Editoriaux - Santé - 19 mars 2019

L’éthylotest du nouveau permis de conduire

Notre pays compte 4 à 5 millions d’alcoolo-dépendants (incapables de se priver d’une quelconque boisson alcoolique [cidre, bière ou poiré compris] un ou deux jours chaque quinzaine) ainsi que quelques centaines de milliers d’alcooliques qui, chaque jour, dépassent allègrement (mais souvent tristement) les limites quotidiennes de trois verres de vin chez l’homme et de deux verres chez la femme ; convertissant ces nombres de verres en nombre de bouteilles.

Au premier rang des producteurs de boissons alcooliques, nous donnons le mauvais exemple aux pays à qui nous en vendons en consommant 12 litres d’alcool pur par an et par Français.

Dans ce contexte, un certain nombre de nos concitoyens prennent le volant avec une alcoolémie supérieure aux limites prescrites : < 0,20 g/l chez les titulaires du permis de conduire depuis moins d’un an ; < 0,50 g/l chez les titulaires du permis après un an ; passage au tribunal de police, où ils s’exposent à une perte de six points du permis, à 135 € d’amende et à une suspension du permis. La punition est plus rigoureuse quand l’alcoolémie excède 0,80 g/l ; passage au tribunal correctionnel, suspension du permis pour une durée maximale de six mois… Depuis janvier 2019, les préfets peuvent, en fonction d’un avis médical, au lieu de suspendre le permis de conduire, autoriser le contrevenant à conduire un véhicule équipé d’un éthylotest. Cet éthylotest conditionne le démarrage du véhicule à une alcoolémie inférieure à 0,5 g/l (c'est-à-dire inférieure à 0,25 mg/litre d’air expiré). Le prix d’installation du dispositif est ≈ 400 € ; son coût ≈ 1.300 € ; mais il peut être loué (≈ 100 € par mois pour une durée de 3 à 6 mois ; baissant à ≈ 50 € si la location est prévue pour une durée de deux ans). Cette nouvelle tolérance se justifie par le nombre élevé des contrevenants lié à notre intempérance nationale ; le nombre élevé de conducteurs roulant sans permis, soit qu’ils ne l’aient jamais passé (ou jamais obtenu) ou qu’ils aient perdu tous leurs points ; la catastrophe professionnelle et sociale résultant de l’impossibilité de conduire une automobile. On mettra en balance qu’un tiers des accidents mortels de la route sont le fait de la conduite sous les effets de l’alcool, potentialisés par de nombreux médicaments psychotropes dont les Français sont très friands (hypnotiques, anxiolytiques, sédatifs, antihistaminiques…), ou par diverses drogues, dont le cannabis, avec ses 1.400.000 usagers réguliers, dont les pouvoirs publics atténuent lentement mais sûrement le caractère illicite ; on ne combat pas les méfaits d’une drogue en réduisant la peur du gendarme). L’esprit de tricherie étant très développé, quelques précautions sont prises pour éviter que quelqu’un ne souffle à la place du conducteur. Le démarrage doit s’effectuer moins de deux minutes après que le conducteur ait soufflé. Il doit souffler à nouveau, à la demande de l’appareil, à un moment aléatoire, durant la première demi-heure de conduite. Une infraction à l’usage de ce dispositif pourra être punie d’une amende, de la confiscation du véhicule, du retrait du permis ; le comparse pourra également être puni. Pour que soit levée l’obligation de l’éthylotest, après trois à six mois, ce qui laisse à l’intempérant le temps de se sevrer, nous suggérons que soit dosé dans ses cheveux l’éthylglucuronide. Ce métabolite de l’alcool se fixe dans le cheveu en formation ; sa croissance étant d’un centimètre par mois, on peut savoir, mois par mois, l’importance de sa consommation d’alcool. Au total, cette atténuation de la rigueur de la loi est pavée de bonnes intentions ; la suite nous dira ce qu’il convient d’en faire (d’enfer)…

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