Editoriaux - Histoire - Sport - 17 juillet 2019

Le Tour de France vu par Antoine Blondin

« Un grand écrivain qui se passionne pour la Grande Boucle, je ne suis pas sûr qu’on en retrouve d’ici longtemps… » écrivait, ici même, l’an dernier, Philippe Kerlouan, rendant hommage à l’un des monuments du Tour de France, Antoine Blondin, que j’avais célébré précédemment, rappelant le souffle épique qu’il avait su donner à chaque étape de la trentaine de Tours qu’il avait couverts pour L’Équipe (1954-1982).

Il est vrai que ce fut un temps que « les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître », un temps où les coureurs rentraient à l’hôtel le soir avec leur vélo, pour laver eux-mêmes leur maillot, cuissard et socquettes en les faisant tremper dans leur baignoire. Aujourd’hui, à l’heure du soupçon et du dopage, les coureurs lavent le plus souvent leur linge sale en famille…

On ne s’étonnera guère si, d’aventure, ces prochains jours, le Tour enfin s’anime, avec de nouvelles révélations sur une pratique quasi inhérente à l’épreuve à laquelle la plupart des grands champions, de Fausto Coppi à Jacques Anquetil et Eddie Merckx, n’ont pas échappé. Antoine Blondin les avait stigmatisées en son temps. « Nul ne disconviendra que le dopage puisse être une pratique catastrophique, l’arme illusoire des plus faibles. À travers lui, alors que tout devrait s’affirmer dans une allégresse contagieuse – l’audace, le courage, la santé -, une planète révèle qu’elle possède aussi sa face d’ombre où tout se tait… »

Le Tour, cette année, ne nous montre pour l’instant que sa « face de lumière » avec un Français « champagne » à Épernay, nouvelle coqueluche du public, en jaune depuis cinq étapes, Julian Alaphilippe, un coureur encore inconnu, qui cherchera à étirer son bail en jaune au-delà des dix jours de mon compatriote Thomas Voeckler en 2004 et 2011.

Et s’il devait le perdre, d’ici les Champs-Élysées, il nous restera toujours la lecture des chroniques de Blondin, l’humeur vagabonde dans Monsieur Jadis et du Singe en hiver, qui aimait à dire qu’il avait plus d’un Tour dans son sac, au point de décrire des étapes que personne n’avait vues, attendant chaque année, comme la foule des lacets pyrénéens, « cette caravane qui décoiffe les filles, soulève les soutanes et pétrifie les gendarmes […] tel un enfant qui pointe un doigt vers le manège pour réclamer : Encore un Tour ! »

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