Coup de tonnerre dans la vie politique française. Manuel Valls, conseiller municipal de Barcelone, vient de confirmer, dans une interview accordée au quotidien espagnol El Mundo, que sa démission était imminente et qu’il souhaitait désormais se consacrer à nouveau à la France. Ces derniers temps, l’ancien Premier ministre de François Hollande s’était effectivement montré sur les plateaux de hexagonaux pour y roder son nouveau « seul en scène », assez semblable au précédent.

Ceux qui avaient aimé ses sketchs les plus célèbres (« La Laïcité », « Israël mon amour », « Les Flics ») ne seront donc pas surpris (j’allais dire « dépaysés »…) par ce nouveau spectacle, qu’on annonce plein de trouvailles, pour le bonheur des petits et des grands. Valls n’a pas changé. Toujours aussi calme et rassurant (sa marque de fabrique), toujours aussi sympathique et souriant, le comédien franco-espagnol remonte donc sur les planches en vue de l’élection présidentielle de 2022, c’est-à-dire vingt ans après l’irruption de la bête immonde au second tour de l’élection présidentielle. Des fois qu’on aurait besoin de lui.

L’Histoire bégaie, disait Marx : la première fois, c’est une tragédie, la deuxième fois une comédie. Il pensait à la Révolution, parodiée par la Commune, mais cette remarque vaut sans doute pour le remake annoncé de Plus jamais ça, film d’épouvante burlesque à gros budget, sorti en salles le 21 avril 2002, et qui donna, à peu de frais, une agréable chair de poule à des milliers de socialistes (quand il y en avait des milliers). Sauf que la première fois, dans ce cas précis, c’était déjà une comédie. On verra bien ce que ça donnera, l’an prochain.

Bref, comme tant de has-been qui ne savent pas décrocher, Manuel Valls, qui avait pourtant juré qu’il quitterait définitivement la vie politique française, a finalement suivi les conseils du chanteur, dans la chanson éponyme de Balavoine : « Je f’rai pleurer mes yeux/Je ferai mes adieux/Et puis l’année d’après/Je recommencerai. » On n’ironisera pas sur sa parfaite application du patriotisme, tel qu’il a été redéfini par Attali (« Un pays, c’est un hôtel »). On n’en est plus là. l’heure où le Président français fait venir McFly et Carlito dans son palais pour faire des roulades, toute référence à la décence tend à devenir inaudible…

Il faut reconnaître à une certaine constance. Il sait qu’il ne peut pas tout jouer. Il sait que son meilleur rôle est celui du traître mégalo à l’œil fiévreux, l’ambitieux borderline qui roule pour sa pomme et croit, malgré les quolibets, en un destin trop grand pour lui. Alors il rempile. Le costume d’élu local ne lui convenait pas. Il se rêve en sauveur depuis trop longtemps. Inaugurer des ronds-points, baptiser des médiathèques, merci bien ! Ce qu’il lui fallait, c’était un pays. Il a tenté le coup en Espagne, mais bon, que voulez-vous… Même quand on est fier de n’avoir pas une goutte de sang français (titre de son dernier ouvrage), on prend goût à la douceur de vivre à la gauloise. Et pour la mise en scène des quartiers métissés de nos belles métropoles, enjeu décisif de l’élection, il sait s’y prendre : on ajoute « quelques Blancs, quelques Whites, quelques blancos » et ça le fait. C’est l’homme de la situation.

Soyons sérieux, toutefois. Quel rôle jouerait vraiment un Valls, lié à un quinquennat d’incapables, dans la course de 2022 ? Celui de figure du peuple de gauche qui le hait ? Celui de recours du peuple de droite, dont il a massivement gazé la frange conservatrice à l’époque des manifs pour tous ? On ne sait pas. Se vendra-t-il à pour un strapontin, comme en 2017 ? Ce serait drôle (et tout à fait envisageable).

Les trois coups vont bientôt retentir et le rideau se lever sur le petit théâtre de Manuel Valls. On suggérerait presque à cet adversaire farouche de Dieudonné qui, lui, officia jadis au théâtre de la Main d’or, de baptiser la salle « théâtre de la Main de fer ». Un nom qui le situerait, assez justement, quelque part entre Matamore et Polichinelle, c’est-à-dire nulle part. À sa place.

24 mai 2021

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