Le mouvement punk fête ses cinquante ans : que sont-ils devenus ?
Il est toujours intéressant de voir que ceux qui entendaient tout bazarder, il y a un demi-siècle, sont les premiers à commémorer leurs « faits d’armes » de jadis. Ainsi, le concert donné à l’automne 1976 par les Sex Pistols au Chalet du Lac à Paris, quoique passablement mouvementé, ce n’était pas non plus la bataille de la Somme. Il n’empêche qu’aujourd’hui, la presse musicale n’en finit plus de fêter cet anniversaire.
Tout d’abord, resituons les événements dans leur contexte. En 1976, les dinosaures du rock sont passablement fatigués. Autrefois, ils étaient rebelles. Ils sont désormais devenus rentiers. Leur musique se fait de plus en plus sophistiquée, cherchant même parfois à tutoyer les sommets du classique. Quand Chuck Berry chantait Roll Over Beethoven, c’était pour rire ; mais ses successeurs, eux, ne rigolent plus. D’où l’émergence de garnements qui, ne connaissant guère plus de quatre accords à la guitare, tentent de renouer avec l’énergie des pionniers. Les Ramones new-yorkais réinventent donc les hymnes adolescents de leurs parents, usinant un rock tant jouissif que régressif. Ils ont les cheveux longs ? Qu’importe, on peut y voir les premiers punks. Une fois passés chez le coiffeur, Generation X, Damned et les Sex Pistols, les plus emblématiques, ne font que suivre le mouvement.
Les Sex Pistols, un nouveau boys band…
La naissance de cette formation mérite qu’on s’y arrête, sachant qu’on peut y voir un boys band, monté de la même manière que les Monkees (réplique américaine au Beatles), fabriqués de toutes pièces dans les années soixante. Ainsi, Malcolm McLaren et sa compagne, Vivienne Westwood, tiennent une boutique de vêtements, élégamment nommée Sex. McLaren, grand lecteur de Guy Debord, est une sorte de situationniste anglais qui entend subvertir la société du spectacle de l’intérieur. Ce sera donc par la musique. Il repère donc ses clients les plus photogéniques, au rang desquels un certain John Lydon, bientôt rebaptisé Johnny Rotten (Johnny le Pourri), l’un des premiers Londoniens à arborer des tee-shirts déchirés et vaguement rapiécés avec des épingles à nourrice. Cette élégance pour le moins rudimentaire et la façon qu’il a de brailler tel un verrat égorgé sont à peu près ses seuls talents du moment. Pas fou, McLaren s’adjoint les services de trois musiciens vaguement confirmés : le batteur Paul Cook, le guitariste Steve Jones et le bassiste Glen Matlock. Ce dernier est vite remplacé (au motif qu’il écoute les Beatles en cachette, selon la légende) par un authentique bon à rien, John Simon Ritchie, surnommé Sid Vicious (Sid le Vicieux), qui sait à peine dans quel sens tenir son instrument. Peu importe, les Sex Pistols sont lancés dans le bruit et la fureur. Ils profitent du jubilé de la reine pour venir l’insulter, lors d’un concert improvisé sur une péniche naviguant sur la Tamise, aux abords de Buckingham Palace. À la télévision, ils se comportent tels des gorets, se font virer du label A&M pour finalement signer chez Virgin, jeune label dirigé par le futur milliardaire Richard Branson.
Les Who et les Rolling Stones dans la tourmente…
Puis sort leur premier – et dernier album – Never Mind the Bollocks, Here’s the Sex Pistols. Qu’en dire ? Les amateurs de King Crimson n’y trouvent évidemment pas leur compte ; ceux d’un rock énergique si. Car le disque en question a ce mérite de mettre un sacré coup de Dr. Martens dans la fourmilière. Soudain, les Rolling Stones se sentent dépassés. Ils ne sont plus les jeunes rebelles d’antan, mais des notables cooptés dans la jet-set internationale. Leur réponse sera l’album Some Girls, dans lequel, hormis Miss You, le tube disco qu’on sait, ils renouent avec un rock plus abrasif. Idem pour cette autre institution qu’est devenue The Who et qui n’entend pas se laisser déborder, d’où l’album Who Are You, hautement énervé et publié dans la foulée.
Sans surprise, le mouvement punk débarque en France. La vague est telle que même Valéry Giscard d’Estaing va jusqu’à demander à Claire Bretécher, qui dessine les aventures des Frustrés dans Le Nouvel Observateur, de lui expliquer ce qu’est le « punk » (peu au fait de ces nouvelles tendances, il dit « ponk » pour « punk »). Facétieuse, la jolie fée de la bande dessinée française lui dit qu’il ne s’agit rien d’autre que d’une sorte de « rétro avachi » ; ce qui n’est pas mal vu. Patrick Eudeline, alors chanteur d’Asphalt Jungle, l’un des premiers groupes de punk hexagonal, explique à Jean Yanne ce qu’est ce fameux mouvement punk : « C’est un peu comme Hector, ce chanteur français foutraque des sixties, dont l’un des tubes était intitulé Je vous hais, je vous déteste ! Yanne, en bon anarchiste de droite, a pigé au quart de tour », nous confie Patrick Eudeline.
