Culture - Editoriaux - 19 mars 2019

Le trésor de Toutânkhamon arrive à Paris

Du haut de ses abattoirs révolutionnaires, de Gaulle n’aurait pu l’imaginer, Pompidou lui-même n’aurait osé le rêver, preuve que l’avènement d’Homo festivus n’a pas eu que de mauvais côtés.

J’explique : la première exposition du grand Toutânkhamon se tint en 1967 au Petit Palais. Neuf ans plus tard, en 1976, on installa Ramsès II au Grand Palais. Toutânkhamon nous revient, aujourd’hui, en majesté, mais le plus célèbre des pharaons va devoir se contenter de la Grande Halle de la Villette.

Certes, le quartier est passé avec succès des abattoirs à la culture. Aux bouchers ont succédé les musiciens (CNSM, Zénith, Philharmonie…), tout cela au milieu de verts pâturages offerts à la promenade. La démocratisation est passée par là et à nos foires culturelles mondialisées il faut des lieux idoines. La Villette, donc.

Sans compter qu’au-delà de ces considérations très “sociétales”, il faut s’en réjouir car le quartier des Champs-Élysées n’est pas actuellement des plus sûrs… Manquerait plus que le trésor du Pharaon, après avoir traversé 3.327 ans d’Histoire, finisse estropié par une poignée de gilets jaunes !

Inutile de vous précipiter le week-end prochain à la Villette, la monumentale exposition “Toutânkhamon, le trésor du Pharaon” devrait y rester jusqu’au 15 septembre prochain, avant de poursuivre sa grande tournée des grandes capitales.

Présentée par le département des Antiquités égyptiennes, elle va offrir au public plus de 150 objets originaux issus du tombeau, ceux-là même qui émerveillèrent Howard Carter lorsqu’il en perça le mystère en 1922. Parmi eux, plus de 50 pièces de cette collection ont pour la première fois et la dernière quitté l’Égypte. Ainsi, au terme de cette tournée internationale, les chefs-d’œuvre qui devaient accompagner le pharaon dans son grand voyage cosmique s’en iront rejoindre – pour l’éternité ? – le Grand Musée égyptien, actuellement en construction au Caire, sur le plateau de Gizeh. Ce sera en 2022, pour le centenaire de l’ouverture du tombeau par Carter.

Après Carter, il faut ici saluer Christiane Desroche Noblecourt, l’une des plus illustres égyptologues que le monde ait connus. Première femme membre de l’Institut français d’archéologie orientale du Caire, conservatrice en chef du département égyptien du musée du Louvre pendant de nombreuses années, elle fut l’organisatrice des grandes expositions évoquées plus haut, lesquelles rencontrèrent un succès inconnu jusque-là.

Ce furent, ainsi, 1.241.000 personnes qui se pressèrent au Grand Palais, en 1967, pour y admirer “Toutânkhamon et son temps”. Cette exposition marquait le retour des bonnes relations entre la France et l’Égypte après la crise du canal de Suez, et les fonds récoltés permirent d’aider financièrement la campagne de sauvegarde des monuments de Nubie, menacés par la construction du barrage d’Assouan. Prévue pour durer jusqu’en juillet, l’exposition fut écourtée quand éclata la guerre des Six Jours.

C’est elle, également, l’égyptologue française qui eut la charge de l’exposition Ramsès, en 1976 (1,2 million de visiteurs). Elle, encore, archéologue et historienne infatigable, qui a supervisé les fouilles et l’aménagement de la vallée des reines, où plus de 100 sépultures sont aujourd’hui enregistrées et explorées.

Christiane Desroche Noblecourt nous a quittés en 2011 pour retourner, n’en doutons pas, rejoindre dans l’au-delà les mânes de tous ces pharaons et reines d’Égypte. Quand vous irez contempler le trésor de Toutânkhamon, à la Villette, ayez une pensée pour elle.

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