoup ont préféré voter Nathalie Loiseau que François-Xavier Bellamy ou Jordan Bardella. Peut-être parce que leur portefeuille leur est plus précieux que leurs valeurs.

Il faut dire que nos évêques, à part quelques exceptions notoires, ne donnent pas toujours le bon exemple. Ils sont tellement entrés dans le monde qu’ils semblent avoir oublié l’essentiel de leur mission : enseigner et transmettre la foi. Certes, la Conférence des évêques de France a pris position contre la PMA, mais, à l’approche de l’examen de la loi, elle ne s’empresse pas de monter au créneau. Quant au journal catholique de référence, La Croix, à lire certains de ses articles, on se demande en quoi il se différencie de quelque bulletin syndical de gauche.

La bien-pensance est installée dans les esprits de nos prétendues élites, au point que ceux qui s’écartent du chemin tracé sont aussitôt stigmatisés. Mais la ficelle est un peu grosse : de plus en plus de Français rejettent cette manipulation de la pensée. Ils ne sont pas prêts à renoncer à leur liberté d’opinion et d’expression. Certains médias l’ont compris, qui donnent la parole à des intervenants qui n’hésitent pas à contredire la pensée unique.

Agnès Thill, en se rebellant contre le carcan de la bien-pensance, a révélé le sectarisme de ces pharisiens modernes, dont l’esprit est entravé par les chaînes des certitudes facilement acquises. Il paraît même, selon Le Figaro, que d’autres membres de La République en marche prennent la relève et commencent à s’interroger sur le bien-fondé des réformes sociétales !

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