Le choc est immense, la désolation également. Comment en est-on arrivé à une telle situation de déshumanisation ? Tandis que tous saluaient la bienveillance des soignants au cours de cette période pandémique inédite, que les initiatives pour maintenir et entretenir le lien malgré le confinement avaient été multipliées et que les applaudissements de 20 heures n’étaient vraiment pas usurpés, la situation est malheureusement autre en Aveyron.

À Onet-le-Château, des résidents d’un ont été photographiés et filmés dans des postures dégradantes par des salariés malveillants. Ces mises en scène humiliantes ont ensuite été commentées et partagées sur la messagerie interne au personnel. Pour Frédérique Modolo, directrice de la résidence La Rossignole, ces images sont « monstrueuses » et « indignes ». Alertée par un agent de l’établissement, elle a déposé plainte, le 30 juillet dernier. Depuis, quatre personnes ont été licenciées. Les familles sont abasourdies. Quant à la directrice, elle a démissionné pour créer « un électrochoc » et « pointer un dysfonctionnement de l’établissement dénoncé par les employés depuis des années déjà ».

Entre les bas salaires, la faible reconnaissance, la surcharge de travail et, désormais, la double peur d’apporter le virus à son domicile ou sur son lieu de travail, les EHPAD peinent à recruter du personnel. « La vieillesse et la fin de vie font peur, peu de gens ont envie de travailler avec le grand âge », témoigne Hella Kherief, aide-soignante, au micro de France Info, avant d’ajouter : « Vous portez des personnes âgées, qui sont souvent en surpoids, pendant 12 heures de suite. Les cadences sont infernales, on est fatigué avant même de commencer. » Mais ces conditions difficiles ne peuvent en aucun cas justifier des situations de maltraitance sur personnes âgées.

Par ailleurs, en mars dernier, la polémique sur l’usage possible du Rivotril® avait fait également débat. Alliance VITA avait relayé « une alerte sur les dangers de protocoles “exceptionnels et transitoires” et d’une trop rapide prise en charge palliative de la détresse respiratoire, sans prise en charge curative suffisante ».

Tous ces scandales tendent à jeter l’opprobre sur le personnel soignant alors qu’à l’inverse, d’autres, heureusement, sont animés d’une grande empathie à l’égard des résidents, dont le caractère est parfois bien trempé, manifestant une envie de fugue ou de rébellion. En témoigne ce film poétique à voir absolument (bande-annonce ici) réalisé par Bertrand Hagenmüller, dont la caméra a su capter d’émouvants instants de complicité entre résidents et soignants.

À Chartres, ce directeur témoigne : « Il est de la responsabilité des équipes en EHPAD de savoir accompagner la fin de vie d’un résident avec humanité et dans le respect éthique dû à nos aînés. L’accompagnement de la fin de vie est une question centrale à la résidence et nous n’avons rien changé à cette prise en charge : nous avons continué le même accompagnement personnalisé, en soulageant à la fois les souffrances physiques et psychologiques comme nous le faisons depuis des années, et proposé aux familles de venir si la situation se dégradait. »

Le projet de loi sur la réforme du grand âge devrait être adopté en première lecture avant l’été 2021. Puisse-t-il accorder des moyens supplémentaires aux établissements et susciter de nouvelles vocations à se mettre au service des personnes âgées. Dans notre société dite inclusive, sauf à tomber dans un déni d’égalité et de solidarité, il y a urgence à former les jeunes générations en réaffirmant la dignité de toute vie humaine, y compris pour les vieillards fragilisés.

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