« Le Tour, c’est la fête et les jambes ! » avait coutume de dire Antoine Blondin qui en a « couvert » une trentaine pour l’Equipe. La fête, c’était hier soir, sobre et efficace, pour l’Allemand Marcel Kittel (décidément…) qui signait à Lille sa 3eme victoire d’étape ! La fête, c’était encore l’autre jour, entre Cambridge et Buckingham Palace, où le Tour s’est mis dans la tête cette fois, de redorer son blason quelque peu terni ces dernières années par les Lance Armstrong ou autres forçats tristounets du chronomètre à tout prix…

Ces tricheurs souvent dopés aux amphétamines ou aux stéroïdes n’ont pas réussi pour autant à tuer la Grande Boucle, qui se revisite chaque année dans la ferveur chaleureuse des bords de route du mois de juillet. Monument séculaire mais en péril, le Tour vacille mais demeure une grand populaire dont Antoine Blondin avait écrit la légende.

Une légende entachée de dopage, quasi inhérent à l’épreuve, auquel la plupart des grands champions, de Fausto Coppi à Jacques Anquetil et Eddie Merckx, n’ont pas échappé. Antoine Blondin les avait stigmatisés en son temps. « Nul ne disconviendra que le dopage puisse être une pratique catastrophique, l’arme illusoire des plus faibles. À travers lui, alors que tout devrait s’affirmer dans une allégresse contagieuse – l’audace, le courage, la -, une planète révèle qu’elle possède aussi sa face d’ombre où tout se tait ».

Jacques Anquetil admettait même ouvertement qu’il suffisait de regarder ses fesses et ses cuisses que les piqûres incessantes avaient fait ressembler à de « véritables écumoires… » Même l’inénarrable Roger Hassenforder, le « clown du peloton » se serait arrêté un jour devant 20 personnes, au bord de la route, pour s’injecter dans la cuisse le contenu d’une seringue. On ne saura jamais si ce fut du schnaps ou du riesling, car mon compatriote, appelé plus communément Hassen, n’était pas à un coup d’éclat près.

Un jour qu’il était « maillot jaune virtuel » avec près d’un quart d’heure d’avance sur le peloton, l’Alsacien arrivé au sommet d’un col se revigora d’une choucroute, à la terrasse d’un . Un autre jour, Hassen se baigna tout habillé avec son alors que les coureurs longeaient la mer, où encore, lors d’une autre étape, s’arrêta au bord de la route pour aller conter fleurette à une belle spectatrice qu’il avait repérée dans la foule.

Le boute-en-train du peloton, « l’As Hassen », comme l’avait surnommé Antoine Blondin, malgré ses frasques imprévisibles, avait pourtant tout de la trempe d’un champion : il porta le maillot jaune à plusieurs reprises, signa pas moins de huit victoires d’étapes, dont quatre sur la seule édition 1956. « La classe à l’état pur », disait de lui Felix Levitan, l’emblématique directeur du , à une époque où les coureurs ne se blottissaient pas encore les uns contre les autres comme des moutons, pour se dissoudre dans l’anonymat d’un troupeau qui court après la caravane publicitaire.

Il est loin le temps où les coureurs rentraient à l’hôtel avec leur vélo pour laver eux-mêmes leur maillot, cuissard et socquettes, en les faisant tremper dans leur baignoire. Aujourd’hui, à l’heure du soupçon et du dopage, les coureurs lavent le plus souvent leur linge sale en … On ne s’étonnera guère si d’aventure ces prochains jours le Tour s’anime, avec de nouvelles révélations, à moins qu’il ne se refasse une nouvelle virginité ! Antoine Blondin, encore lui, qui avouait décrire des étapes que personne n’avait vues, attendait chaque année « cette caravane qui décoiffe les filles, soulève les soutanes et pétrifie les gendarmes (…) tel un enfant qui pointe un doigt vers le manège pour réclamer : Encore un Tour ! »

9 juillet 2014

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

À lire aussi

Langues régionales : « Pourvu qu’ils sabrent français »

N’est-ce pas Napoléon, également, qui disait de ses généraux baragouinant l’alsacien : « P…