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Coronavirus - Economie - Editoriaux - Politique - 7 avril 2020

Le pouvoir égalisateur de la guerre fera-t-il naître un monde nouveau ?

En cette période de pandémie, il me revient en mémoire, comme une sorte de réminiscence fulgurante, ce que nous disait mon professeur d’allemand de lycée lorsqu’il évoquait ses années de guerre : il nous parlait du « pouvoir égalisateur de la guerre » qui met tous les hommes sur le pied d’une stricte égalité face au destin : la vie ou la mort !

L’Histoire n’est-elle pas en train de resservir des plats dont elle a le secret ?

Difficile de le nier, car la pandémie replace chacun d’entre nous dans la situation que les hommes ont vécue pendant la Seconde Guerre mondiale. Vient alors une question fondamentale et lancinante : le genre humain saura-t-il en tirer toutes les conséquences pour bâtir un monde nouveau ou, du moins, qui remette au centre de l’action politique une vision de la société plus responsable et plus humaine ?

« Il n’y a qu’une querelle qui vaille, celle de l’Homme » (Hamlet).

Mais ne rêvons pas trop : chassez le naturel, il revient au galop ; la nature humaine est ainsi faite que, l’alerte passée, les errements anciens reprennent rapidement le dessus : les affaires continuent.

Sur le plan politique : les carcans idéologiques ont la vie dure, les recettes maastrichtiennes et ultralibérales sont toujours présentes dans les esprits. Le président de la République donne l’impression d’un virage à 180° en soulignant le nécessaire retour de la souveraineté de la France afin de garder la maîtrise de notre destin national, dont acte ! Mais, immédiatement, il évoque la souveraineté européenne, véritable invocation dont la réalisation effective relève du mythe dogmatique. L’invocation d’une souveraineté européenne est d’autant plus utopique que le retour des États-nations en Europe a commencé bien avant la crise pandémique. Emmanuel Macron est totalement isolé dans sa vision européenne, vision mise au pilori par les Allemands.

La Banque centrale européenne (BCE) est aussi enfermée dans le cadre maastrichtien, pour relancer la machine économique, elle reprend la technique de Draghi : les États s’endettent, les banques rachètent les bons du Trésor et se font rembourser par la BCE. À ce titre, la BCE a décidé de « mettre sur la table » 750 milliards d’euros. Mais les États demeurent soumis aux lois des marchés, ils sont placés sous leur tutelle : pour se financer, ils doivent emprunter sur les marchés. La BCE ne peut toujours pas financer directement les États et les banques seront toujours réservées pour financer l’économie réelle, les entreprises.

Une seule solution : remettre en vigueur les avances du système des banques centrales aux États pour relancer l’économie ! Procès du retour d’une économie administrée, qualifiée de péché mignon par un économiste de talent. Certes, on a assisté à un super tango du gouvernement sur le thème : voici l’ordre, mais attendez le contre-ordre.

Faut-il, pour autant, vouer aux gémonies, comme le distillent certains politiques et économistes, les propositions de recréer un ministère de la Prévision et de l’Industrie – sans immédiatement fustiger avec ironie l’obsolescence du tout-plan ? Quand comprendra-t-on que le dogme du tout-concurrence de Bruxelles a ses limites, que les marchés peuvent se tromper lourdement dans leurs prévisions ?

Le nouveau commissaire Thierry Breton esquisse timidement que les « règles de concurrence doivent être revisitées », mais il ajoute aussitôt que le libre-échange demeure la règle (« C’est dans ce monde que nous vivons », Le Parisien du 5 avril). Cela signifie clairement que, dans l’esprit de la Commission, le règne des multinationales demeure le fondement de la vision économique géostratégique de l’Union européenne.

Il va être indispensable que les États reprennent la main pour mieux cadrer les marchés. Sur le plan éthique, cette crise remet en perspective le sens de la vie de chacun, qui ne peut être assurée sans l’action solidaire de tous. L’action individuelle – même celles des génies d’Internet et du numérique – n’est pas une réponse au défi de cette pandémie.

Il n’y a de salut que dans le sens retrouvé de l’action collective, dont la nation est le cadre et l’expression la plus naturelle et légitime, ce qui n’exclut en rien l’active coopération internationale des États pour restaurer des règles multilatérales, n’en déplaise à Donald Trump…

Ubi societas ibi jus !

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