Editoriaux - Politique - 4 août 2019

Les Français et leur police, c’est « Je t’aime, moi non plus »

La relation des Français avec leur police a toujours été complexe. Tantôt admirée et largement soutenue par la population, comme lors des attentats islamistes de 2015. Tantôt honnie, après la répression des manifestations populaires organisées au début de leur mouvement par les gilets jaunes. La police inspire tout, sauf de l’indifférence. Pourtant, force est de constater que, depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, et surtout depuis la nomination de Christophe Castaner au ministère de l’Intérieur, l’image des forces de l’ordre et, particulièrement, de la police nationale s’est fortement dégradée. En cause, bien entendu, les nombreux mois de désordre qui virent s’installer dans les rues de France un niveau de violence rarement atteint.

Entamées dès 2016 avec les manifestations contre la loi El Khomri, ces actions, qui se sont rapidement assimilées à des émeutes, ont provoqué une scission dans la population mais également dans le monde politique. Mais ce sont surtout les moyens utilisés par les forces de l’ordre, ainsi que le nombre considérable de blessés observés de part et d’autre au cours de ces derniers mois, qui ont profondément choqué, jusqu’à provoquer des réactions de méfiance au sein même de la communauté internationale. En tout état de cause, une chose apparaît acquise : l’image de la police s’est détériorée en même temps que celle du pouvoir en place. Et jamais un ministre de l’Intérieur n’aura tiré vers le bas, de façon aussi manifeste et rapide, l’image de l’institution dont il a la charge.

Toutefois, en dépit de ce sentiment pour le moins controversé d’une partie des Français envers leur police, il serait faux de croire que cette dernière n’a plus de légitimité. En effet, de récents sondages démontrent que la police nationale conserve la « confiance » et la « sympathie » de la population dans une large proportion. Ainsi, 71 % des personnes consultées ont une opinion favorable des policiers qu’ils jugent plutôt efficaces (68 %). Dans ce domaine compliqué des relations police–population, gardons-nous donc de conclusions hâtives.

De la même façon, comparer les polices européennes entre elles peut conduire à des contresens majeurs. Car encore faudrait-il tenir compte de l’histoire propre à chaque institution et, surtout, des modes d’organisation et de fonctionnement qui sont parfois diamétralement opposés. Ainsi en est-il des polices scandinave et allemande (trop) souvent prises pour modèles, qui fonctionnent de façon totalement différente, mais ont aussi des problématiques judiciaires et d’ordre public qui n’ont rien à voir avec les nôtres. Ces constats ne signifient cependant pas que la police nationale française ne doive pas se remettre en question.

Tous les événements récemment survenus dans la gestion de l’ordre public, mais aussi les piètres résultats obtenus en matière de lutte contre la délinquance, en particulier celle dite de voie publique, attestent bien de ce que l’organisation, le fonctionnement et le management de l’institution policière doivent évoluer. Et tout autant que la confiance qu’elle inspire, ou pas, à la population, c’est bien celle de l’efficacité à remplir ses missions dans un cadre déontologique reconnu, qu’il est désormais indispensable de rénover. Et ce n’est pas d’une énième réformette, à l’instar de celle mise en place par Macron et Castaner avec la « police de sécurité du quotidien », qu’il s’agit là. Mais bien d’une réforme en profondeur, fondée sur une nouvelle territorialisation et une architecture hiérarchique organisationnelle et fonctionnelle profondément transformée. Car une chose est sûre, c’est qu’avant de regagner celle des Français, c’est en eux-mêmes que les policiers doivent reprendre confiance.

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