« C’est l’histoire d’une fascination et celle d’un aveuglement », écrivait, dans Libération, en 2017, ce complice d’illusions qu’est Laurent Joffrin. On les appelait, autrefois, les « compagnons de route » ; écrivains-militants engagés pour la révolution russe et contre le fascisme ; qui ont longtemps, parfois jusqu’à leur mort, fermé les yeux sur la monstruosité des crimes communistes. De grands écrivains : Henri Barbusse, Romain Rolland, Malraux, Gide, Duhamel. Les surréalistes, Aragon, Breton, etc. Une fascination d’autant plus perverse que l’idéal démocratique qu’ils prétendaient défendre finissait par excuser les assassinats du Guépéou en URSS et les massacres de la Terreur rouge espagnole de 1936, au nom de la résistance contre Hitler ou Franco.

Zélateurs de l’idéologie criminelle, des historiens, philosophes, universitaires aussi ; influents après 1945 : les François Furet, Edgar Morin, Le Roy Ladurie, Althusser ; tant d’autres. Aveuglés par le stalinisme triomphant, dans le sillage de Sartre, ils furent la caution intellectuelle à l’asservissement marxiste par le goulag soviétique, le laogaï chinois ou les camps de la mort khmers rouges. Responsables pas coupables de cet archipel terroriste qui fit plus de 85 millions de victimes entre 1917 et 1980, pour construire un « homme nouveau » et « désaliéné » du passé oppresseur. Illusions. Avant leur contrition plus ou moins tardive à la bien-pensance !

De l’idéologie à l’action : on sait le rôle du PC, organisant le sabotage des munitions ou celui des dockers cégétistes refusant d’embarquer les armes pour nos soldats d’Indochine (1949-1950) ; on connaît les « porteurs de valises » du FLN du réseau Jeanson (1957-1960) ; l’engagement collabo des Pierre-Henri Simon, Georges Arnaud, Jacques Vergès, Henri Alleg, Pierre Vidal-Naquet. Coups de poignard dans le dos, portés par ces intellectuels contre leur « nation », leur armée et leurs concitoyens d’Algérie, sacrifiés à leur sens de la justice et du droit des peuples allogènes.

Le cas de Francis Jeanson, existentialiste sartrien, « gaulliste de gauche » (1945) puis « compagnon de route » du PC (1952) est emblématique de l’illusion-trahison. Philo-communiste, zélote du combat anticolonial prôné par le parti – prêt à absoudre, contre Camus, les crimes staliniens au nom de l’idéal marxiste ; il ne voit dans la colonisation qu’une « exploitation capitaliste » et un « mépris raciste » et passe de la plume à la « valise » au service du FLN. Amnistié en 1966, le voilà réintroduit, par relations, dans les circuits culturels. Continuité idéologique : il clôt ce parcours en 1992 comme président de l’Association Sarajevo pour une Bosnie multiethnique. Exemple parfait de la vraie « trahison des clerc » contre les racines nationales de fondement chrétien : du communisme, par le tiers-mondisme, à la défense utopique des sociétés multiculturelles où l’islam a sa part. C’est le terreau d’où sont sortis nos islamo-gauchistes, nourris de la pensée et de l’agir de ces idéologues marxisés des années 1960-1970. Perversion.

Jean-Michel Blanquer a eu le courage – oui, disons-le – de dénoncer publiquement ces nouveaux « compagnons de route ». « Ce qu’on appelle l’islamo-gauchisme fait des ravages », a-t-il déclaré, sur Europe 1, le jeudi 22 octobre. « Il fait des ravages à l’université, il fait des ravages quand l’UNEF cède à ce type de chose, il fait des ravages quand, dans les rangs de La France insoumise, vous avez des gens qui sont de ce courant-là et s’affichent comme tels. Ces gens-là favorisent une idéologie qui, ensuite, de loin en loin, mène au pire », a-t-il assené. Un changement politico-sémantique assumé par le ministre. Soit. Bon point !

Mais le « pire » est là depuis longtemps : nos morts par centaines, civils ou militaires ! Nos reculades politiques incessantes ! La responsabilité originelle de ce « pire » : la dérive idéologique d’une partie des élites intellectuelles, gauchisées, ayant imposé leur doxa de l’excuse et le désamour national depuis 1945 ; avec leurs relais dans la sphère politico-sociale et médiatique. Une intelligentsia passée, en trois générations, de l’anticolonialisme tiers-mondiste à la caution morale du monstre multiculturel. L’islamisme était en sommeil. Au cœur de l’utopie. Il a pu creuser son terrier à l’abri de ce mandarinat.

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