On en avait un peu l’intuition, mais la crise pandémique, agissant comme un terrible révélateur, semble nous le confirmer : ce n’est pas le gouvernement qui gouverne. Au mieux, il communique, fait de la propagande. Sans grands résultats puisqu’il n’arrive même pas à rassurer les Français. La preuve : au 1er avril, selon un sondage Elabe, ils n’étaient que 41 % à lui faire confiance pour « lutter efficacement contre l’épidémie ». Ce n’est pas brillant.

La mascarade (qui porte très bien son nom) des masques est, de ce point de vue, une synthèse, un modèle du genre. On est passé, en quelques semaines, de l’inutilité, voire dangerosité du masque, à la « peut-être » obligation du port en passant par la « réévaluation de la doctrine », sans oublier le croquignolesque argument de cette députée LREM, dont on a déjà oublié le nom, qui expliquait, la semaine dernière (une éternité), qu’en donnant des masques aux gens, on prenait le risque qu’ils ne se lavent plus les mains.

Mais pour revenir à nos moutons, qui gouverne, si ce n’est pas le gouvernement ?

Nous n’avons pas la réponse. Juste quelques indices. C’est même la presse, en l’occurrence Le HuffPost, qui nous éclaire aujourd’hui. Je cite : « Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a remplacé, ce lundi 6 avril, pour le point-presse quotidien sur la crise sanitaire… » Révélateur, non ? Tiens, au fait, Olivier, je suis surbooké, tu peux me faire le point-presse, ce soir ? Voici ce qu’il faut dire. Pas de problème, Jérôme, je te fais ça. Puisque c’est la tendance actuellement – on se demande pourquoi – d’évoquer la débâcle de 40, cela rappelle un peu cette histoire racontée par le regretté Jean Nohain dans ses mémoires. Durant la drôle de guerre, Mme Gamelin, épouse du généralissime des armées françaises, est invitée à venir présider un spectacle au profit de nos soldats. Elle fait répondre qu’elle ne pourra pas venir mais que son mari la remplacera… Mais nous sommes méchants.

Autre indice. L’épisode Lallement de la semaine dernière. Un gouvernement qui gouverne, sans attendre que ses opposants ne le demandent, se serait empressé de virer le fonctionnaire. Avantage : il coupait l’herbe sous le pied de son opposition, il donnait satisfaction à l’opinion qui a besoin de symboles forts. On ne va pas vous refaire, ici, la théorie du bouc émissaire. Elle a pourtant ses vertus, en temps de crise. Mais non. Le préfet reste. C’est même lui qui l’annonce à son point-presse de l’après-midi. On n’est jamais si bien servi que par soi-même. On va rétorquer qu’en pleine tempête, on ne change pas d’équipiers ? À l’été 14, Joffre prit moins de gants en limogeant tout un tas de généraux…

Dernier indice, enfin. L’épisode Lannelongue. Christophe Lannelongue, directeur de l’agence régionale de santé Grand Est. Au passage, on découvre, avec cette crise sanitaire, que ces directeurs généraux, qui ne portent pas de casquettes et ne déposent pas de gerbe, le 11 Novembre, sont des sortes de potentats locaux qui, d’une certaine façon, ont droit de vie et de mort sur nous puisqu’ils « pilotent » notre santé en région.

Interviewé, vendredi dernier, au sujet de la situation dans sa région – la première et plus touchée en France -, M. Lannelongue en a profité pour rappeler qu’il n’y avait « pas de raison de remettre en cause » les orientations du comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers. « L’offre hospitalière » : belle expression qui doit sans doute faire le pendant à celle de la « demande hospitalière » ! Et qu’a prévu ce comité, pour le Grand Est ? En gros, des suppressions de postes. Et le haut fonctionnaire d’ajouter : « Nous aurons quelques semaines de retard mais la trajectoire restera la même. » Une « trajectoire » à laquelle il avait peut-être travaillé lorsqu’il était au cabinet de Marisol Touraine. Sa trajectoire professionnelle a-t-elle été stoppée net après cette déclaration bien malvenue ? Non.

Alors, qui gouverne ?

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