Partie du diable vauvert, la chaîne CNews montait, montait. Rattrapait son retard. Petit à petit. Et « Face à l’info » d’enfler et « L’Heure des pros » de gonfler. Jusqu’à ce que… boum ! Lundi 3 mai, CNews passait devant BFM. Les compteurs de téléspectateurs étaient formels : 2,7 % pour la première, 2,5 % pour l’autre. 0,2 % d’écart. Pour l’équipe gagnante, le jour de gloire était arrivé. Les choix rédactionnels à rebrousse-poil du ronron ambiant avaient payé. Les Français commençaient à être lassés de ce lent filet d’eau tiède qui coulait des robinets de la bien-pensance.

Immédiatement, , directeur de la chaîne dépassée par les événements, envoyait un mail à ses journalistes en charge de la bonne parole : « Même si ce chiffre ne manquera pas d’être commenté, gardons notre ligne. » Rien ne le ferait dévier de sa trajectoire, pas même le mur qui se profilait au bout de la route. Il irait dedans s’il le fallait, passerait au travers, continuerait sa course éperdue vers le bien, le quasi-beau et le presque vrai. Et quand bien même il ne resterait plus qu’un seul téléspectateur, il serait celui-là.

Dans un article consterné, constate que les ministres se bousculent aux portes de CNews. Attirés par le miel populiste d’Éric Zemmour, ils tombent dans ses griffes et acceptent de souffrir sous le poids de ses arguments. Emmanuel en personne et en privé se serait inquiété de ce succès grandissant. La était-elle en train de virer extrêmement à de la droite de la pire des droites ? confiait, en toute confidentialité, avoir « la nausée » face au contenu de la chaîne. Animateurs et réanimateurs de BFM se pressaient à son chevet : « Ça va passer. »

Et puis, la victoire comporte sa part d’ombre. Le bémol est posé sur la partition par Le Monde, qui précise à raison que BFM reste en tête sur la tranche des 25-49 ans. Une certaine sommeille devant son écran plat. Nourrie aux grains OGM de la télé-réalité, elle adhère au programme suivant. Les infos. Paradoxe des temps, selon ce chiffre Médiamétrie, les générations plus anciennes seraient attirées désormais par les discours dissidents. Une inversion sidérante qui voit l’élan d’une jeunesse gauchisante se consacrer à répandre et même surenchérir les injonctions du pouvoir en place.

En date du 4 avril, dans un rétropédalage de toute beauté, Marc-Olivier Fogiel revoit son obstination à la baisse. Après une intense médiation sur le succès de son concurrent, il consent à ajouter quelques glaçons dans son eau tiède : « Ça nous a poussés à mettre à l’antenne une palette d’éditorialistes aux opinions très diverses. Y compris conservatrices, ce que nous ne faisions peut-être pas par le passé » (JDD).

Les impératifs commerciaux ramènent le directeur de BFM à la raison. Entre fascistes factices et vraie dictature des annonceurs, le monde médiatique n’hésitera pas une seconde.

5 mai 2021

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