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Frère Adrien Candiard o.p.* écrit court et efficace. Son Comprendre l’islam (ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien), paru chez Flammarion en 2016, devrait figurer dans toute bonne bibliothèque, ainsi que ses œuvres plus spirituelles pour ceux qui ont la chance de croire. Il vient de nous gratifier, aux Éditions du Cerf, d’un petit opuscule que les circonstances actuelles rendent sans doute plus précieux : Du fanatisme. Quand la religion est malade.

On pense, bien sûr, aux violences religieuses dont les musulmans sont les premiers auteurs et les premières victimes.

Le fanatisme a été conceptualisé à l’origine par Voltaire et son argumentation est centrée (alimentée ?) par le massacre de la Saint-Barthélemy. Il parle, certes, de l’instrumentalisation de ceux qui commettent des atrocités par de plus rusés qu’eux, mais le philosophe voit d’abord dans le fanatisme une folie. Cette psychiatrisation a eu pour effet d’éviter de faire de la théologie.

Frère Adrien étudie l’islam, notamment la pensée d’Ibn Taymiyya, théologien hanbaliste du XIVe siècle. Pour celui-ci, l’absolue transcendance d’Allah interdit que la raison de l’homme puisse le connaître. Allah ne s’est pas révélé lui-même, mais il a communiqué sa volonté, ses commandements. Cette théologie (étude sur theos = dieu, en grec) s’arrête avant même d’avoir commencé et l’islam hanbaliste serait un « pieux agnosticisme ». Alors, l’objet (au sens grammatical, pas au sens propre) du culte glisse de Dieu lui-même vers ses commandements. Et quelques siècles plus tard, nous avons le terrorisme salafiste.

Les philosophes des Lumières qui voyaient un excès de Dieu dans le fanatisme ne se sont-ils pas trompés ? Un hanbaliste adore des commandements plutôt qu’Allah, un créationniste la Bible qu’il lit de façon littérale plutôt que Dieu. C’est l’absence de Dieu, remplacé par une idole connexe, qui engendrerait ce fanatisme. Mais c’est aussi des idoles modernes comme le progrès qui peuvent se substituer à Dieu et induire des fanatismes tout aussi meurtriers, voire plus.

Brisons là, il n’est pas question de divulgâcher tout le fil conducteur de ce livre.

Frère Adrien propose trois remèdes personnels contre le fanatisme. D’abord, la théologie, effort de la raison pour effacer tout ce qui, dans nos représentations mentales de Dieu, relèverait de l’idolâtrie. Ensuite, le dialogue interreligieux, mais attention, s’il devient une confrontation, il peut se révéler contre-productif : il vaut mieux y parler de Dieu, sans céder au syncrétisme. Enfin, la prière. Bref, une vie spirituelle riche où dialoguent foi et raison.

Terminer par un appel à la prière une recommandation faite aux lecteurs de Boulevard Voltaire pour un livre sur le fanatisme, c’est sans doute paradoxal, mais c’est la faute à Voltaire !

*Le frère Candiard est normalien, diplômé de Science Po, islamologue et prêtre dominicain au couvent du Caire.

1 novembre 2020

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