C'est l'une des conséquences de l'irruption inattendue du potentiel candidat Éric Zemmour dans la précampagne : plusieurs mouvements politiques redoutent d'être éliminés, voire de faire un score humiliant. Sur ce dernier créneau, la grande gagnante est Anne Hidalgo, candidate désignée par le PS et donnée entre 4 et 6 % dans les sondages. Du sous-Hamon… À droite, aucun candidat LR ne décolle vraiment et Zemmour les relègue tous en 4e position. Du sous-Fillon.

Quant à Marine Le Pen et au RN, le casse-tête Zemmour est différent : le risque est de voir leur échapper une occasion historique d'arriver enfin au pouvoir. C'est, d'ailleurs, de ce côté que l'idée a d'abord germé : celle d'un retrait du candidat le moins bien placé, lancée par Robert Ménard, il y a quinze jours, à Béziers : « Je vous implore, Marine et toi, de vous retrouver en février prochain. À ce moment-là, que celui qui est derrière accepte de se retirer et de soutenir l'autre. Ne gâchons pas cette chance ! »

Mais avec un seuil de qualification pour le second tour revu à la baisse, autour de 17 %, les ambitions peuvent légitimement prospérer ailleurs, tout comme les stratégies pour éviter de stagner bêtement à un stérile 10 ou 13 %.

Ainsi, à gauche, où Yannick Jadot est crédité d'environ 10 %, la pression s'accentue pour qu'Anne Hidalgo jette l'éponge. C'est Sandrine Rousseau qui a porté le message. Réponse du maire de Paris, lundi, sur Franceinfo : « Merci, mais je ne le ferai pas dans ces conditions-là. » Une phrase qui n'insulte pas l'avenir, comme on dit.

LR est dans une situation analogue. Entre des cadres déjà ralliés - ou en voie de l'être - à Emmanuel Macron et un électorat siphonné par le même Macron et Éric Zemmour, la question de la survie est posée. D'où la sortie de Jean-Pierre Raffarin, interviewé, mercredi, par Marion Mourgue, dans Le Figaro, sur une éventuelle « cohabitation ». La solution « raffarinesque » ne s'appelle plus « retrait » mais « ticket » : « À droite certains l’espèrent. La droite républicaine peut être indispensable pour construire une majorité. Déjà de nombreux électeurs de droite sont avec Emmanuel Macron. Si nécessaire, plusieurs des candidats de la droite républicaine ont la dimension pour Matignon. » Autrement dit, avec Raffarin, le ralliement, c'est non pas à 20 h 01 mais à J–90.

Assistera-t-on à une présidentielle à retraits ou tickets ? Si c'était le cas, pour que l'opération porte tous ses fruits, elle demande préparation et cohérence. À cette aune, c'est bien l'opération de la macron-compatibilité LR qui tient l'avantage. Le macronisme s'est, d'ailleurs, construit il y a cinq ans sur ces jeux d'appareils, de débauchages et de ralliements organisés.

Mais la réussite dépend aussi de la réaction des autres camps : si LR se rallie de fait à la candidature Macron avant le premier tour, cela accentuera la pression sur les deux autres camps pour faire de même. Sans compter que l'opération, même pour un électorat LR-LREM relativement homogène, peut causer des pertes en ligne : on ne peut exclure une nouvelle hémorragie d'électeurs LR, mais aussi des électeurs de gauche macronistes agacés par cette nouvelle « droitisation ». Il faut se méfier des additions électorales faites sur un coin de table à six mois de l'élection.

Mais, au fait : puisque Emmanuel Macron est invariablement crédité par les sondages de 24 % au premier tour et tout aussi invariablement réélu au second, pourquoi aurait-il besoin de cette opération ? Jean-Pierre Raffarin ne le dit pas. C'est peut-être que l'élection est plus ouverte qu'on ne le dit.

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30 octobre 2021

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