Editoriaux - Histoire - Industrie - Politique - 16 novembre 2016

Le syndrome de Stockholm, maladie de l’électeur français ?

En 1973, à Stockholm, un braquage tourne mal. Quatre employés sont pris en otage dans une banque. Quand la police obtient leur libération, les otages s’interposent cependant entre leurs ravisseurs et leurs sauveteurs. Ainsi naît le formalisme du « syndrome de Stockholm », traduit aussi par l’« identification des victimes à l’agresseur »… Situation tragique où la promiscuité de la victime avec son bourreau gomme le bien et le mal et trouble le discernement.

En 1974, la fille d’un magnat américain, Patricia Hearst, est enlevée et participe, arme à la main, à des opérations criminelles et l’on observe que, malgré les occasions qui se présentent, elle ne tente pas de s’échapper.

En Autriche, entre 1998 et 2006, la jeune Natascha Kampusch passe plus de 3.000 jours prisonnière dans une cave et, malgré plusieurs occasions de fuite, reste auprès de son ravisseur, pourtant souvent absent de son domicile.

Terribles histoires montrant d’une part nos fragilités potentielles, mais aussi la grande perversité des ravisseurs qui exploitent pour leurs propres desseins la vulnérabilité et la dépendance de leurs victimes.

Ainsi va la politique, rythmée par quelques élections çà et là, qui vont faire un peu de ramdam, mais pas beaucoup, et permettre de repartir comme avant sans changer les rapports dominant/dominé pour le plus grand bien de nos oligarques.

Mais en politique, et surtout en France, la perversité est bien à double détente et nos politiques préférés veillent bien à ce que leurs électeurs restent sous influence.

La primaire de la droite est en tout point l’illustration ahurissante de cette dépendance. C’est tout de même un comble qu’avec les batteries de cuisine que six candidats — dont trois particulièrement — se trimbalent, les Français, à en croire les sondages (mais ça, c’était mon article précédent), tombent encore et toujours dans le panneau.

Voilà la particularité à laquelle même les braqueurs de Stockholm, les ravisseurs de Patricia Hearst ou le bourreau de Natascha Kampusch n’avaient pas pensé : on va leur donner l’illusion du choix pour qu’ils choisissent librement… de revenir auprès de leurs ravisseurs !

À ce stade, ce n’est plus de l’art, c’est de l’industrie, un modèle devant lequel le docteur Goebbels se pâmerait d’admiration. Pensez donc, ça bouge tellement vite que vous n’avez même plus le temps de réfléchir. Vous ne voulez ni de Juppé ni de Sarkozy, votez donc Fillon, ma bonne Madame Michu. Peu importe qu’il vous ait enfilée (lui aussi), entre autres, le traité de Lisbonne et autres fariboles, qu’il contribue depuis trente-cinq ans à la situation actuelle. Et si jamais vous vous avisez — parce qu’il vous a apporté Hollande — d’aller faire les yeux doux à Le Maire ou Copé, vous serez irrémédiablement ramenée à la raison vers un ancien Premier ministre ou Président. Ce n’est plus une lessiveuse intellectuelle, c’est un laminoir…

On n’appelle plus ça le syndrome de Stockholm, on appelle ça le vote utile, histoire de bien vous culpabiliser si jamais vous avez quelque velléité de réfléchir, voire l’envie de faire entendre votre voix.

Alors, lorsqu’un homme apparaît, différent, sans casserole, avec un vrai programme, une profondeur d’homme d’État, une expérience de salarié et de dirigeant d’entreprise, alors vite, nos bons oligarques retranchent tout le monde dans l’agence bancaire… Touche pas au grisbi !

Espérons que le syndrome Trump nous envahisse et que les Français décident enfin de se libérer…

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