Législatives bulgares : défaite des pro-UE, victoire de la gauche souverainiste

Après le conservateur Magyar en Hongrie, Roumen Radev incarne une gauche patriote en Bulgarie.
Capture d'écran Reuters
Capture d'écran Reuters

Roumen Radev a obtenu une très grande victoire, lors des élections législatives de ce dimanche 19 avril. L’ancien président bulgare, qui avait été élu en 2016 puis réélu en 2021, avait démissionné le 19 janvier dernier afin de se lancer dans la bataille des législatives. Il avait, dans ce but, créé sa propre formation, « Bulgarie progressiste ».

Défaite des pro-UE

Pari gagné, donc, puisque les résultats presque définitifs (98,3 % des bulletins) publiés au matin de ce 20 avril donnaient le parti de Roumen Radev, classé à gauche, en tête avec 44,7 % des voix, suivi par l’alliance des européistes de centre droit GERB–SDS (13,4 %) et la coalition libérale « Nous continuons le changement - Bulgarie démocratique » (PP-DB), avec 12,7 %. Ayant aussi franchi la barre des 4 %, deux autres formations devraient faire leur entrée au Parlement : le Mouvement pour les droits et libertés (qui représente essentiellement les populations turque et musulmane de Bulgarie), avec 6,9 % des voix, et le parti de droite nationaliste Възраждане (Vazrazhdane, « Renaissance »), 4,3 %. Il faut noter la très forte participation de 51 %, dans un pays qui vote d’habitude beaucoup moins.

Ces nouvelles élections, les huitièmes en seulement cinq ans, font suite à la démission du Premier ministre conservateur Rossen Jeliazkov, poussé vers la sortie par la manifestation anti-corruption du 11 décembre 2025.

Son résultat aux élections du 19 avril assure Bulgarie progressiste d’une majorité absolue au Parlement. Et rien n’empêche, dès lors, la nomination de Roumen Radev comme Premier ministre d’ici un mois.

Une campagne anti-corruption

Ce dernier avait fait campagne sur trois questions aujourd’hui centrales au sein du débat politique bulgare : la corruption au sein du monde politique, l’attitude de la Bulgarie vis-à-vis de la Russie, et celle à adopter face à Bruxelles. On serait donc tenté par un parallèle avec la Hongrie, où les récentes législatives ont porté Péter Magyar au pouvoir, mettant fin à l’ère Orbán.

Mais il convient de faire la part des choses. Ancien communiste, Roumen Radev continue de se positionner à gauche de l’échiquier politique bulgare et l’a emporté face aux libéraux centristes et au centre droit européiste. Au contraire de Péter Magyar, qui est un conservateur, et d’ailleurs issu de la même famille politique que Viktor Orbán.

Magyar et Radev ont tous deux fait campagne contre la corruption, réussissant ainsi à créer un effet dégagiste dont ils ont été les bénéficiaires. Mais si le clan Orbán a été durement visé par les attaques de Péter Magyar en Hongrie, c’est la rue bulgare qui s’est chargée de miner le terrain des libéraux et européistes, offrant un boulevard déjà bien balisé à Roumen Radev.

Sur la Russie, un pragmatisme prudent

La question russe doit, elle aussi, être abordée avec prudence. En Hongrie, elle n’était pas entre Orbán et Magyar un point de divergence aussi fort qu’ont cherché à le faire croire les responsables politiques et la presse pro-UE. Les deux hommes différaient moins sur des principes que sur une méthode. Magyar n’a jamais été proche de Moscou, mais il a aussi montré depuis son élection une bienveillance très prudente à l’égard de Kiev, refusant par exemple d’avaliser la participation hongroise au prêt « militaire » de l’UE à l’Ukraine. En attendant des premières annonces et des décisions concrètes, force est de constater que la position du Bulgare Roumen Radev, un ancien général, relève elle aussi d’un pragmatisme prudent. La Bulgarie n’a certes pas de frontière directe avec l’Ukraine et la Russie, mais la mer Noire en fait tout de même des voisins. Voilà qui incite Radev à privilégier la recherche de solutions négociées entre Moscou et Kiev et à refuser, a contrario, de souscrire au discours belliciste bruxellois à l’encontre de la Russie. Radev se dit favorable à une levée des sanctions et une normalisation des relations avec Moscou. Mais comme le fait justement remarquer le média pro-UE touteleurope.eu, « il s’est toujours défendu d’être proche du Kremlin et a affirmé être favorable à l’appartenance de son pays à l’Union européenne ».

Un « euroméfiant »

La question européenne est d’ailleurs elle aussi un point sur lequel la comparaison est tentante avec la Hongrie. Concernant cette dernière, les premiers jours de l’ère Magyar ont confirmé ce que BV notait, dès le lendemain de son élection. Par rapport à Orbán qui opposait à Bruxelles un front du refus, fait de veto successifs, Magyar se veut plus ouvert au dialogue, et même à la collaboration, mais pourvu que les intérêts hongrois soient préservés. Différence de stratégie et non d’approche idéologique.

Roumen Radev s’annonce a priori plus proche de la méthode Magyar sur la question européenne. Mais en vieux renard, il a pu observer Bruxelles à la manœuvre, depuis qu’Ursula von der Leyen est aux manettes, et même avant : il se pose en « euroméfiant ». « L’Europe a été victime de sa propre ambition d’être un leader moral dans un monde régi par de nouvelles règles », a-t-il averti. Faisant allusion à la récente adoption de l’euro par son pays, Roumen Radev a donc prévenu que la Bulgarie « fera[it] des efforts pour poursuivre sa voie européenne, mais croyez-moi, une Bulgarie forte et une Europe forte ont besoin d’esprit critique et de pragmatisme ». Au menu, un arrêt du Pacte migratoire qui ne rejoint pas tout à fait les vues de Bruxelles...

Alors qu’en Hongrie, un patriote conservateur a remplacé un patriote populiste, en Bulgarie, un souverainiste de gauche remplace des libéraux européistes. Pas sûr que Bruxelles gagne au change…

Vos commentaires

39 commentaires

  1. Les 2 grandes différences entre Orban en Hongrie et Radev en Bulgarie, c’est que le premier était un populiste d’extrême droite corrompu jusqu’à l’os alors que le second est un homme de gauche qui veut précisément lutter contre la corruption dans son Pays.

  2. Le vrai clivage politique est entre eurolâtres et souverainistes. Hongrois et Bulgares, qui se souviennent du demi siècle d’oppression communiste, ne sont pas encore prêts à abandonner leurs libertés. Pas comme nous qui, au fil des décennies, avons accepté de détricoter notre souveraineté nationale avec les traités de Maastricht puis de Lisbonne, accueilli à tour de bras des millions d’africains et de magrébins, abandonné la maîtrise de notre énergie nucléaire, mûrs pour partager notre dissuasion atomique et brader notre siège au conseil de sécurité de l’ONU. Un désastre.

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