Certains étant condamnés à par nos mesures débiles, faisons en sorte, par souci d’équité, que tout le monde coule. Voilà, trivialement résumée, la toute nouvelle politique du Premier ministre sur le commerce.

Confrontés à l’ineptie d’une situation qui les assassine plus sûrement que le virus, les petits commerçants grondent. La fronde s’organise avec l’appui des maires dont une bonne quarantaine, déjà, avaient, en ce dimanche de Toussaint, autorisé les commerçants de leurs villes à remonter le rideau. Leurs arrêtés ont, bien sûr, été aussitôt contestés devant les tribunaux administratifs par les préfets aux ordres.

Le gouvernement a la trouille : « Poujade, sors de ce corps ! »

Pierre Poujade, une figure que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaître, passé à la postérité avec le « poujadisme », un mouvement de « rébellion sectorielle étendue en vision du monde : révolte des petits contre les “gros”, le fisc, les notables et nombre d’intellectuels considérés comme ayant perdu contact avec le réel », résume Wikipédia. Poujade qui fit descendre les petits commerçants dans la rue et sema la panique chez les notables de la IVe République. L’Histoire bégaye, c’est connu. Elle pourrait même se mettre à tousser, sachant, comme le souligne Ouest-France, qu’on a vu ce week-end « des gendarmes forcer des commerçants à baisser le rideau, aux Herbiers (Vendée) ou à Ploumagouar (Côtes-d’Armor). À Blotzheim (Haut-Rhin), la tenancière d’un magasin de prêt-à-porter a commencé une de la faim. À Boulogne-sur-Mer, les commerçants ont posté, sur les réseaux sociaux, des photos d’eux-mêmes dénudés, sous le slogan : « La Covid nous met à terre ! L’État nous met à poil. »

Si ça n’est pas de la rébellion, ça y ressemble fort. Un vent de panique souffle sur les huiles. Ça chauffe sous les crânes. On dit et contredit.

Ainsi, devant l’injustice flagrante contraignant les petits à fermer boutique quand les gros pouvaient continuer à vendre jouets, livres, vêtements, parfums, chaussures, etc., Bruno Le Maire affirmait, jeudi dernier, droit dans ses bottes : « Il n’est pas question de neutraliser les rayons des grandes surfaces vendant des produits non essentiels. » Propos démentis, dimanche soir, par le Premier ministre qui, lui, annonce que « par mesure d’équité, les grandes surfaces devront fermer les rayons non essentiels à partir de mardi ».

Résumons : il est désormais interdit aux grandes surfaces de commercialiser ce que ne peuvent vendre les commerces fermés pendant le confinement. C’est sympa, non ? Sauf qu’on ne voit pas bien, sauf à organiser un véritable gymkhana dans les rayons des supermarchés, comment faire respecter cette nouvelle lubie. On met des flics au rayon des petites culottes ? Du scotch rouge pour interdire la parfumerie – non essentielle – qui côtoie les couches pour bébé – très essentielles ? Plus de jouets, plus de livres, plus de vêtements… et l’accès au rayon des outils pour le bricolage, c’est essentiel ou non ?

C’est le règne du grand n’importe quoi, sans aucune cohérence. Peut-on m’expliquer, par exemple, pourquoi le magasin Bouchara est ouvert en bas de chez moi ? La vente de tissus et de déco pour la maison est-elle plus essentielle que les vêtements ou le coiffeur ? Que répondre aux auto-écoles qui n’ont plus le droit de donner des leçons mais doivent présenter leurs candidats au permis ? Est-ce que le virus sort de la voiture pour laisser place à l’examinateur ?

Mieux que les supermarchés, les petits commerçant gèrent très bien leur espace, font entrer les clients au compte-gouttes, offrent du gel et des masques à ceux qui n’en ont pas. Pourquoi les faire crever ? Pendant ce temps, engrange. Mais c’est peut-être ce qu’on veut ?

2 novembre 2020

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