Editoriaux - Santé - 18 juillet 2019

Les parlementaires ont voté l’abandon du numerus clausus à l’entrée des études médicales

Ces derniers jours, les sénateurs ont adopté, à main levée, le texte proposé par Agnès Buzyn qui, par le biais de la loi Santé déjà approuvée par le Parlement, devrait supprimer, à terme, le numerus clausus à l’entrée des études médicales afin de mettre fin à la pénurie de médecins.

Mesure, certes, nécessaire mais dont les effets ne se feront, hélas, sentir que dans dix ans.

Le numerus clausus fut instauré en 1971 mais ne fut réellement appliqué qu’à partir de 1979 avec, pour intention, de limiter le nombre d’étudiants en médecine afin de l’adapter aux possibilités d’enseignement des différentes facultés, et surtout de diminuer le nombre de médecins afin de, pensait-on, limiter les dépenses de santé. Les technocrates pensaient qu’en diminuant le nombre de médecins, on diminuerait l’accès aux soins et, par là même, les frais lié à leur remboursement.

Tout comme ils ont proposé, quelques années plus tard, la retraite à 55 ans pour les médecins volontaires afin de diminuer encore le nombre de médecins et, donc, pensaient-il, les dépenses de santé.

Ces deux mesures se sont révélées totalement inefficaces et n’ont, bien sûr, pas permis de diminuer les dépenses de santé car, la technologie progressant, les examens complémentaires et les techniques employés aujourd’hui sont beaucoup plus onéreux qu’il y a vingt ou trente ans ; par contre, les effets néfastes du numerus clausus commencent à se faire sentir et la France manque de médecins. Ce manque n’est apparu qu’à partir du moment où ceux qui étaient âgés de 65 ans, issus du baby-boom de l’après-guerre et donc très nombreux, ont commencé à prendre leur retraite. Le manque de médecins est alors apparu au grand jour, tant en milieu hospitalier qu’en ville ou en milieu rural. Pourquoi, aujourd’hui, un jeune médecin irait-il s’installer dans une région déshéritée alors que, grâce à la pénurie, il peut s’installer dans la région de son choix et espérer y développer une bonne clientèle ?

L’ouverture du numerus clausus devrait, nous dit-on, permettre de lutter efficacement contre les déserts médicaux. C’est oublier un peu facilement que les jeunes médecins sont de moins en moins nombreux à choisir la médecine générale comme spécialité et que, pour la plupart d’entre eux, ils ne désirent pas s’installer à vie dans un endroit donné mais préfèrent faire des remplacements. D’autre part, ils préfèrent, généralement, lorsque cela est possible, le salariat à l’exercice libéral. Le problème des déserts médicaux n’est donc pas près d’être résolu par cette simple réforme, et sans doute faudra-t-il, un jour, arriver à créer dans ces zones déshéritées des centres médicaux financés par la collectivité, où les médecins pourraient venir travailler avec des contrats à durée déterminée et en étant salariés.

Il ne faut donc pas attendre des miracles de cette mesure d’élargissement puis de suppression du numerus clausus (dont les effets ne se feront sentir, rappelons-le, que dans dix ans). Cependant, la suppression de la première année commune aux études de santé (PACES) qui devrait accompagner celle du numerus clausus pourra peut-être permettre d’introduire, dans les critères de sélection des candidats aux études médicales, l’évaluation et la motivation qui les pousse à devenir soignants.

Pourquoi, alors, ne pas envisager une première année basée sur des stages infirmiers, afin que le futur carabin soit au contact des malades et puisse, ainsi, tester sa motivation. Il est probable qu’une grande partie des candidats ne désirera pas continuer mais, pour ceux qui auront passé cette épreuve, il sera temps, alors, de leur enseigner à avoir une tête bien faite plutôt qu’une tête bien remplie.

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