Les récents événements étant ce qu’ils sont et la légitime émotion ce qu’elle est, il devient désormais de plus en plus délicat d’évoquer la simple question de l’islam. Pourtant, les solutions politiques, législatives et policières ne pouvant faire, seules, de miracles, malgré toute la bonne volonté de nos services, une partie de la solution se trouve bel et bien entre les mains des autorités musulmanes.

Mais cette dernière est d’autant plus ardue à mettre en œuvre que, contrairement à l’, il n’existe pas de clergé susceptible de parler d’une seule voix. En revanche, certaines autorités sont plus écoutées que d’autres. Au rang de ces dernières figure, évidemment, Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux.

Le parcours de l’homme, souvent cité en ces colonnes, présente ceci d’intéressant que son itinéraire personnel lui permet d’embrasser toutes les nuances et métamorphoses de la foi musulmane : salafiste dans sa , ensuite proche des Frères musulmans, ce n’est qu’au terme d’un long cheminement spirituel qu’il est devenu source d’apaisement et autorité incontournable en matière théologique.

Ne dit-on pas que penser consiste avant tout à penser contre soi ? C’est précisément ce qu’a accompli Tareq Oubrou, dans une réflexion mêlant religion, évidemment ; mais encore sciences politiques et sociales. Ce qui lui permet tout d’abord, sur Europe 1, le 2 octobre dernier, d’éviter de tomber dans la traditionnelle ornière de ces lois dites « d’exception », généralement votées au nom des grands principes et rarement appliqués au nom des bons sentiments, la législation existante étant largement suffisante pour lutter contre le terrorisme, voire l’immigration clandestine.

Sur RTL, deux jours avant, et ce, dans le même registre d’appel au calme, il affirme ainsi : « Les musulmans, comme citoyens, n’ont pas à se prononcer au nom de la religion. Ce sont aux institutions de parler au nom de la religion. » Et de poursuivre : « La est le fondement de notre . J’ai réservé cinq sermons du vendredi à une théologie de la liberté de l’offense de Dieu et son prophète. C’est inscrit dans le Coran : Dieu a donné la liberté à l’homme de l’offenser. Ce n’est pas à l’homme de se substituer à Dieu et de se mettre en colère à sa place. Le croyant doit vivre sa foi en tant que telle. Et l’incroyant est libre. »

Ce disant, Tareq Oubrou met le doigt là où ça fait mal, soit le déficit théologique frappant l’islam depuis des siècles, réalité que nombre de musulmans ont du mal à admettre, ce, d’autant plus qu’elle est propice aux pires dérives : « En ce moment, on passe de la théologie à l’idéologie. C’est un passage qui est redoutable pour la religion musulmane. La théologie intègre la spéculation et la discursivité dans le raisonnement. La foi doit être intelligente. Le Moyen Âge musulman était foisonnant de théologie spéculative. La foi doit être travaillée par les Lumières de la raison. Sinon, c’est le fanatisme. »

À propos d’idéologie pouvant confiner au fanatisme, il y a bien sûr l’actuel délire victimaire dû à la rhétorique des indigénistes et de ce qu’il faut bien appeler l’islamo-, faute de meilleure définition : « Ce discours victimaire n’est pas fanatique, mais incite au fanatisme. » Fanatisme qu’Adrien Candiard, frère dominicain, résume ainsi : « Quand on croit avoir Dieu dans sa main, on ne parle pas de lui, mais d’une idole. Car Dieu est toujours au-delà de ce que l’on peut manipuler ou posséder ; il nous dépasse toujours. »

D’aucuns prétendront qu’un tel discours peut paraître minoritaire au sein des instances religieuses musulmanes, quoique Mohammed Moussaoui, président du CFCM, ne dise fondamentalement pas autre chose, lorsque jetant une pierre dans le jardin du  : « Pour préserver l’ordre public, il faut parfois renoncer à certains droits. »

Quoi qu’il en soit, ces mots méritent d’être entendus par tous, et aux pompiers venus aider à éteindre l’incendie, on ne demande pas l’acte de baptême.

2 novembre 2020

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