Le punk récupéré par les marchands du Temple…
Et aujourd’hui, que demeure-t-il du punk ? Pas grand-chose, tant il a été depuis longtemps muséifié. Pour s’en convaincre, il suffit de taper le mot « punk » sur le premier moteur de recherche venu et c’est la dégringolade. Un quotidien régional évoque un « Festival Vadrouille, aquagym punk, concerts et camping festif au cœur de la campagne haut-garonnaise ». Un fameux quotidien vespéral nous entretient d’un film, « Gorgona, "revenge movie" aux accents punk et féministe. » Mieux : un périodique spécialisé en géopolitique annonce : « Arrêtons les injonctions au "bien vieillir" et soyons toujours plus punk. » En août 2019, Le Bon Marché lance même une exposition intitulée So Punk. L’affiche ? Une Parisienne des beaux quartiers arborant triple collier de perles, tailleur Chanel et coupe iroquoise rose fluo du plus bel effet. Nul doute que cette Marie-Chantal doit faire bon accueil, lors du thé de cinq heures, à ses enfants et petits-enfants punks à chien hantant les couloirs de Sciences Po.
Du punk au réac and roll…
D’ailleurs, en cinquante ans, tant d’eau a coulé sous les ponts. Patrick Eudeline écrit dans Causeur et se fait interviewer chez Éléments. Quant à Johnny Lydon, qui sait que tout cela n’était que spectacle, tel que pronostiqué par Malcom McLaren, son sulfureux manager, il a accepté des tournées de reformation, façon Stars 80. Lors de celle de 1996, répondant au nom de Filthy and Lucre, soit « argent sale » en bon French, il affirme : « On continue de se détester avec vigueur. Mais on a trouvé une cause commune : votre pognon. » Depuis, ce fervent partisan du Brexit justifie son vote de la sorte : « La classe ouvrière a voté et je suis des leurs. » Pareillement, il affirme que Nigel Farage, le président du parti Reform UK, est un « mec fantastique ».
Et ça, finalement, c’est vraiment punk.
Pour les fans, l’un des derniers concerts des Sex Pistols, au Winterland Balroom de San Francisco, le 17 janvier 1978. Un summum d’énergie brouillonne…
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17 commentaires
Mouvement de dégénérés!
Ceux que vous nommez « punks à chien » n’ont rien à voir avec les premiers punks.
Si vous n’avez jamais approchez ce mouvement, vous ne pourrez jamais comprendre le nihilisme des premiers punks.
Comme souvent moins on en connaît et plus on en parle… Et on tombe à côté… Forcément !
Exact !!!!!!!!!!
Les punks ont évolué ils ont pris des chiens!!!
Vous me l’ôtez de la plume !
Benoît Poelvoorde était parfait dans ce rôle de punk à chien , dans « le grand soir » . Je les revu récemment . Il a en plus un peu la mentalité des ex punk par certaines de ses prises de position qui ne sont pas toutes politiquement correctes.
Sur la fin ils reprennent, No Fun, un tube ultra rythmé des Stooges de 1969 que les Sex Pistols massacrent allègrement. J’avoue avoir mis environ 30 secondes à reconaitre le morceau tant ils l’ont bouzillé. Là aussi, loué soit Youtube de permettre grâce à ses algorithmes de retrouver les grands classiques du rock et de la musique classique !
On même y retrouver toute la daube possible ! :)
« Les Who et les Rolling Stones dans la tourmente… » Une pierre dans mon jardin après les commentaires, peu amènes, que j’avais fait sur les Roupettes ? ;)
Et à la question « que sont-ils devenus ? » la réponse est très simple : ils sont tous morts par overdose !
Cher ami, pas du tout. cet article a d’ailleurs été rédigé avant celui consacré aux Rubettes. Pour rappel, des quatre Sex Pistols, un seul est mort d’overdose, Sid Vicious. Les trois autres sont en assez bonne forme. Amitiés.
Le premier bassiste, Glen Matlock, est toujours en vie aussi.
Donc, beaucoup on eu un futur ! Ils n’ont pas dérogé à la règle qui est que le rock ‘n roll c’est aussi savoir prendre la température de la société et aussi la pose !
J’ai écouté 2 minutes de la vidéo. Je ne sais pas quoi dire de ce que j’ai entendu sinon ceci : on a la droit de préférer le bruit à la musique. C’est tout simplement inaudible. Après trois minutes, on a les oreilles qui saignent et on est parti pour une semaine d’acouphènes. Voilà, c’est tout ce que je peux dire du punk.
Vous devez être trop jeune ! :)
Bonjour Ravi au lit. Non, pas trop jeune, trop vieux ! :) Ce qui fait que j’en suis resté aux années 60 à début des années 80. Après est arrivée l’ère du bruit …
Le punk…
Phagocyté par ce qu’on n’appelait pas encore les bobos.
Dans ma ville, les petites bourgeoises se fringuaient dans ce style pour se donner un genre… Mais ça sentait le fric à 100 mètres… Comme elles ne comprenaient pas grand chose à ce mouvement, elles traînaient avec nous, une bande de motards en perfecto et santiags… Elles sont venues nous trouver car trop serrées par des skinheads… On revenait souvent avec des bombers et des Doc… Des offrandes…
C’était comme ça, c’était ma jeunesse… C’était il y a longtemps…
J’ai un de mes neveux qui a trouvé mon cuir et mes bottes… Il les voulait J’ai dû lui expliquer comment on les méritait…
Tout une époque,
Ma jeunesse
Certains se disant « héritiers de ce mouvement » ont « adoptés » des chiens qu’ils utilisent comme « transporteurs de boulettes » ! …
Pauvres bêtes !